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26/12/07 (B427) LIBERATION : Mogadiscio entre peur et survie.

Somalie. Un an après la chute des Tribunaux islamiques, les combats se poursuivent.

STÉPHANIE BRAQUEHAIS

Sur un mur défraîchi, des cornets de glace à la fraise et à la vanille sont peints à côté de l’inscription «Welcome boqoljirow» («bienvenue chez le très vieil homme»). Des dessins bariolés couvrent les murs criblés d’impacts de balles, comme ceux de la plupart des bâtiments de Mogadiscio. Un an après la chute des Tribunaux islamiques, le 27 décembre 2006, la capitale somalienne reste en proie à des affrontements quotidiens entre les insurgés et les troupes du gouvernement de transition, appuyées par l’armée éthiopienne.

Un bruit tonitruant s’échappe des trois générateurs de 270 kW que Hirsi Oumar, homme d’affaires d’une cinquantaine d’années, s’est procurés il y a dix ans. Il a acheté un congélateur pour vendre des pains de glace et a fait creuser un puits dans sa concession.

Palliant l’absence d’Etat et de services publics depuis 1991, il procure désormais de l’eau et de l’électricité à plus de 1 000 foyers dans le quartier Medina, dans le sud de la ville, relativement épargné par les combats. Ceux-ci ont surtout lieu au marché de Bakara, autrefois poumon économique de la ville et désormais déserté.

A Medina, quelques grenades explosent bien de temps à autre, suivies par des rafales de kalachnikovs… «mais ce n’est que le murmure familier de Mogadiscio», sourit Hirsi Oumar avec fatalité.

Porte close.

Pour la plupart des habitants qui ont choisi de rester dans la capitale somalienne, vidée de la moitié de sa population depuis janvier (600 000 personnes ont fui, selon les Nations unies), le quotidien se réduit à une lutte pour la survie et à la crainte des pillages.

«Nous sommes en sécurité ici, mais nous ne pouvons pratiquement pas bouger et tous les jours on a la peur au ventre», reconnaît une voisine, Fatma Mayor Mohamed, 45 ans, mère de 8 enfants, qui a acheté un four à pain et monté une petite boulangerie. Elle ajoute, fataliste : «On ne peut plus rien vendre, tout le monde est parti.»

Les maisons environnantes affichent pour la plupart porte close et volets fermés. Si elle s’installait à son tour provisoirement dans un camp de déplacés, elle sait qu’elle perdrait tout du jour au lendemain. «Ils seraient même capables de me voler le toit et les murs. Alors je reste», dit-elle. «Ils», ce sont les troupes régulières, les bandits isolés, n’importe qui possédant une arme, c’est-à-dire presque tout le monde.

«Seigneurs de guerre».

Aux abords de Mogadiscio, les camps de fortune se multiplient. A Daymarudi, vers la sortie nord, 30 000 personnes vivent sous des tentes de plastique et de branchages, attendant d’hypothétiques distributions de nourriture. Certains se risquent à faire de brefs allers-retours pour vérifier l’état de leur maison.

Ubah Sharif Ibrahim, jolie jeune femme de 28 ans et mère de 5 enfants, n’en a plus l’occasion. Elle évoque sa fuite du quartier Black Sea : «Les tirs avaient commencé le jeudi. Le lendemain, j’ai décidé de partir en prenant les enfants avec moi. Dix minutes après, j’ai su qu’un obus avait atterri sur ma maison.

J’ai toujours vécu à Mogadiscio, même au temps des seigneurs de guerre ou des Tribunaux islamiques, je n’ai jamais dû tout abandonner !» Ici, on ne se gêne pas pour afficher un soutien massif aux insurgés. «Tout ça, c’est à cause d’Abdullahi Yusuf [président du gouvernement de transition, ndlr], fulmine-t-elle. Il a appelé les Ethiopiens à nous envahir, et c’est pour cela qu’il est fort. Mais sans eux nous saurions le chasser. Nous avons l’habitude, depuis dix-sept ans !»

«Coma».

