07/02/10 (B537) Le Monde / Ethiopie / Ethiopie: une loi retire aux journalistes le droit à la protection des sources

Une loi éthiopienne de 2009 sur la lutte contre le terrorisme retire dans certains cas aux journalistes le droit de protéger leurs sources, a indiqué le secrétaire d’Etat Ethiopien à la communication, Shimeles Kemal.

Dans un communiqué diffusé samedi par l’Agence éthiopienne d’information (Ena, officielle), M. Shimeles a affirmé que « selon la nouvelle loi les journalistes doivent dévoiler leur source d’information quand ils font des reportages sur le terrorisme ».

Le ministre a mis en avant « la gravité et l’ampleur des désastres causés par le terrorisme », reprochant au médias de ne pas assez « tenir compte des victimes du terrorisme ».

Le parlement éthiopien a adopté le 7 juillet 2009 un nouvel arsenal juridique contre le terrorisme. Elle autorise notamment des arrestations et des fouilles par les forces de sécurité sans le mandat d’un juge.

Ce texte avait, dès son adoption, été jugé liberticide par des membres de l’opposition et des groupes de défense des droits de l’Homme.

L’organisation Human Rights Watch (HRW) s’était alarmée de ce texte, en estimant qu’il « viole les droits de l’Homme » et peut permettre de « punir discours politiques et manifestations pacifiques comme des actes terroristes et encourager des procès injustes ».

22/01/10 (B534) Yémen Express – Reportage publié par Le Monde : Y émen : la vie au compte-gouttes (Gilles Paris)

Il tourne le robinet du tuyau d’arrosage qui serpente sur le parterre desséché de son jardin d’intérieur, puis met en marche la pompe électrique qui pallie les défaillances d’un réseau d’adduction à l’agonie. Dans un gargouillis, le tuyau crache péniblement quelques gouttes d’eau. Puis plus rien. Anouar As-Saooly arrête la pompe qui tourne à vide, et referme le robinet. "Il fallait venir hier, c’était le jour hebdomadaire de ravitaillement du quartier", soupire cet ingénieur en hydrologie, employé par une société allemande, GTZ, et qui réside dans un quartier pourtant aisé de Sanaa, la capitale du Yémen. La veille, la famille d’Anouar a donc rempli les deux citernes dont elle dispose. L’eau recueillie, de qualité médiocre, n’est utilisée que pour les tâches ménagères. Pour la cuisine et l’eau potable, c’est uniquement celle des bouteilles ou des jerricans vendus dans le commerce qui est consommée.

L’eau courante est depuis longtemps un mirage au Yémen, et pas seulement dans ses déserts et ses montagnes arides. De tous les fléaux qui pèsent sur ce pays, le plus défavorisé de la péninsule Arabique, du mouvement sécessionniste du Sud à la rébellion armée du Nord, en passant par la présence d’Al-Qaida, qui focalise l’attention de l’Occident, la pénurie en eau constitue sans doute le péril le moins visible, mais le plus insidieux et potentiellement le plus destructeur. Il menace la plus grande partie de la population, qui est aussi la plus pauvre.

Le partage d’une ressource de plus en plus disputée risque d’alimenter à l’avenir une série de guerres de l’eau opposant les campagnes aux villes, ou les régions les plus arrosées aux plus sèches. Un Yéménite dispose en moyenne de 120 m3 d’eau par an pour pourvoir à tous ses usages, contre 1 500 m3 pour la moyenne mondiale. Un chiffre déjà très faible, qui pourrait être divisé par deux d’ici à 2025.

"C’est simple, explique Ramon Scoble, un Néo-Zélandais qui travaille avec les autorités yéménites pour une meilleure gestion des ressources hydriques, il y a cinquante ans, il suffisait de creuser à 10 m de profondeur pour trouver de l’eau. Aujourd’hui, il faut descendre en moyenne à 500 ou 700 m. Dans certaines régions, les puits vont même jusqu’à 1 km." Les nappes fossiles font encore illusion, mais pour combien de temps ? Le fort taux de croissance démographique du Yémen explique en grande partie cette soif inextinguible. La population du pays double en effet tous les quinze ans, alors que les précipitations sont limitées, que le pays est dépourvu de cours d’eau permanents, et que le prix de la désalinisation d’eau de mer reste prohibitif. La consommation dépasse donc, et de beaucoup, le stock renouvelable.

