18/06/06 (B355-A) LA VOIX AU CHAPITRE : par AÏNACHÉ

Voilà que ça recommence !

Depuis un mois, des informations alarmantes parviennent de Djibouti et particulièrement de la région du nord. Des mots terribles sont employés tels que blocus, famine et arrestation arbitraire.

Une opération militaire d’une ampleur exceptionnelle est donc menée depuis le 13 mai dernier qui isolerait le nord du pays. Certains n’hésitent pas à affirmer que la population du nord est prise en otage.

Après la chasse aux syndicalistes durant le premier trimestre de cette année, le tenant du pouvoir punit-il la population du nord ?

Qu’est ce qui motive qu’un pouvoir emploie ce genre de méthode effarante, dénoncée par tous, à l’encontre de sa propre population ?

Comme beaucoup, j’ai été choqué lorsque j’ai appris par un ami digne de foi et parfaitement informé, l’arrestation très musclée du vieil OKAL Monsieur HANNIFA ASSÉ pour le seul tort d’avoir accordé son hospitalité à un groupe de jeunes de passage dans sa localité.

Depuis quand l’hospitalité traditionnelle serait-elle interdite ?

Comment concevoir qu’on puisse bastonner un vieil homme et de surcroît un notable honorablement connu de tous ?

Fidèle à leur méthode de mutisme les médias locaux ne donnent aucune information sur le sujet. Seule la courageuse et méritante LDHD tire la sonnette d’alarme afin d’alerter l’opinion internationale, malgré les diverses intimidations.

Faut-il chercher un début d’explication suite aux multiples désaveux cuisants des différentes élections.

La dernière élection pouvait s’envisager consensuelle, par ce que voulue par tous.

Cette élection, de mars dernier, régionale et communale avait été programmée pour faire oublier rapidement l’amer souvenir qu’a laissé les élections précédentes et notamment l’élection la plus controversée : LA PRESIDENTIELLE.

Tout le monde se souvient de l’interview que le président avait donné au très complaisant journal JEUNE AFRIQUE qui se nommait à l’époque très modestement : L’INTELLIGENT.

A une question relative à sa réélection, sans concurrent ni débat contradictoire, le président avait répondu avec l’aplomb qu’on lui connaît et je cite de mémoire : Si l’opposition a quelque chose dans le ventre qu’elle le montre lors de la prochaine élection régionale et communale qui sera organisée avant la fin de l’année. Fin de citation.

Il faut se souvenir que cette interview a été publiée juste après sa réélection du 8 avril 2005.

Contrairement à la promesse présidentielle, cette élection ne s’est déroulée qu’un an après.

Suite à de multiples reports pour des raisons diverses et variées la réalité est tout simplement : -le refus de participation de l’opposition légalisée

 

-le manque d’enthousiasme des Djiboutiens. Ceux-ci n’ont même pas daigné retirer leurs cartes d’électeur.

Ces élections souhaitées par tous ont été boudées pourtant par plus de 80% des électeurs inscrits, selon l’aveu même du pouvoir en place.

Une calamité que le tenant de pouvoir a minimisé au maximum, mais qu’il n’a pu cacher comme dans le passé.

Les électeurs ont fait plus confiance au mot d’ordre de l’opposition, de boycotter l’élection. Cette consigne de l’opposition a été entendue par tous sans bénéficier du relais des médias nationaux.

Après un tel désastre nous pouvions attendre logiquement :

 

– Soit à la démission du gouvernement
– Soit au moins au renvoi du ministre de l’intérieur
– Soit à l’organisation d’un référendum pour reconquérir un semblant de légitimité bafouée.

Ce qui semble normal partout dans le monde n’a pas cours chez nous.

En république de Djibouti on soigne le mécontentement par la répression.

L’autre piste serait-elle, la renonciation le 21 septembre 2005  par le président de l’ARD (Alliance Républicaine pour le développement) Monsieur Ahmed Youssouf de l’accord de réforme et de concorde civile?

Nul n’ignore avec quel fracas cet accord fut accueilli et célébré : discours, embrassades réceptions, éditions spéciales dans les médias, décorations des personnalités qui avaient rendu possible cet événement etc…

Par contre, aucun mot dans les médias nationaux pour informer les Djiboutiens sur la dénonciation de cet événement important et les raisons qui ont poussé leurs signataires à retirer leur accords.

Depuis que cet accord est devenu caduc, un chapitre condescendant du discours présidentiel vantant le mérite des Djiboutiens de régler leurs différents entre eux, servi pour chaque événement, a disparu.

Il va falloir vite trouver un ‘’ truc’’ consensuel pour le discours du 27 juin prochain !

Quelque soit les raisons qui ont motivé ce désastre, cela prouve s’il en était encore besoin le manque chronique de dialogue, l’absence totale de contre pouvoir.

Ce pouvoir s’étiole de plus en plus et pense trouver une crédibilité dans la répression.

La politique est possible dans la recherche du compromis. Manifestement nos dirigeants ne l’ont jamais pratiqué, leur préférence s’accommode comme d’habitude de la compromission.

Pour notre part nous continuons à chercher pacifiquement à mettre en place une plateforme vers une transition démocratique, indispensable. La survie de notre nation exige l’abolition définitive de cette logique de haine entretenue et amplifiée par la division ethnique et le dosage tribal.

Tous ceux qui sont désireux de sortir de ce marasme fétide sont les bienvenus. Il est indispensable d’élaborer un projet fédérateur non partisan avec pour seule ambition :

– Mettre fin à cette situation qui n’a que trop durée et réconcilier les Djiboutiens.

Nous devons partir du principe que rien ne sera productif sans l’unité des Djiboutiens.

Il faut balayer nos divergences artificielles et prendre notre destin en main afin d’éviter de sombrer dans la guerre civile qui frappe à notre porte. 

AÏNACHÉ

A voir : L’émission de FR3 ‘’Culture et Dépendance’’ du mercredi 21 juin prochain à 23h25 aura comme invité notre ami Abourahman Waberi. Il aura face à lui entre autre le très médiatique ministre de l’intérieur N. Sarkozy.

Comme chacun sait, son dernier livre ‘’Aux Etats-Unis d’Afrique’’ à obtenu un succès mérité et a été salué unanimement par toutes les critiques.

Il est regrettable que ce succès n’ait pas été relayé par les médias Djiboutiens.