Chaque jour à Mogadiscio voit son lot de civils blessés, tués, victimes des échanges de tirs. Le Comité international de la Croix-Rouge, qui gère deux hôpitaux, a reçu 4 000 blessés de guerre cette année, soit le double de l’année dernière. A l’hôpital Medina, la mort est devenue un non-événement. Le docteur Osmane Abdulahi explique qu’une vingtaine de blessés sont arrivés aujourd’hui. Il passe d’un patient à l’autre, énumérant les blessures.

Il s’arrête au-dessus d’un jeune homme, entouré de bandages ensanglantés. «Celui-là a une vingtaine d’années, il marchait avec ses frères à Bakara quand un obus a atterri sur une échoppe. Il est dans le coma.» A peine a-t-il achevé sa phrase que le blessé s’agite.

Les infirmières se précipitent pour lui enfoncer une sonde et tenter de lui dégager les voies respiratoires. Un homme se met à gémir et à prier. C’est trop tard. Les infirmières enroulent le corps menu dans un drap. Ce jour-là, les familles sont allées récupérer les corps de huit autres personnes mortes lors de l’explosion de plusieurs obus à Bakara.

25/12/07 (B427) ANGOLA PRESS : SOMALIE: Arrivée à Mogadiscio d`un second contingent burundais (Info lectrice)

MOGADISCIO, 24/12 – Un contingent d`une centaine de soldats burundais est arrivé lundi matin à Mogadiscio pour prendre part à la force de paix africaine en Somalie, deux jours après l`envoi d`un premier groupe.

"Nous sommes très contents d`être en Somalie et dans deux semaines, nos forces seront complètement déployées", a déclaré à l`AFP un soldat burundais ayant requis l`anonymat, à son arrivée à l`aéroport de Mogadiscio.

Un premier contingent de 96 hommes avait rejoint la Somalie dans la nuit de samedi à dimanche. Ces 200 soldats doivent "préparer le terrain" au déploiement dans les deux prochaines semaines d`un premier bataillon de 800 hommes, a-t-on précisé de source militaire à Bujumbura.

Ces quelque 200 soldats doivent "préparer le terrain" au déploiement complet, dans les deux prochaines semaines, du premier bataillon de 800 hommes, a-t-on précisé de source militaire.

Le Burundi s`est engagé à déployer au total 1.700 soldats en Somalie, aux côtés des quelque 1.600 soldats ougan-dais présents depuis mars à Mogadiscio, où des violences quasi-quotidiennes opposent insurgés aux forces de sécurité somaliennes appuyées par leurs alliés éthiopiens.

"Le deuxième bataillon burundais, lui aussi constitué de 800 soldats, partira en janvier 2008 si les pays qui nous aident tiennent leurs promesses", a précisé un porte-parole militaire burundais.

L`Amisom doit compter à terme quelque 8.000 soldats pour aider à stabiliser le pays de la Corne de l`Afrique après seize ans de guerre civile.

Selon l`ONU, plus de 600.000 personnes ont fui Mogadiscio cette année en raison des combats.

25/12/07 (B427) Condoléances. C’est avec une immense tristesse que nous apprenons la disparition brutale de Kassim Mohamed Dabaleh ce dimanche 23 Décembre 2007 à Djibouti.

Kassim Mohamed Dabaleh, âgé de 35 ans est né à Tadjourah en 1972. En novembre 1991, alors qu’il n’a que 19 ans, il abandonne ses études pour renforcer les rangs du FRUD comme beaucoup de jeunes de son age, qui pour la plupart, ont péri dans cet élan patriotique. D’ailleurs, Kassim est l’un des rescapés de l’offensive de l’armée gouvernementale du 5 Juillet 1993 menée sur tous les fronts. A cette époque, il faisait partie d’une unité combattante du FRUD stationnée dans la zone du PK9.

Il a pu échapper de justesse, tandis que nombre de ses camarades sont tombés sous ses yeux. Pendant quelques mois, il a fait de la résistance dans les Mablas ( Nord-Est de Djibouti ), pour finalement abandonner les rangs de la guérilla pour retrouver un peu de paix dans son âme meurtrie par cette tragédie nationale. Il se réfugie en Ethiopie quelques temps, avant de regagner son pays Djibouti à la faveur d’une amnestie pour les combattants décrétée en 1995 par le gouvernement Gouled.

