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13/06/07 (B399) La Conférence de réconciliation de la Somalie est reportée une nouvelle fois … Cela sent l’arlésienne … (Info lectrice)

Reuters
: la conférence de paix en Somalie reportée d’un mois

NAIROBI (Reuters) – Les organisateurs de la conférence nationale de
réconciliation en Somalie, qui devait s’ouvrir jeudi, annoncent son
report d’un mois.

“La commission de réconciliation nationale a décidé
de reporter la conférence en raison de circonstances imprévues”,
a déclaré le président de la commission, Ali Mahdi Mohamed,
à des journalistes.

Une précédente tentative de réunion de la conférence,
considérée par la communauté internationale comme un
préalable à toute tentative de parvenir à une paix durable,
avait donné lieu en avril à un premier report.

Mahdi, lisant un communiqué de la commission, a précisé
que plusieurs dirigeants de clans avaient réclamé un délai
pour choisir leurs délégués et que l’aménagement
du lieu où devait se tenir la conférence n’était pas
complètement terminé.

13/06/07 (B399) LE FIGARO Magazine / Adouani, qui pourrait être l’un des personnages clefs dans l’affaire Borrel a été auditionné par la Justice tunisienne agissant sur commission rogatoire française décernée par la Juge Clément et un prélèvement d’ADN a été effectué pour comparer avec les ADN trouvés sur le short de Bernar Borrel. (Info lectrice) Affaire Borrel : un suspect auditionné.

Aziz
Zemouri (Le Figaro Magazine).

INFO LE FIGARO MAGAZINE. Hamouda Hassan Adouani, soupçonné
d’avoir participé à l’”assassinat” du
juge Bernard Borrel, a été entendu par un juge tunisien.

Sur commission rogatoire internationale de la juge d’instruction Sophie Clément,
le doyen des juges d’instruction du tribunal de Tunis a procédé
à l’audition de Hamouda Hassan Adouani, de nationalité tunisienne
contre lequel la magistrate française avait lancé un mandat
d’arrêt international. Il était assisté de Me Kefi Abada,
du barreau de Tunis

Hamouda Hassan
Adouani est soupçonné d’avoir participé à “l’assassinat”
du juge français à Djibouti en octobre 1995. Il est actuellement
en liberté dans son pays d’origine, la Tunisie et la France n’ayant
pas de convention d’extradition.

Un prélèvement
de l’ADN du Tunisien, ordonné par la magistrate française, a
été effectué. La juge Sophie Clément souhaite
en effet pouvoir comparer son ADN à des empreintes génétiques
inconnues retrouvées sur le short du juge.

Mercredi, Elizabeth Borrel,
veuve de Bernard Borrel, a lancé un appel au président Nicolas
Sarkozy pour qu’il fasse respecter l’indépendance de la justice dans
l’enquête sur les circonstances du décès de son mari,
après la publication de documents montrant des interventions politiques
présumées dans ce dossier.

13/06/07 (B399) Le Monde / M. Chirac serait intervenu pour aider Djibouti dans l’affaire Borrel

Jacques Chirac
a-t-il suggéré, en 2005, au président djiboutien
Ismaël Omar Guelleh de saisir la Cour internationale de justice (CIJ),
dans le cadre de l’affaire Borrel, ce magistrat français mort en
1995 à Djibouti ?
Plusieurs notes saisies lors des perquisitions
en avril aux ministères des affaires étrangères et
de la justice, dans le cadre de l’affaire Borrel montrent que le sujet
a été abordé entre les deux chefs d’Etat.

L’idée était de permettre à Djibouti d’avoir accès
au dossier judiciaire français, qui met en cause dans cette affaire
l’entourage du chef de l’Etat djiboutien. Dans une note destinée
à préparer cette rencontre entre M. Chirac et M. Guelleh,
le 17 mai 2005, le Quai d’Orsay propose ces éléments de
langage : “Je vous suggère que nous unissions nos efforts
pour une gestion conjointe de cette affaire.”

Le 25 juin, l’ambassadeur de France à Djibouti résume dans
un télégramme diplomatique sa rencontre avec le ministre
des affaires étrangères : “Il a ajouté que les
autorités djiboutiennes réfléchissaient à
notre idée de recours à la CIJ et aussi à la possibilité
d’explorer d’autres voies. Nous serions sans doute bientôt approchés
à propos de cette idée de recours à la CIJ ayant
noté que la France n’y verrait pas d’obstacle .”

“ASSURANCES FORMELLES”

Le 28 juillet, Dominique de Villepin reçoit
son homologue djiboutien, Mohamed Dileita. Dans les notes préparatoires,
saisies lors des perquisitions, le Quai d’Orsay suggère : “Nos
présidents ont évoqué la possibilité d’une
action devant la CIJ, nous n’y sommes pas opposés.”

Les notes précisent : “Il s’agit d’une procédure lourde,
complexe juridiquement et publique.” Le 29 juillet, une note de la
direction d’Afrique et de l’océan Indien revient sur la rencontre
en précisant : “Cela s’est très bien passé,
mais M. de Villepin, interrogé sur la procédure CIJ, n’a
rien dit…”

La même note évoque cette procédure : “En sortant
de son entretien avec le PR [président de la République],
IOG avait quasiment compris que cette histoire de CIJ était une
simple formalité et qu’après un échange de courrier
ils auraient le dossier dans les quinze jours…” Le 28 juillet,
une réunion juridique a lieu au ministère des affaires étrangères
avec l’ambassadeur de Djibouti à Paris : “L’ambassadeur
(…) a indiqué qu’en effet son pays avait reçu des
assurances formelles du ministère de la justice pour l’obtention
du dossier intégral de la procédure et qu’il ne pouvait
être question de laisser ce refus d’entraide sans réaction
de la part de son gouvernement.”
Le Quai d’Orsay fait part
des inconvénients de cette saisine.