Mais l’origine de la crise de l’eau au Yémen remonte aussi aux années 1970 et à la révolution des techniques agricoles. Dans ce pays désertique, les méthodes ancestrales privilégiaient un usage collectif des eaux de pluie, par la culture en terrasses ou dans le lit d’ouadis régulés par un maillage de petits barrages. A cette époque, la gestion communautaire vole en éclats avec la possibilité désormais donnée de creuser en profondeur et de pomper dans la nappe phréatique. Les autorités incitent à investir dans ces pratiques individualisées au nom de l’autosuffisance alimentaire ou d’une agriculture érigée en symbole national. Le fioul brûlé pour faire tourner les pompes est généreusement subventionné.

C’est ainsi que des cultures gourmandes en arrosage, comme la banane et la pastèque, font leur apparition, y compris pour l’exportation, même si cela revient dans les faits à exporter cette eau qui coule à flots. La surface cultivée avec la seule eau de pluie chute de 1 million d’hectares dans les années 1970 à 500 000 hectares en 2009. Dans le même temps, celle irriguée artificiellement passe de 40 000 à 500 000 hectares.

Un autre facteur a contribué à ce renversement de situation. On peut le trouver dans la multiplication, à Sanaa, des marchés dédiés au qat, ces précieuses pousses vertes mâchées pour leurs effets euphorisants à partir du milieu de l’après-midi, seul ou en société. Lorsqu’il rentre au pays, généralement une fois par an, Rafiq, un jeune Yéménite qui travaille en Allemagne, mesure la progression de cette culture dans les fermes qui entourent Sanaa, depuis l’avion qui le conduit vers la capitale.

"Partout ! Il y en a maintenant partout !", lâche-t-il médusé en contemplant les alignements d’arbustes.

"Le qat, c’est l’assurance de revenus confortables pour les agriculteurs. On gagne quinze fois plus avec du qat qu’avec des tomates avec la même quantité d’eau", explique Ramon Scoble. Plus d’un tiers des surfaces irriguées avec de l’eau puisée en profondeur lui sont désormais consacrées. La surexploitation des nappes est à son comble, fouettée par le phénomène galopant des puits illégaux. Il est le produit de la corruption et de l’entregent de ceux qu’un rapport de la Banque mondiale, en avril 2009, désigne pudiquement sous l’expression de "personnes influentes", qui gravitent dans les cercles de pouvoir, tribaux ou étatiques.

Enchâssée au milieu de montagnes arides, la capitale du Yémen est particulièrement menacée par la pénurie. Faut-il d’ores et déjà préparer la nécessaire division par deux de sa population (2,2 millions d’habitants) ? C’est en tout cas la position d’un expert géologue, Mohammed Al-Doubei, exprimée en août 2009, lors d’un colloque du Sheba Center for Strategic Studies, au cours duquel a été également pronostiqué l’épuisement définitif en 2025 de l’aquifère sur lequel est installée la ville.

"Un tel catastrophisme est contre-productif, relativise de son côté Abdul Rahman Al-Iriyani, ministre de l’environnement et de l’eau. On annonçait déjà la pénurie il y a dix ans, puis on y a remédié en pompant plus en profondeur, donnant alors l’impression qu’on avait crié au loup pour rien. Mais c’est vrai, la situation est très sérieuse, de nombreux incidents tribaux reposent déjà sur des querelles liées à l’eau. J’ai trop souvent l’impression que la question de l’eau, au Yémen, se résume à une course à celui qui aura la dernière goutte, alors qu’il faudrait se rassembler pour tâcher de mieux faire."

Les rares responsables politiques et les experts, alarmés par la perspective d’un Yémen à sec, ont décidé de consacrer tous leurs efforts à une plus grande efficacité du secteur agricole qui absorbe 93 % des ressources du pays. Anouar As-Saooly, l’ingénieur en hydrologie, justifie ce choix : "Il est évident que les réseaux de distribution, à Sanaa comme à Aden, sont très défectueux. Le fait de ne plus être alimenté en permanence accélère les phénomènes de corrosion. Mais leur rénovation serait trop coûteuse, et il vaut donc mieux tout miser sur l’agriculture." "L’efficacité de l’utilisation de l’eau pour l’agriculture n’est que de 40 %. Si on pouvait seulement atteindre 60 %, cela ferait 20 % d’eau en plus", explique le ministre de l’environnement.