Il retrouve la vie civile à Djibouti jalonnée de traversée du désert, avant d’être recruté comme technicien du Terminal à Conteneur au Port Autonome Internationale de Djibouti.

Kassim était marié. Il laisse derrière lui, une veuve et un enfant.

Les djiboutiens de France adressent à son épouse, à ses parents et proches, sans oublier ses fidèles amis de la " Fiqma " ( Association culture-tradition ) Dikirissa, les condoléances les plus attristées.

Ses amis de Dikirissa, particulièrement sous le choc sans doute, ont dû ressentir cette disparition comme un coup de massu reçu sur la tête.

Que le Très Haut l’accueille dans son paradis éternel. Amin !

25/12/07 (B427) Libération du Journaliste français qui était retenu en otage au Puntland. (Trois dépêches)

________________________________ AFP

Le journaliste Gwen Le Gouil a quitté la Somalie pour Djibouti


MOGADISCIO (AFP) — Le journaliste français Gwen Le Gouil, libéré lundi après avoir été retenu en otage pendant huit jours dans le nord-est de la Somalie, s’est envolé mardi pour Djibouti, a-t-on appris de source officielle du Puntland.

"Il était 08H00 (05H00 GMT) ce (mardi) matin lorsque le journaliste français, accompagné d’un diplomate français, a quitté (le Puntland) pour Djibouti. Il nous a dit qu’il rentrait (ensuite) directement en France", a déclaré un responsable du ministère de l’Information du Puntland, Bile Mohamud Qabowsade, interrogé par l’AFP au téléphone depuis Mogadiscio.

Gwen Le Gouil avait été enlevé le 16 décembre au lendemain de son arrivée dans le port de Bosasso, capitale économique de la région semi-autonome du Puntland. Ses ravisseurs, des miliciens d’un des clans de Bosasso, réclamaient une rançon en échange de sa libération.

Lundi soir, s’exprimant au nom de tous les responsables de la région, le ministre des Ports et des Ressources de la Mer, Ahmed Said Nur, a annoncé la libération officielle du journaliste, assurant "qu’aucune rançon" n’avait été payée.

Journaliste de télévision indépendant, Gwen Le Gouil s’était rendu au Puntland pour y effectuer un reportage sur le trafic d’émigrants illégaux traversant au péril de leur vie le golfe d’Aden vers le Yémen dans l’espoir d’une vie meilleure.

"Cet épisode inquiétant prouve que cette région du Puntland est devenue un terrain de chasse pour des bandes de kidnappeurs, qui ont fait de l’enlèvement et du piratage un commerce", avait réagi lundi l’organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF), appelant journalistes et humanitaires travaillant dans ce secteur à "redoubler de prudence".

"Les responsables du Puntland demandent aux journalistes désireux de se rendre au Puntland d’informer les autorités locales (de leur présence) à leur arrivée", a ajouté mardi Bile Mohamud Qabowsade

____________________________________ Presse canadienne

Libération du journaliste français enlevé en Somalie

MOGADISCIO – Gwen Le Gouil, le journaliste français enlevé contre rançon dans le nord de la Somalie dimanche dernier, a été libéré lundi, selon la police.

"Le journaliste enlevé a été relâché cet après-midi. Il se trouve maintenant à Bossaso et va bien. Aucune rançon n’a été versée", a déclaré Abdiaziz Said Mohamoud, commissaire de la police du Puntland, dans un entretien téléphonique avec l’agence Associated Press. Des anciens des clans somaliens ont usé de leur influence pour faire libérer le caméraman.

Selon Omar Farouk Osman, secrétaire général de l’Union nationale des journalistes somaliens (NUSOJ), cité par Reporters sans Frontières (RSF), le caméraman a "été récupéré par des chefs coutumiers, à mi-chemin de son lieu de détention. Il est maintenant libre, avec des diplomates français, dans un hôtel de Bosasso".

A Paris, le Quai d’Orsay a fait part de son "grand soulagement" à l’annonce de cette libération, avant de remercier "tout particulièrement les autorités régionales du Puntland, et notamment le président Mohamud Muse Hersi, ses conseillers et la communauté locale des anciens pour leur disponibilité à nous aider dans la gestion de cette affaire".