Un ex-conseiller de l’Elysée dément que l’idée de
la saisine de la CIJ vienne de la France et assure qu’il s’agit d’une
idée de Djibouti. “L’idée de la saisine a été
arrêtée par les juristes djiboutiens”, explique l’avocat
de Djibouti, Francis Szpiner.

Le 9 janvier 2006, Djibouti saisit la Cour internationale de justice pour
violation des dispositions de la convention bilatérale d’entraide
judiciaire entre la France et Djibouti. L’accord
de la France était nécessaire pour la suite de la procédure.

Sur une note du 31 janvier 2006 des services juridiques, Pierre Vimont,
le directeur du cabinet du ministre des affaires étrangères,
écrit, à la main : “Nous devons aller de l’avant
en partant du principe que nous acceptons la compétence de la Cour.”
La France a accepté en août 2006.

Par ailleurs, le procureur général de Paris et ancien directeur
de cabinet du garde des sceaux, Laurent Le Mesle – dont plusieurs
notes montrent qu’il a demandé la transmission du dossier judiciaire
à Djibouti –, a démenti “de la façon la
plus solennelle”, dans un communiqué, avoir “exercé
de pression sur la justice”.

12/06/07 (B399) LIBERATION La Cour internationale de justice au coeur de documents confidentiels. – Affaire Borrel : Chirac a aidé Djibouti aux dépens de la justice

Par
Brigitte VITAL-DURAND

«Nous sommes votre premier partenaire au développement,
votre premier partenaire commercial. Nos relations sont excellentes à
tous points de vue. Il n’existe qu’une seule ombre à ce tableau : l’affaire
Borrel.»

On est le 17 mai 2005, à l’Elysée, où Jacques Chirac
reçoit son homologue de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh, dit «IOG».
A cette époque, l’enquête judiciaire ouverte à Paris sur
la mort de Bernard Borrel, ce magistrat français assassiné en
1995 à Djibouti, commence à se rapprocher de la présidence
djiboutienne.

Dangereusement aux yeux d’IOG, qui réclame copie du dossier à
la France. La juge d’instruction Sophie Clément lui oppose un refus
clair et net. C’est dans ces circonstances que Chirac va faire à son
ami africain, très en colère contre la justice française,
une incroyable suggestion : Djibouti n’a qu’à saisir la Cour internationale
de justice (CIJ), qui siège à La Haye, pour obliger la justice
française à lui transmettre le dossier et pour «mettre
à néant» les convocations dans le bureau de la juge Clément
des hauts représentants djiboutiens, dont celle du procureur général
et… la sienne.

Base stratégique.

Nouvellement réélu après avoir été le seul
candidat (Chirac lui assure que «l’absence de candidat est un aveu de
faiblesse de la part de l’opposition»), IOG revient d’un déplacement
à Washington, où il a rencontré Condoleezza Rice ainsi
que les représentants de la Banque mondiale et de l’USAID, Agence américaine
pour le développement international. Le contexte de compétition
entre Français et Américains pour cette base militaire stratégique
qu’est ce petit Etat, ancienne colonie française, fait mieux comprendre
comment Chirac en vient, ce jour-là, à assurer le président
djiboutien de la collaboration pleine et entière de la France pour
«surmonter l’affaire Borrel». «Je vous suggère, dit
Chirac, que nous unissions nos efforts pour une gestion conjointe de cette
affaire. Je comprends votre exaspération : comprenez nos contraintes.»

Une note inédite intitulée «Entretien du président
de la République avec le président Ismaël Omar Guelleh.
17 mai 2005» , nouvellement versée au dossier Borrel, relate
sur cinq pages les propos que tient Chirac à IOG. Il y a d’un côté
la France, qui verse 30 millions d’euros chaque année à Djibouti
en contrepartie du stationnement de sa base militaire (2 700 hommes). De l’autre,
cette empoisonnante enquête que mène la justice française
sur l’assassinat de Bernard Borrel, et dont la presse se fait l’écho.
La note ne dit pas de quelle façon IOG demande à Chirac de faire
taire juges et journalistes. Elle transcrit les réponses du président
français. Toutes désolées : «Comme vous le savez,
la presse et la justice étant indépendantes, nous ne pouvons
pas obtenir de notre justice que l’affaire soit traitée plus vite ou
différemment», ou encore : «Cette affaire nous déplaît
autant qu’à vous, mais vous nous demandez des choses que nous ne pouvons
pas faire.»

Poignée de main.

Déjà, cette seule rencontre apaise la colère du pouvoir
djiboutien, comme en témoigne un télégramme diplomatique,
daté du 25 juin 2005, émanant de l’ambassade de France à
Djibouti : se félicitant que la visite «avait permis de rapprocher
les points de vue», l’ambassade souligne qu’ «au niveau des deux
exécutifs, il [a] été reconnu et convenu entre les deux
Présidents de ne pas se laisser emporter par des déclarations
qui seraient faites dans les médias par les uns et par les autres.»
Suit le commentaire (voir le fac-similé): «Comme le sait le département
l’atmosphère a radicalement changé à Djibouti depuis
l’entretien en tête à tête des deux Présidents du
17 mai.» Le lendemain, un autre «confidentiel diplo», titré
«Affaire Borrel : vers une possible absence de crise?», se félicite
que « la Nation [un magazine local, ndlr] donne en première page
une grande photographie de la poignée de main échangée
hier entre le président de la République et le président
djiboutien sur le perron de l’Elysée.»

Les relations sont meilleures, car Djibouti est assuré que la République
française accepte la compétence du tribunal de La Haye, l’accord
de la France étant une condition pour la poursuite de la procédure
internationale. IOG est pressé. Une autre note, de la direction d’Afrique
et de l’océan Indien au ministère des Affaires étrangères,
datée du 29 juillet 2005, évoque la situation : «En sortant
de son entretien avec le PR [président de la République, ndlr],
IOG avait quasiment compris que cette histoire de CIJ était une simple
formalité et qu’après un échange de courrier, ils auraient
le dossier dans les quinze jours…

Me Szpiner a douché ce bel enthousiasme, leur disant qu’ils n’étaient
pas du tout sûrs de gagner devant la CIJ.» A défaut de
justice internationale, la note envisage une autre issue : «Une visite
ministérielle à la rentrée (Mme Girardin?) entretiendrait
la détente actuelle et maintiendrait IOG dans de bonnes dispositions.»