De nombreuses pistes sont évoquées : l’acheminement de l’eau vers les cultures dans des conduites, et non par des rigoles à l’air libre qui favorisent une forte évaporation, ou bien le remplacement de la pratique dispendieuse qui consiste à noyer les parcelles par des systèmes de goutte-à- goutte. Face au puissant ministère de l’agriculture et à ses subventions, celui de l’environnement n’est cependant pas des mieux armés pour changer les mentalités.

"Dans l’idéal, il faudrait limiter les cultures qui consomment trop d’eau, à commencer par le qat. Celui que produit l’Ethiopie est vraiment très bon, et qu’on ne vienne pas nous opposer l’argument de la nécessaire fraîcheur pour justifier les cultures aux alentours ! Lorsque j’étais étudiant à Londres, j’en trouvais toujours sur place d’excellente qualité", assure Anouar As-Saooly. Conscient du pouvoir de la "mafia" du qat, y compris au Parlement et au sein du parti du président Ali Abdallah Saleh, le ministre de l’environnement, Abdul Rahman Al-Iriyani, est plus lucide : "Il faudrait tout d’abord avoir la garantie que les économies en eau n’entraîneraient pas une extension parallèle des surfaces cultivées."

Ces mesures seront-elles suffisantes pour éviter le pire ? "Il est irréaliste de penser qu’on aura un jour les moyens de traiter de l’eau de mer puis de l’envoyer vers des villes situées à plus de 2 000 m d’altitude comme Sanaa. Mais c’est vrai que la désalinisation coûtera de moins en moins cher et que ce sera la solution, même pour un pays pauvre comme le Yémen." Visionnaire, l’ingénieur en hydrologie pronostique un mouvement irrémédiable des populations yéménites vers les côtes de la mer Rouge et du golfe d’Aden.

Dans des zones difficiles d’accès pour raison de sécurité et où l’eau est particulièrement rare, qu’il s’agisse, au nord, de la province de Saada, ravagée par la guerre contre la rébellion, ou, au sud, de certaines zones des provinces d’Abyane et de Lahej, des villages auraient déjà été abandonnés. Les fières cités accrochées aux escarpements rocheux dont s’enorgueillit le Yémen finiront-elles en poussière ?

Gilles Paris

16/01/10 (B534) Nouvelles de Somalie (1 article en Français)

___________________________ 1 – Le Monde

Somalie: attaques à la grenade sur trois radios à Galkayo, 4 blessés

Quatre personnes, dont trois journalistes, ont été blessées vendredi dans des attaques simultanées à la grenade sur trois radios locales à Galkayo, dans le centre de la Somalie, a-t-on appris de sources concordantes.

Radio Galkayo, Radio Mudug et Radio Hobyo ont été attaquées presque au même moment vendredi soir par des inconnus, qui ont lancé des grenades sur les locaux des trois stations et ont pu prendre la fuite, a indiqué un responsable de la police locale, le colonel Abdulahi Weli.

« Ces attaques étaient apparemment coordonnées (…), trois journalistes et un employé ont été blessés », a précisé ce responsable.

« Nous enquêtons sur l’incident, de telles attaques sur des radios indépendantes, c’est quelque chose de nouveau dans la région », a-t-il ajouté.

Abdulkadir Ali Jumale, l’un des journalistes blessés, a confirmé cette version des faits.

« Je sortais de radio Mudug (…) quand il y a eu deux grosses explosions près de moi. J’ai été projeté contre le mur et inconscient pendant quelques minutes », a-t-il raconté à l’AFP.

« Nous sommes choqués de cette attaque contre les médias indépendants, tous les journalistes de la région sont inquiets et craignent désormais pour leur sécurité », a commenté un autre journaliste local, Nuh Muse: « nous ignorons qui nous vise par ces attaques ».

A environ 1.000 km au nord-est de Mogadiscio, Galkayo marque la limite de la province de Galmudug et de la région semi-autonome du Puntland.