Gwen Le Gouil avait été enlevé le 16 décembre à la sortie de la ville de Bossaso, dans le Puntland, une province semi-autonome du Nord de la Somalie, située à environ 1.500 km au nord de Mogadiscio, donc loin de ce Sud en proie à une violente insurrection islamiste dans la région de la capitale.

La région connaît toutefois depuis plusieurs mois un regain de piraterie le long de ses côtes, et le port de Bossaso sert de base à de nombreux trafiquants qui font passer en bateau au Yémen des candidats à l’immigration clandestine à destination des pays du Golfe.

Selon RSF, Gwen Le Gouil effectuait un reportage sur les trafics d’immigrants clandestins pour la chaîne franco-allemande ARTE. "Nous sommes très contents, soulagés et contents! C’est un superbe cadeau de Noël" pour son épouse et sa mère, a déclaré à l’AP Léonard Vincent, de RSF.

Il a salué le "travail patient" des diplomates français et des autorités du Puntland. L’épisode montre la dangerosité de la région pour les étrangers, a-t-il estimé, notant trois incidents auxquels étaient mêlés des étrangers se sont produits depuis un an dans la province. Les enlèvements contre rançon sont devenus selon lui un "business" pour les clans du Nord, qui organisent le trafic d’armes et d’êtres humains vers l’Arabie saoudite via le Yémen.

________________________________ Couleur France

Somalie : le journaliste français libéré
par Thomas Etcheberry

Gwen Le Gouil a finalement été relaché par ses ravisseurs hier après midi.

Le journaliste de nationalité française avait été enlevé depuis le dimanche 16 decembre dernier.

Aucune rançon n’a été versée. Ce sont des anciens des clans somaliens qui auraient usé de leur influence pour faire libérer le caméraman.

Gwen Le Gouil effectuait un reportage sur les trafics d’immigrants clandestins.

Il a quitté le Puntland (région de la Somalie) cet après midi pour Djibouti. Il devrait par la suite rentrer directement en France.

25/12/07 (B427) NEWS PRESS / UNHCR Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. Golfe d’Aden : l’UNHCR avertit les migrants désespérés des risques mortels associés au trafic d’êtres humains (Info lectrice)

Une personne sur 20 ayant entrepris de traverser le golfe d’Aden cette année, à bord de frêles embarcations, est morte. Devant ces chiffres dramatiques, l’agence des Nations Unies pour les réfugiés a commencé une campagne de sensibilisation dans la Corne de l’Afrique pour informer les candidats à l’immigration des périls qu’ils encourent en traversant illégalement le golfe pour gagner le Yémen.

Des dépliants colorés, comprenant notamment des dessins accompagnés de textes en somalien, traduits en trois dialectes éthiopiens, sont distribués dans toute la région du Puntland en Somalie. Parallèlement, des spots radio sont diffusés depuis le mois d’octobre. La campagne informe aussi les demandeurs d’asile arrivant d’autres pays qu’ils peuvent demander l’asile sur place en Somalie, et elle demande aux communautés hôtes de traiter humainement les migrants. La campagne de sensibilisation est actuellement élargie au sud et au centre de la Somalie ainsi qu’en Ethiopie.

A ce jour en 2007, 28 000 personnes ont déjà effectué la traversée périlleuse vers le Yémen depuis la cite portuaire de Bossasso, située au nord-est de la Somalie, pour tenter d’atteindre les riches pays du golfe. Plus de 1 400 d’entre elles sont mortes. Elles ont été tuées par des passeurs ou se sont noyées en mer. De nouvelles pertes en vie humaine, s’élevant au moins à 58 personnes, sont survenues le week-end dernier. Un bateau de passeurs a chaviré ; un autre a heurté un rocher et s’est brisé en plusieurs morceaux.