Avertir.

IOG va préférer la cour de La Haye. Alors, au Quai d’Orsay,
tout le monde s’exécute. La république de Djibouti a introduit
sa requête le 9 janvier 2006.

Une intense activité diplomatique se déploie aussitôt,
avec des notes confidentielles datées du 11, du 12 janvier… La direction
des affaires juridiques au ministère des Affaires étrangères
rédige une longue note, le 18 avril 2006, pour avertir des risques
pour la France à accepter cette procédure internationale. Elle
réclame «une réunion entre les ministères intéressés
sous les auspices des services du Premier ministre». Cette réunion
interministérielle se préparera le 20 avril 2006.

Le résultat ?

La France accepte la compétence de la
Cour le 26 juillet 2006 ( Libération du 14 août 2006).

Elle consent à ce que Djibouti lance une procédure par laquelle
ce pays veut étouffer une enquête judiciaire menée à
Paris sur l’assassinat d’un juge français. Demain, les avocats d’Elisabeth
Borrel organisent une conférence de presse : ils en appelleront au
successeur à Nicolas Sarkozy. Pendant ce temps, on ne sait toujours
pas qui a assassiné Bernard Borrel, ni pourquoi.

12/06/07 (B399) Nouvel Obs / Affaire Borrel : Chirac mis en cause. (Info lectrice)

Des documents
prouvent que l’ex-président français aurait aidé
son homologue djiboutien à accéder au dossier concernant
l’assassinat du juge, allant ainsi à l’encontre de la volonté
de la justice française.

Des documents saisis au Quai d’Orsay et consultés par l’AFP, suggèrent
un soutien du président Jacques Chirac à son homologue de
Djibouti pour accéder au dossier judiciaire sur la mort du juge
Borrel, où des responsables djiboutiens sont mis en cause.

Interrogé par l’AFP, l’entourage de l’ancien président a
déclaré qu’il “ne souhaite évidemment pas commenter
des documents dont il n’a pas connaissance”.

Au coeur des documents saisis au quai d’Orsay, et à la Chancellerie,
figurent des notes sur la préparation puis sur les retombées
d’une rencontre à l’Elysée le 17 mai 2005 entre Jacques
Chirac et le président Ismaël Omar Guelleh, durant laquelle
l’affaire Borrel est longuement abordée.

“En sortant de son entretien avec le PR (Président de la République),
IOG (Ismaël Omar Guelleh) avait quasiment compris que cette histoire
de CIJ était une formalité et qu’après un échange
de courrier, ils (ndlr, les Djiboutiens) auraient le dossier dans les
15 jours”, écrit notamment, le 29 juillet 2005, un membre
de la direction d’Afrique du Quai d’Orsay à son directeur.

La France suggère à
Djibouti de porter plainte

Les deux présidents
évoquent la possibilité d’une plainte devant la Cour Internationale
de Justice (CIJ) qui sera finalement déposée par Djibouti
contre la France huit mois plus tard afin d’obtenir une copie de l’enquête
française sur la mort du juge.

Dans cette plainte, Djibouti reproche à la France la violation
d’une convention bilatérale d’entraide judiciaire en matière
pénale de septembre 1986.

Auparavant, la justice djiboutienne avait demandé à deux
reprises à la France la transmission du dossier judiciaire sur
la mort du juge Borrel, tué en 1995 à Djibouti, sans obtenir
satisfaction malgré des engagements pris par la Chancellerie et
le Quai d’Orsay. La juge Sophie Clément, chargée du dossier,
s’y était à chaque fois opposée.

Une note de l’ambassadeur de France à Djibouti, dont l’AFP a eu
copie, montre que c’est l’Etat français qui a le premier suggéré
à Djibouti d’attaquer la France en justice pour faire plier la
juge. “Ils réfléchissent à notre idée
de recours à la CIJ”, écrit le 25 juin 2005 le diplomate
en rendant compte d’un entretien avec son homologue djiboutien.

“Une seule ombre
au tableau: l’affaire Borrel”

Le soutien de la France à
Djibouti transparaît également dans les notes de travail
de la direction Afrique du quai d’Orsay, destinées à préparer
la rencontre Chirac-Guelleh du 17 mai 2005.

“Nous sommes votre premier partenaire au développement, votre
premier partenaire commercial. Nos relations sont excellentes à
tous points de vue. Il n’existe qu’une seule ombre à ce tableau:
l’affaire Borrel”, écrivent les diplomates en invitant Djibouti
à la “surmonter”.

Toujours selon des documents auxquels l’AFP a eu accès, des conseillers
de Jacques Chirac lui proposent, dans un argumentaire, d’assurer à
son homologue djiboutien que sa “colère est parfaitement compréhensible”.

“Nous avions pris l’engagement de vous transmettre ce dossier. Malheureusement
les services de la Chancellerie avaient mal évalué les conséquences
d’une telle transmission. Dominique Perben pourrait être poursuivi
par Mme Borrel pour forfaiture”, poursuit l’argumentaire en assurant
“que les autorités françaises font le maximum de ce
qui est en leur pouvoir”.

Djibouti saisira finalement la CIJ le 12 janvier 2006 afin d’obtenir la
communication du dossier Borrel et aussi l’annulation de convocations,
en qualité de témoins assistés, de hauts représentants
de l’Etat djiboutien, dont Ismaël Omar Guelleh.

12/06/07 (B399) PARIS-MATCH se porte au secours de Guelleh ! Contre Madame Borrel. La Nation salue avec héroïsme ce soutien unique et inattendu, qui manque de crédibilité. Guelleh a-t-il acheté la rédaction de Paris-Match ? Pas exclu !

______________________
Extrait de La Nation (fidèle à ses principes de défense
de l’indéfendable régime djiboutien) qui serait savoureux, si
l’affaire ne concernait pas l’assassinat d’un Juge en exercice ..

L’Affaire
Borrel vue par Paris Match

Dans l’affaire
Borrel, alors que, contre toute logique, la presse parisienne dans son ensemble
soutient la thèse de l’assassinat et se plait à pointer du doigt
la République de Djibouti, le magazine Paris Match a publié
cette semaine un long article dans lequel le journaliste Chris Laffaille démontre,
preuves à l’appui que le magistrat avait peut-être de sérieuses
raisons de se donner la mort. Fruit de longs mois d’enquêtes à
Djibouti mais aussi à Toulouse, le dossier spécial de Paris
Match ne fait que confirmer ce que nous savions déjà : Bernard
Borrel n’a pas été assassiné. Avec l’aimable autorisation
de l’hebdomadaire parisien, nous vous invitons à lire en pages 4 et
5 du présent numéro l’affaire Borrel vue par Paris Match.

A un peu
plus d’un mois d’intervalle, ces deux juges, amis et confrères, sont
morts. Charles Clerc-Renaud s’est suicidé en France le 14 septembre
1995. Et, le 19 octobre suivant, le cadavre de Bernard Borrel a été
retrouvé en partie carbonisé, à 80 kilomètres
de Djibouti, la capitale où il était en mission de coopération
auprès du ministre de la Justice. Dans les premières heures,
personne ne doute que le juge Borrel se soit donné la mort, de la façon
la plus horrible qui soit, en s’immolant par le feu. Mais, quelques semaines
plus tard, naît la rumeur qu’il aurait pu être assassiné.
Et depuis douze ans, sans que la vérité sur les causes de la
mort soit sans conteste établie, les deux thèses s’affrontent.
Les reconstitutions, les autopsies, les témoignages se succèdent,
ainsi que les magistrats instructeurs, régulièrement nommés
puis déchargés. Elisabeth Borrel, sa veuve, persuadée
que le juge a été éliminé parce qu’il en savait
trop sur des affaires délicates, s’appuie sur des rapports d’experts
et des déclarations d’opposants au régime djiboutien pour tenter
de faire reconnaître son point de vue. Avec un certain succès,
puisque la justice a perquisitionné au Quai d’Orsay en avril dernier
et qu’elle a essayé de se faire remettre, en vain, des documents de
la cellule africaine de l’Elysée, le 2 mai suivant. Pourtant, les pistes
qui permettraient d’éclaircir les circonstances, les causes et les
raisons de la mort de Bernard Borrel sont loin d’avoir été toutes
suivies avec l’attention qui convient. Pendant six mois, le journaliste Chris
Lafaille a enquêté, à Djibouti et en France, et a rencontré
la plupart des proches du juge et de son épouse, amis intimes et collègues,
qui les ont vus vivre pendant les mois, les semaines, les jours, qui ont précédé
le drame, et les heures qui l’ont suivi. Leurs témoignages dressent
le portrait d’un homme sous tension, professionnellement mais aussi personnellement
et moralement. Ils apportent un éclairage exceptionnel sur cette tragédie
humaine qui a pris la dimension d’une affaire d’Etat.

Devant
eux, une baie immense, cernée de montagnes. Des falaises sombres qui
plongent dans la mer Rouge. Le dôme majestueux d’un volcan sous-marin
émerge au centre de la baie. Les tribus nomades l’ont surnommé
l’ ” île du Diable ” … Les deux hommes contemplent en
silence ce décor hallucinant, à 80 kilomètres de Djibouti
en plein territoire afar. Le Ghoubet al-Kharab, le ” gouffre des Démons
” à cause de l’intense activité sismique et des grondements
des profondeurs, a inspiré des légendes terrifiantes. Il abriterait
des monstres marins. Ici, selon qu’on a l’âme légère ou
le cœur lourd, on sent la présence de Dieu ou l’on voit le diable.

En ce
mois d’avril 1995, deux hommes se tiennent au bord du précipice, Claude
Sapkas-Keller et Bernard Borrel sont tous deux en mission de coopération
comme conseillers juridiques, le premier auprès du ministère
de la Justice djiboutien. Ils sont amis et participent à une sortie
organisée par les militaires français.


Grandiose, n’est-ce pas? s’écrie Claude Sapkas-Keller.- Pas du tout
! rétorque Bernard Borrel.

– Ca évoque
quoi, pour vous, ce paysage ? demande Claude Sapkas-Keller.

La réponse
est sèche, sans appel. ” L’apocalypse, la fin du monde. Les portes
de l’enfer…”

Le 19
octobre 1995, le corps en partie carbonisé du juge français
Bernard Borrel, 40 ans, sera retrouvé à cet endroit, exactement.

Claude
Sapkas-Keller se souvient d’avoir été glacé par les propos
de son ami. Mais rien pourtant dans le comportement du juge Borrel ne permet
ce jour-là de deviner le drame qui va se jouer, en contrebas de cette
falaise, six mois plus tard. Même si tout n’est pas rose alors dans
la vie du magistrat Borrel.

Il est
arrivé de Lisieux avec toute sa famille en avril 1994, et déjà
il est amer. Selon sa lettre de mission, il est chargé de conseiller
le ministre de la Justice et de réactualiser les textes des codes civil,
pénal et de procédure pénale en vigueur dans le pays.
Mais il se plaint de rencontrer des difficultés Bernard Borrel est
d’ordinaire un homme discret. Pourtant il confie ses états d’âme
à plusieurs membres de la communauté française. Il leur
fait part de sa déception professionnelle. Les relations avec son ministre
de tutelle, Moumin Bahdon Farah, sont houleuses. ” Je me sens sale “,
lâche-t-il un jour à son ami Sapkas-Keller, après que
le ministre l’a injurié. En juillet 1994, sa filleule Tania, 12 ans
à l’époque, passe de courtes vacances à Djibouti. Elle
se souvient qu’une des deux employées de maison donnait à son
parrain des cours particuliers de somali, le dialecte local. ” Je veux
comprendre les méchancetés qui se disent derrière mon
dos, au bureau”, expliquait le juge.