A Bossasso, la campagne de sensibilisation menée à l’attention des candidats à l’immigration est accueillie favorablement par les ONG locales. « Les migrants veulent une vie meilleure ; ils n’aiment pas penser aux dangers », a expliqué un travailleur humanitaire somalien. « Il est de notre devoir d’assurer qu’ils soient pleinement conscients que la mort peut les surprendre ». Sheikh Abdulqader, leader des anciens dans la ville, ajoute : « A nous seuls, nous ne pouvons pas empêcher ces personnes désespérées de traverser. Le soutien de la communauté internationale va nous aider à ralentir une tragédie qui dure déjà depuis trop longtemps. »

En plus de la campagne de sensibilisation, l’UNHCR a intensifié cette année son travail au Yémen dans le cadre d’un budget de sept millions de dollars et a annoncé, mardi, qu’elle allait renforcer sa présence, dans une région reculée située le long de 300 kilomètres de côte, avec l’ouverture de deux nouveaux bureaux de terrain en 2008.

A Bossasso, dans un petit café éthiopien – où l’on peut lire sur le mur une maxime involontairement ironique « le navigateur est l’avenir de l’homme » – ceux qui vont embarquer bientôt à bord de bateaux de passeurs sont peu loquaces. Une dizaine de jeunes Ethiopiens mâchent du khat, une plante narcotique locale. Ils sont à la fois impatients et apeurés de ce qui va leur arriver. Ce soir, ils quitteront la ville pour se rendre sur une plage et embarquer à bord d’un bateau délabré vers le Yémen.

Ils sont tous nerveux, à l’exception de Saïd, qui a déjà effectué une fois la traversée. Il dit avoir été refoulé d’Arabie saoudite il y a quelques mois car il n’avait pas de permis de travail. « La dernière fois, j’ai réussi à atteindre le Yémen sain et sauf alors je voyage avec le même passeur cette fois », dit-il, ajoutant que sa femme se trouve toujours en Arabie saoudite où elle travaille en tant que domestique et qu’elle lui envoie de l’argent pour payer son voyage. Les deux amis, avec qui il discute de la possibilité de partir avec lui, sourient nerveusement quand on leur parle des dangers du voyage.

Néanmoins tout le monde ne partira pas ce soir. Assise près d’un mur noirci par la fumée d’encens, la jeune Fahir semble si faible qu’elle ne peut que chuchoter. « Je suis venue d’Ethiopie avec mon mari, après que des voisins, qui construisaient une belle maison, nous aient dit qu’on pourrait gagner de l’argent en Arabie saoudite », murmure-t-elle.

Cependant, une fois à Bossasso, son mari lui a dit qu’il ne pouvait payer la traversée que pour une seule personne et il est parti, en l’abandonnant alors qu’elle était enceinte. « Je n’ai pas d’argent pour la traversée vers le Yémen ; je n’ai pas d’argent pour rentrer en Ethiopie, et ici je ne peux même pas travailler pour me nourrir car personne n’embauchera une femme enceinte », pleure-t-elle, en ajoutant qu’elle se rend compte aujourd’hui qu’elle n’aurait pas dû quitter sa maison.

Comme Fahir, de nombreux migrants sont bloqués à Bossasso. « Même si vous trouvez un emploi au port en tant que porteur, vous gagnez tout juste de quoi payer trois repas par jour et une nuit dans un hôtel misérable aux murs en carton, où vous dormez avec des dizaines d’autres personnes », explique un jeune Ethiopien.

Certains migrants n’ont même pas les moyens de se payer un toit misérable. Après avoir travaillé toute la journée dans le port, Hassan, âgé de 16 ans, doit dormir à la belle étoile dans un bâtiment en ruine. « Après la mort de ma mère, mon père a commencé à me battre. Un jour, j’ai entendu que des gens de notre village en Ethiopie étaient partis à Bossasso pour traverser vers le Yémen. Quand mon père a de nouveau essayé de me battre, j’ai fui et j’ai rejoint cette ville. » Mais il n’avait pas vraiment compris combien le voyage vers le Yémen pouvait être dangereux avant d’avoir atteint Bossasso.

Il n’y a pas que des Ethiopiens comme Hassan qui cherchent à tout prix à effectuer la traversée en mer. La violence ayant fait rage à Mogadiscio toute cette année, un nombre accru de Somaliens a commencé à choisir cette échappatoire. Pour la première fois, le nombre de Somaliens a dépassé celui des Ethiopiens à bord des 300 bateaux qui ont effectué la traversée cette année.