Le désenchantement
professionnel de Bernard Borrel s’accroît encore quand il se rend compte
qu’il est systématiquement mis à l’écart des dossiers.

Moumin
Bahdon prend des décisions importantes sans le consulter. En novembre
1994, ce dernier profite d’un déplacement à l’étranger
du président djiboutien pour faire libérer les auteurs d’un
attentant. Certains d’entre eux appartiennent à son clan. Bernard Borrel,
magistrat droit, honnête et rigoureux, en est choqué et affronte
pour la première fois son ministre. ” Ce que vous faites est scandaleux
et inacceptable. Vous libérez des assassins. C’est ignoble “,
lui lance Borrel, furieux. Le général François Guéniot,
commandant des forces françaises de Djibouti, constate que le bureau
de Borrel est ” désespérément vide “. ”
Il était coupé de tout, ajoute-t-il, et n’avait aucun relais
nulle part. ” Son ministre ne lui adresse plus la parole, brise ses initiatives.
Découragé, Borrel pense à écourter son séjour
à Djibouti. Il en parle d’abord à son supérieur hiérarchique,
le chef de mission de la coopération française, Jacques Mouline
qui, dans un rapport envoyé à Paris, suggère une rupture
temporaire des relations avec Djibouti en matière de justice.

En fait,
Borrel veut quitter Djibouti. Dans un premier temps, son épouse Elisabeth
ne veut pas en entendre parler. ” Elle ne souhaitait pas rentrer en France
et le disait à tout le monde, raconte Mme Guéniot, la femme
du général. Elle avait mis sa carrière de magistrate
en suspens pour suivre son mari à Djibouti. Elle se retrouvait en couple
avec leurs enfants et vivait une vraie vie de famille.”

Bernard
Borrel lui-même hésite à rentrer en France. A Djibouti,
son salaire de magistrat est multiplié par 2,8 et il bénéficie
de nombreux avantages. En mai 1995, pourtant, il revoit Jacques Mouline. Ce
dernier lui propose un changement de mission, ” sans incidence sur son
contrat de coopération “. Mouline envoie un télégramme
en France, pour proposer la mutation de Borrel dans un pays d’Afrique de l’Ouest.
La réponse, positive, viendra trop tard. Les vacances d’été
commencent. Mme Borrel s’envole pour la France avec les enfants. Bernard Borrel
reste seul quelque temps à Djibouti, puis il rejoint sa famille. Il
se rend à l’Ecole nationale de la magistrature de Bordeaux pour les
cérémonies de remise de diplômes de magistrat à
des élèves djiboutiens qu’il a soutenus. En septembre, le couple
est à Paris. Bernard Borrel a rendez-vous à la chancellerie,
où il expose les difficultés qu’il rencontre à Djibouti.
Il voudrait obtenir une double affectation en France – pour lui et pour sa
femme qu’il a finalement convaincue. Mais ” ils sont très mal
reçus “, raconte Sapkas-Keller, qui tient l’histoire de Borrel
lui-même. ” On leur rit au nez. On leur dit d’arrêter de
se plaindre, que gagner des salaires mirobolants sous les cocotiers, ce n’est
pas si désagréable. Bernard Borrel s’est senti très mal
à l’aise. “

Pendant
ses vacances à Toulouse, Bernard Borrel tente aussi de joindre Jeanne
Piquione. Dans les années 70, ils étaient amants. Borrel était
très épris de cette belle Antillaise, mais il s’est heurté
au refus de sa mère. ” Bernard faisait alors ses études
de droit à Toulouse et débutait dans la vie, se souvient Jeanne.
Il avait perdu son père et avait été élevé
par sa mère depuis l’âge de 7 ans. Elle exerçait sur lui
une grande influence. Lorsqu’elle sentait son fils lui échapper, elle
trouvait un prétexte pour qu’il revienne vers elle “.

Bernard
Borrel cède sans cesse à sa mère, si bien que Jeanne
rompt et refait sa vie. Mais elle garde le contact. ” A la naissance
de ma fille Tania, en 1982, raconte-t-elle, Bernard a insisté pour
qu’elle soit baptisée et a demandé à être le parrain
“. Pendant ce mois d’août 1995, Jeanne et Tania sont en vacances
à Toulon. Bernard ne réussit à les joindre qu’à
leur retour à Toulouse, ils ne font que se croiser. Borrel retourne
à Djibouti.

Le 16
septembre, jour de l’anniversaire de Tania, Jeanne est étonnée
de n’avoir aucune nouvelle de Borrel. Il ne manque jamais d’envoyer un petit
mot à sa filleule. La lettre arrive toujours le jour dit. Mais pas
cette année-là. ” Avec ma mère, dit Tania, on s’est
dit qu’il se passait quelque chose. Ce n’était pas du tout son genre.

Mais,
quelques jours plus tard, Bernard Borrel appelle Jeanne. Il est bouleversé
par une triste nouvelle qu’il vient d’apprendre : le suicide, le 14 septembre,
d’un ami très proche, Charles Clerc-Renaud, juge lui aussi, avec qui
il avait travaillé à Lisieux. Il a mis fin à ses jours
d’une balle dans le cœur avec une arme trouvée dans des scellés.
Peu de jours avant sa mort, lors de la rentrée judiciaire, le juge
Clerc-Renaud a prononcé une phrase qui a étonné tout
le monde : ” Si les robes des magistrats sont noires comme celles des
ecclésiastiques, c’est parce qu’à force de pénétrer
au plus profond de l’âme humaine, ils portent le deuil de leurs illusions.


Bernard était très choqué, dit Jeanne. Il avait beaucoup
de peine pour les enfants. Il m’a aussi dit que ” les croyants qui se
suicident n’ont pas la vie éternelle. “Borrel est obsédé
par cette tragédie. Il en parle à plusieurs personnes de la
communauté française, puis au médecin de famille, le
Dr Roblin qui l’examine et découvre qu’il souffre d’un Zona. Mme Guéniot
se souvient qu’à l’atelier du Club des femmes de Djibouti, Mme Borrel
lui a décrit la détresse de son mari. Elle lui a dit qu’il était
” très déprimé, car il avait l’impression d’avoir
abandonné son copain. Que, s’il avait été en France,
il aurait pu l’aider et aurait trouvé les mots pour l’apaiser. “

Bernard
Borrel est affecté, mais il est aussi sans nouvelles de Jacques Mouline
et de son éventuelle mutation. Mais ni la mort de son ami ni l’attente
ne justifie qu’il exige de sa banque la remise d’une grosse somme en espèce.
Une demande inhabituelle de sa part. Il s’est passé autre chose. A
la fin du mois de septembre 1995, Borrel appelle de nouveau Jeanne Piquione.
Elle décèle son désespoir et le questionne. Il lui répond
: “Je ne peux rien te dire par téléphone. Je t’écrirai.
” Il précise que ni Elisabeth ni les enfants ne sont en cause.
Bernard Borrel garde pour lui son secret. Le Dr Régis Pouech, un psychiatre
militaire ami du couple, qui a remarqué un changement d’humeur à
partir de son retour de congrès (ce qui sera souligné par d’autres
témoins), constate ” une profonde détresse et une souffrance
secrète ” du magistrat. Il aurait adopté un comportement
inhabituel avec ses enfants.

C’est
le 17 octobre que Bernard Borrel sollicite par téléphone un
découvert de 50 000 francs français auprès de la BNP
à Lisieux. Il demande que cette somme soit créditée sur
son compte joint djiboutien à la BCIMR. Une opération bancaire
exceptionnelle, dont il ne parle pas à sa femme. Le lendemain, le matin
du 18 octobre 1995, il retire l’équivalent de la somme en franc djiboutien
au siège de sa banque.

Puis il
regagne son bureau avant de rentrer chez lui, pour déjeuner. Il est
renfermé, mais Elisabeth ne s’en inquiète pas ; la veille, ils
se sont disputés. Et puis, déjà, l’avant-veille, à
l’heure de la sieste, très agité, il avait tenu à sa
femme des propos énigmatiques : ” Je ne suis pas digne de toi
“, ” Il faut que je te parle, mais je ne peux pas “. En revanche,
dans l’après-midi qui a précédé sa disparition,
selon Mme Borrel qui le dira à Jeanne, il semble ” soulagé,
comme quelqu’un qui a pris une décision “.

Vers 17h00,
le 18 octobre, le Dr Bertrand Roblin l’aperçoit dans le centre-ville,
garant sa voiture dans la cours du Palais de Justice, seul au volant. Une
demi-heure plus tard, on le voit à la Station Service Mobile Oil, près
de son domicile. Il se fait servir 6 litres d’essence dans un jerrican qui
lui appartient. Il doit se rendre à la réunion hebdomadaire
du Rotary, mais il n’y parait pas…. Plus de nouvelles.

Après
minuit, folle d’inquiétude, Mme Borrel donne l’alerte. Pendant que
les enfants dorment dans une chambre voisine, les amis et les voisins se relaient
pour soutenir Elisabeth Borrel : les Prigent, les Auffret , les Pouech et
les Guillemot. Les femmes tentent de la rassurer et les hommes cherchent en
ville, dans les hôpitaux, les commissariats, au Port et même dans
les bars, sans résultat. Lorsqu’il est prévenu, Claude Sapkas-keller
, accompagné par Patrick Million, un collègue français
de la Présidence, se rend en pleine nuit au domicile du chef de cabinet
du Chef de l’Etat, Ismaïl Omar Guelleh. Il demande qu’on le réveille.
Ce dernier lance un avis de recherche et fait boucler les frontières
et le port. Sapkas-Keller retourne au domicile et reste seul avec Elisabeth,
après le départ de Mme Prigent, vers 4h00 du matin. Il l’incite
à fouiller l’appartement. ” Cherchez, insiste-t-il. Bernard a
du laisser un mot, quelque chose ! ” Après avoir inspecté
la salle d’eau, Mme Borrel constate la disparition du Jerrican utilisé
en excursion. La fouille se poursuit, dans la bibliothèque, sur une
étagère, et dans la chambre. ” Soudain, se souvient Claude
Sapkas-Keller, Mme Borrel a ouvert le tiroir d’un meuble du salon et en a
extrait une chemise verte fermée par des élastiques. ”
A l’intérieur des liasses de billets en francs djiboutiens – Sapkas-Keller
et Mme Borrel les comptent : 50 000 francs – et une feuille de papier intitulée
” Je dois “, ou ” ce que je dois “, de la main de Borrel.
Suit une liste de choses à payer.


J’ai tout de suite pensé qu’il ne reviendrait pas “, dit Sapkas-Keller.
Aussitôt, et sans explication, Mme Borrel demande à Sapkas-Keller
” de ne jamais parler à personne de cet argent et du mot “.

Puis,
très éprouvée, elle se réfugie dans sa chambre.
Au lever du jour, elle réapparaît en sous-vêtements dans
le salon où patiente Sapkas-Keller. Elle tourne en rond, délire,
dit vouloir ” rejoindre Bernard “. Une réaction étrange,
car son mari a disparu depuis moins de 24 heures et l’espoir de le retrouver
vivant est encore permis. Soudain, Elisabeth Borrel ouvre la fenêtre
de l’appartement située au 3ème étage, se penche dangereusement
à l’extérieur. Sapkas-Keller la retient et appelle Marie-Claude
Pouech, la femme du médecin militaire. Elle vient d’urgence faire une
piqûre à Elisabeth Borrel, pour la calmer.