Malgré les dangers, Khadija veut faire de même. Il y a plusieurs mois, elle a quitté avec sa famille la capitale somalienne en proie à des troubles et elle a rejoint Bossasso, où son mari a embarqué dans un bateau, en lui promettant qu’il enverrait de l’argent à sa famille.

« Je n’ai plus jamais reçu de ses nouvelles », se lamente Khadija. « Il a dû se noyer en mer. » Elle habite à Bossasso avec ses enfants dans un abri sordide se trouvant dans l’un des sites accueillant des personnes déplacées internes.

Elle est aujourd’hui si désespérée qu’elle envisage de laisser ses jeunes enfants à sa fille âgée de 10 ans pour embarquer, elle aussi, dans un bateau vers le Yémen et pour envoyer de l’argent à sa famille. « Je ne peux ni rentrer à Mogadiscio avec mes enfants, où ils mourront, ni rester dans une ville où ils manquent de tout », explique-t-elle. « Dieu a déjà pris la vie de mon mari. Il ne prendra pas la mienne. »

24/12/07 (B427) LE MONDE avec REUTERS : Au moins quatre morts dans des combats à Mogadiscio

MOGADISCIO (Reuters) – Quatre personnes au moins ont été tuées dimanche dans des combats dans Mogadiscio entre insurgés islamistes et forces gouvernementales somaliennes.

Selon des habitants, les violences ont éclaté dans la nuit dans des quartiers du nord de la capitale somalienne. Les deux camps se sont affrontés à l’artillerie et à la mitrailleuse.

Dans le quartier de Yaqshid, l’explosion d’un obus de mortier sur une maison a fait deux morts. Un autre habitant a été fauché par des balles perdues lors d’une fusillade.

Un adolescent de 14 ans a succombé à ses blessures après avoir été admis à l’hôpital Madina, le principal de la ville, indique-t-on de source médicale.

Samedi, l’Union africaine a déclaré que le conflit en Somalie était l’un des défis les plus graves lancés contre la paix et la sécurité du continent.

Une mission de l’UA est en cours de déploiement à Mogadiscio, où le gouvernement fédéral de transition est appuyé par un contingent éthiopien. A terme, elle devrait impliquer 8.000 soldats africains.

Pour l’heure, seuls 1.600 militaires ougandais sont sur place. Ils ont été rejoints dimanche par un détachement de 100 soldats burundais, a annoncé le porte-parole de la force de l’UA, le capitaine Pakky Ankunda. Le Burundi s’est engagé à déployer au total 1.700 soldats en Somalie.

Daniel Wallis,
version française Henri-Pierre André

24/12/07 (B427) Les Echos : JEFFREY D. SACHS La pensée trop militaire de Washington

Dans des pays en crise comme l’Afghanistan, l’Ethiopie, l’Iran, l’Irak, le Pakistan, la Somalie et le Soudan, les mêmes problèmes sont à l’origine des tensions ou des violences. Ce sont des pays pauvres, frappés par des catastrophes naturelles et qui peinent à nourrir une population en forte croissance. Ces problèmes ne peuvent se résoudre que par un développement durable. Pourtant, plutôt que de s’attaquer aux causes des crises, les Etats-Unis persistent à vouloir les traiter par des moyens militaires. Ils soutiennent l’armée éthiopienne en Somalie, occupent l’Irak et l’Afghanistan, menacent de bombarder l’Iran et soutiennent la dictature au Pakistan. Ces interventions tendent à aggraver les crises plutôt qu’à les résoudre.

A nouveau, les Etats-Unis sont hantés par une approche militaire de la politique étrangère. Ils ont soutenu le shah d’Iran par des livraisons d’armes tombées entre les mains du gouvernement révolutionnaire après 1979. Ils ont soutenu Saddam Hussein lorsqu’il a attaqué l’Iran, avant de se retourner contre lui. Ils ont soutenu Oussama ben Laden en Afghanistan contre les Soviétiques, pour finalement le combattre. Ils ont dépensé plus de 10 milliards d’aide en faveur de Pervez Moucharraf au Pakistan depuis 2001 et se trouvent maintenant face à un régime instable.