Le 19
octobre, à 7 h 20, des militaires français en patrouille découvrent
le 4 X 4 Suzuki bleu ciel de Bernard Borrel garé sur le parking du
Ghoubet. La vitre du conducteur est baissée, les clés sur le
contact. A l’intérieur, les affaires du Juge soigneusement pliées
et ses papiers d’identité. A 7h45, en contrebas du parking, les gendarmes
retrouvent un corps en partie calciné. Ils préviennent l’ambassadeur
de France Jean-Marie Momal et le général François Guéniot
qui dépêchent un hélicoptère sur place, avec enquêteurs
et médecins à son bord. Le capitaine de gendarmerie et chef
de la prévôté française Luc Auffret s’y rend en
voiture. C’est lui qui identifie la victime. La thèse du suicide est
privilégiée. Une autopsie est demandée, mais il n’y a
pas de légiste à Djibouti et le cadavre ne sera examiné,
à Toulouse, qu’en février 1996.

Deux jours
après la mort du juge, Elisabeth Borrel est entendue par la gendarmerie
djiboutienne, chez les Prigent, en présence d’un gendarme français.
Elle ne dit pas qu’elle a retrouvé l’argent retiré par le juge
à la banque. Plus tard, la brigade criminelle parisienne va s’interroger
sur une autre découverte qu’Elisabeth Borrel aurait faite pendant la
nuit et qui expliquerait qu’elle soit passée de l’angoisse au désespoir.
Il s’agirait d’ ” une lettre plus intime et plus révélatrice
dont Mme Borrel tairait l’existence pour des motifs inexpliqués “.
A ce jour, la police ignore toujours à quoi ou à qui étaient
destinés les 50 000 francs que le juge a retirés de sa banque
quelques heures avant sa mort.

Les enquêteurs
se bornent à constater que cette somme correspond aux économies
de toute une vie pour un Djiboutien. Et que le montant correspond aussi aux
dédommagements réclamés traditionnellement à un
Français par les familles djiboutiennes quand elles s’estiment victimes
d’un grave préjudice.

Plus tard,
Mme Borrel ne consent pas à recevoir des représentants de la
mission de coopération française à Djibouti. Elle n’accepte
de voir que l’ambassadeur de France, Jean-Marie Momal, la veille de son départ.
Elle est alors convaincue du suicide de son mari, qu’elle décrit comme
une ” autopunition à tort “.

Elisabeth
Borrel rentre en France le 22 octobre 1995, avec les lettres de son mari et
l’argent qu’il avait retiré à la Banque. Mais pas en francs
de Djibouti. Les billets ont auparavant été échangés
à des amis du couple contre des chèques en francs français.
A eux aussi, Mme Borrel demandera de ne rien dire de cette opération,
devant Claude Sapkas-Keller. Des personnes de son entourage proche qui ont
montré leur solidarité lors de la nuit de la disparition préfèrent
se taire.

En France,
désormais persuadée que son mari a été assassiné,
rejetant la version du suicide, Mme Borrel met fin à ses relations
avec une partie de la communauté des Français de Djibouti, celle
qui ne partage pas sa conviction. ” Je veux que tous ces privilégiés
des colonies rendent des comptes “, dira -t-elle.

Plus tard,
Jacques Mouline confiera aux policiers que les difficultés professionnelles
rencontrées par Borrel à Djibouti ne suffisaient pas à
expliquer son geste, au caractère expiatoire, purificateur, d’une violence
inouïe, commis dans un lieu d’une grande puissance évocatrice.

Jacques
Mouline est très affecté par la mort de son collaborateur. Il
a déjà vécu un suicide dans sa famille et ce nouveau
drame le bouleverse.

Il est
d’autant plus troublé que Mme Borrel a refusé de le recevoir
le matin de la mort de son mari, un refus qui donne à penser qu’elle
tient les coopérants pour responsables de son décès…Pourtant,
peu avant 8 heures, quand Mouline sonne à la porte des Borrel, ce matin-là,
le corps du juge n’a pas été découvert.

De retour
en France, Mme Borrel s’interroge sur un document mystérieux, que le
capitaine de la prévôté française, Luc Auffret
et Claude Sapkas-Keller ont vainement recherché le lendemain de la
mort du magistrat et qui, selon elle, pourrait expliquer qu’on ait voulu l’assassiner.
Elle ne croit pas que Luc Auffret ait, comme il l’affirme, cherché
un simple courrier qu’il avait confié à Bernard Borrel, courrier
concernant les disfonctionnements de la justice djiboutienne et mentionnant
des malversations de gendarmes djiboutiens. Elisabeth Borrel accuse aussi
publiquement Luc Auffret d’être intervenu dans l’enquête pour
l’influencer. C’est pourtant devant ce même Luc Auffret qu’elle a certifié
aux policiers djiboutiens n’avoir trouvé à son domicile ni argent,
ni lettres, avant de déclarer : ” Je ne sais pour quelles raisons
mon mari s’est donné la mort. C’était son choix.”

12/06/07 (B399) RSF : ETHIOPIE / Reconnus “coupables” par la Haute Cour fédérale, quatre journalistes risquent des peines allant de 3 ans de prison à la peine de mort.

Reporters
sans frontières est scandalisée par le grave retour en arrière
que constitue l’arrêt de la Haute Cour fédérale, le
11 juin 2007, déclarant coupables d’avoir tenté de “renverser
l’ordre constitutionnel” quatre journalistes et trois groupes de
presse, parmi les 38 membres de l’opposition incarcérés
depuis les rafles de novembre 2005. Deux d’entre eux risquent la peine
de mort ou l’emprisonnement à vie.

D’autre part, l’organisation exprime sa désapprobation
de la nouvelle arrestation de Dawit Fassil, rédacteur en chef adjoint
de l’hebdomadaire disparu Satenaw, qui avait été relâché
sous caution en avril 2007, après 17 mois de prison.

“Le gouvernement éthiopien n’est-il pas encore épuisé
de harceler l’opposition et les journalistes? Près de deux ans
après les arrestations en masse de novembre 2005, il continue de
prétendre rendre la justice, alors qu’il ne fait qu’offrir la caricature
d’une démocratie défaillante et d’un gouvernement revanchard.
Pour ceux qui estimaient que les acquittements d’avril constituaient le
signe que le gouvernement était prêt à des compromis,
c’est à la fois décevant et très inquiétant.
Les Etats-Unis, qui entretiennent des relations privilégiées
avec l’Ethiopie, doivent faire comprendre au Premier ministre Meles Zenawi
que ce procès-fleuve a assez duré. Cette affaire devient
de plus en plus dangereuse pour la stabilité du pays et il est
temps de lui trouver une issue honorable”, a déclaré
Reporters sans frontières.

La Haute Cour a décidé de considérer le refus de
présenter leur défense de 38 membres de la Coalition pour
l’unité et la démocratie (CUD, opposition), dont quatre
journalistes, comme un aveu de culpabilité. Parmi les accusés,
elle a déclaré coupables de “conspiration en vue de
renverser l’ordre constitutionnel” et “incitation à
la révolte” Mesfin Tesfaye, rédacteur en chef de Abay,
Andualem Ayele, rédacteur en chef d’Ethiop et Wonakseged
Zeleke, rédacteur en chef de Asqual. Les deux premiers journalistes
encourent la peine de mort ou l’emprisonnement à vie, tandis que
Wonakseged Zeleke risque dix ans de prison. Dawit Fassil, inculpé
de “propagation de fausses nouvelles”, risque pour sa part trois
ans de prison. Les sentences doivent être prononcées le 8
juillet. Par ailleurs, les groupes de presse Serkalem, Sisay et Fassil
ont également été condamnés et risquent la
dissolution ou d’importantes amendes.

En revanche, Wosonseged Gebrekidan, rédacteur en chef d’Addis Zena,
et Dawit Kebede, rédacteur en chef de Hadar, ont accepté
de présenter leur défense et devraient commencer leur plaidoirie
le 18 juin.

12/06/07 (B399) AFP / Affaire Borrel : des documents suggèrent un soutien de l’Elysée à Djibouti

PARIS
(AFP) – Des documents saisis au Quai d’Orsay et consultés par l’AFP,
suggèrent un soutien du président Jacques Chirac à son
homologue de Djibouti pour accéder au dossier judiciaire sur la mort
du juge Borrel, où des responsables djiboutiens sont mis en cause.

Interrogé par l’AFP, l’entourage de l’ancien président
a déclaré qu’il “ne souhaite évidemment pas commenter
des documents dont il n’a pas connaissance”.

Au coeur des documents saisis au quai d’Orsay, et à la Chancellerie,
figurent des notes sur la préparation puis sur les retombées
d’une rencontre à l’Elysée le 17 mai 2005 entre Jacques Chirac
et le président Ismaël Omar Guelleh durant laquelle l’affaire
Borrel est longuement abordée.

“En sortant de son entretien avec le PR
(Président de la République), IOG (Ismaël Omar Guelleh)
avait quasiment compris que cette histoire de CIJ était une formalité
et qu’après un échange de courrier, ils (ndlr, les Djiboutiens)
auraient le dossier dans les 15 jours”, écrit notamment, le 29
juillet 2005, un membre de la direction d’Afrique du Quai d’Orsay à
son directeur.

Les deux présidents évoquent la possibilité d’une plainte
devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui sera finalement déposée
par Djibouti contre la France huit mois plus tard afin d’obtenir une copie
de l’enquête française sur la mort du juge.

Dans cette plainte, Djibouti reproche à la France la violation
d’une convention bilatérale d’entraide judiciaire en matière
pénale de septembre 1986.

Auparavant, la justice djiboutienne avait demandé à deux reprises
à la France la transmission du dossier judiciaire sur la mort du juge
Borrel, tué en 1995 à Djibouti, sans obtenir satisfaction malgré
des engagements pris par la Chancellerie et le Quai d’Orsay. La juge Sophie
Clément, chargée du dossier, s’y était à chaque
fois opposée.

Une note de l’ambassadeur de France à
Djibouti, dont l’AFP a eu copie, montre que c’est l’Etat français qui
a le premier suggéré à Djibouti d’attaquer la France
en justice pour faire plier la juge.
“Ils
réfléchissent à notre idée de recours à
la CIJ”, écrit le 25 juin 2005 le diplomate en rendant compte
d’un entretien avec son homologue djiboutien.

Le soutien de la France à Djibouti transparait également
dans les notes de travail de la direction Afrique du quai d’Orsay destinées
à préparer la rencontre Chirac-Guelleh du 17 mai 2005.

“Nous sommes votre premier partenaire au développement,
votre premier partenaire commercial. Nos relations sont excellentes à
tous points de vue. Il n’existe qu’une seule ombre à ce tableau: l’affaire
Borrel”, écrivent les diplomates en invitant Djibouti à
la “surmonter”.

Toujours selon des documents auxquels l’AFP a eu accès, des conseillers
de Jacques Chirac lui proposent, dans un argumentaire, d’assurer à
son homologue djiboutien que sa “colère est parfaitement compréhensible”.

“Nous avions pris l’engagement de vous transmettre ce dossier.

Malheureusement les services de la Chancellerie avaient mal évalué
les conséquences d’une telle transmission. M. Perben pourrait être
poursuivi par Mme Borrel pour forfaiture”, poursuit l’argumentaire en
assurant “que les autorités françaises font le maximum
de ce qui est en leur pouvoir”.

Djibouti saisira finalement la CIJ le 12 janvier
2006 afin d’obtenir la communication du dossier Borrel et aussi l’annulation
de convocations, en qualité de témoins assistés, de hauts
représentants de l’Etat djiboutien, dont Ismaël Omar Guelleh.