Leur politique étrangère s’enlise parce qu’elle est téléguidée par les militaires. Même la reconstruction de l’Irak a été menée par le Pentagone plutôt que par des organismes civils. Le budget militaire envahit la politique étrangère. Si l’on additionne le budget du Pentagone, le coût de la guerre en Irak et en Afghanistan, le budget du département de la Sécurité intérieure, celui consacré aux programmes d’armement nucléaire et aux programmes d’aide militaire du département d’Etat, les Etats-Unis consacrent annuellement 800 milliards de dollars pour la sécurité contre moins de 20 milliards au développement.

Dans un article sur le Pakistan, deux experts, Craig Cohen et Derek Chollet, ont montré le caractère désastreux de cette approche. Bien que le Pakistan soit confronté à d’énormes problèmes de pauvreté, de démographie et d’environnement, les trois quarts des 10 milliards de dollars d’aide américaine sont tombés dans l’escarcelle de l’armée, soi-disant pour rembourser le pays de sa contribution à la « guerre contre le terrorisme » et pour l’aider à acheter des F16 et d’autres armements. Moins de 10 % sont allés au développement et à l’aide humanitaire. L’aide des Etats-Unis en faveur de l’éducation dans ce pays s’est limitée à 1,16 dollar par enfant.

Cette approche militaire entraîne le monde dans une spirale de violence. Les armes américaines vendues ou données à ces pays accroissent les risques d’une aggravation des crises et la probabilité de voir ces armes retournées contre les Etats-Unis. Rien de cela n’aide à résoudre la pauvreté, la mortalité infantile, la rareté de l’eau et des moyens de subsistance dans des endroits comme le nord-ouest du Pakistan, le Darfour ou la Somalie. L’administration Bush ne tient pas compte de ces problèmes démographiques et environnementaux. Au lieu de considérer les difficultés des populations, elle voit une caricature – un terroriste à chaque coin de rue.

Un monde pacifié ne sera possible que lorsque les Américains réaliseront que les conflits sont la conséquence du désespoir. Ces conflits peuvent être résolus par le développement. Nous connaîtrons la paix lorsque nous tiendrons compte des paroles du président Kennedy : « En dernière analyse, ce que nous avons tous en commun, c’est d’habiter la même petite planète. Nous respirons tous le même air, nous nous préoccupons tous de l’avenir de nos enfants et nous sommes tous mortels. »

JEFFREY D. SACHS
est professeur et directeur
de l’Institut de la Terre
à l’université de Columbia (New York)
.

Cet article est publié en collaboration avec « Project Syndicate ».

24/12/07 (B427) 7 sur 7 / Belgique : Le pouvoir somalien accuse les Nations unies de partialité

Selon les autorités somaliennes, certaines agences onusiennes compilent dans leurs rapports des informations rapportées par des ONG locales en lien avec des insurgés islamistes qui affrontent quasi quotidiennement les forces de sécurité somaliennes appuyées par leurs alliés éthiopiens. Un haut responsable somalien a accusé dimanche les Nations unies de peindre un tableau exagérément sombre de la situation en Somalie et de propager les thèses des insurgés islamistes.

"Nous exhortons les agences de l’ONU à mener une évaluation juste de la situation réelle sur le terrain et d’éviter (de produire) des rapports déséquilibrés", a déclaré à l’AFP un haut responsable au ministère des affaires étrangères, Osman Mohamed Adam. Il s’est plaint que certaines agences onusiennes compilent dans leurs rapports des informations rapportées par des ONG locales en lien avec des insurgés islamistes qui affrontent quais quotidiennement les forces de sécurité somaliennes appuyées par leurs alliés éthiopiens.

"De nombreuses agences de l’ONU ne recueillent pas elles-mêmes de données mais font des emprunts aux rapports d’autres organisations", a-t-il ajouté. "Ils n’évoquent pas les réussites et la progression du gouvernement", a-t-il ajouté. L’un des rapports qui ont profondément irrité le gouvernement de transition est un communiqué du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) selon lequel quelque 600.000 personnes ont fui Mogadiscio et ses combats depuis le début de l’année, portant à un million le nombre de déplacés en Somalie. (belga)