Fin décembre, des affrontements entre une milice clanique et forces de sécurité du Puntland y avaient fait une dizaine de morts.

03/01/10 (B532) Le Monde : Al-Qaida et ses leurres, par Jean-Pierre Filiu

Oussama Ben Laden et ses partisans peuvent se féliciter d’avoir, depuis Noël 2008, déchaîné une tempête médiatique et réveillé les angoisses sécuritaires. Pour une organisation en perte de vitesse, le succès n’est pas mince et il aurait encore été amplifié si, par malheur, l’attentat contre le vol Amsterdam-Detroit n’avait pas été déjoué.

Mais Al-Qaida en a été réduite à revendiquer une attaque avortée et à avouer la défaillance de son explosif artisanal, car elle joue déjà le coup suivant, dans une dialectique éprouvée entre « l’ennemi proche », faussement musulman à ses yeux, et « l’ennemi lointain », l’Amérique et ses alliés « croisés ».

Il ne faut jamais perdre de vue le but ultime d’Al-Qaida, soit l’établissement d’un califat révolutionnaire à La Mecque et à Médine. Selon les affidés de Ben Laden, le milliard et demi de musulmans du monde sont plongés dans les ténèbres de l’impiété, l’islam doit être régénéré par une avant-garde auto-proclamée aux accents totalitaires, les régimes « apostats » doivent être renversés et les populations musulmanes rééduquées.

Le combat contre cet « ennemi proche » est stratégique, mais son ampleur dépasse les capacités propres d’Al-Qaida, qui s’acharne dès lors à provoquer « l’ennemi lointain » par la terreur globale. L’intervention occidentale en terre d’islam est censée y déstabiliser « l’ennemi proche », tout en libérant contre les « croisés » modernes des énergies militantes qu’Al-Qaida tente de récupérer à son profit.

Les attentats du 11-Septembre ont été programmés par Ben Laden et ses adjoints pour déclencher une offensive américaine contre l’Afghanistan du mollah Omar, tandis que quinze des dix-neuf kamikazes ont été choisis pour leur nationalité saoudienne afin de saper la crédibilité du régime de Riyad. Le pari d’Al-Qaida a cependant échoué face à l’effondrement rapide du pouvoir taliban et à la résilience de la relation américano-saoudienne.

Ben Laden, ulcéré de l’absence d’écho de son mouvement dans son pays natal, ordonna la planification clandestine d’une campagne terroriste de longue haleine, qui fut lancée à Riyad en mai 2003 au nom d’Al-Qaida pour la péninsule Arabique (AQPA). Cette vague d’attentats put profiter des vocations pour le djihad contre « l’ennemi lointain », éveillées par l’invasion américaine de l’Irak, mais « l’ennemi proche » et saoudien reprit l’initiative sur tous les fronts, contraignant les rescapés de l’AQPA à se replier dans le Yémen voisin.

Pour Ben Laden, très attentif à tous ces développements depuis son sanctuaire pakistanais, c’est une forme de retour aux sources d’Al-Qaida, qui a perpétré son premier attentat à Aden en décembre 1992, contre un navire américain en octobre 2000 et a ciblé l’ambassade des Etats-Unis à Sanaa en septembre 2008.

La revendication détaillée par AQPA de la tentative d’attentat de Noël 2009 vise à susciter une intervention majeure de « l’ennemi lointain » au Yémen, afin d’y soulever des houles de ressentiment nationaliste et de miner le régime de Sanaa, voire son allié saoudien. Les fragilités internes du Yémen, confronté à une sédition confessionnelle dans le Nord comme à des velléités séparatistes dans le Sud, alimentent cette politique du pire.

Le communiqué d’AQPA exalte la figure d' »Omar Farouk le Nigérian », mais aussi celle de Nidal Hassan, l’officier musulman qui a récemment massacré treize autres militaires américains sur une base du Texas. Al-Qaida, non contente d’encourager les représailles de « l’ennemi lointain » contre le Yémen en 2009 comme contre l’Afghanistan en 2001, s’efforce également de prendre en otages les populations musulmanes de pays occidentaux.

Elle pariait déjà sur un cycle de violence raciste après les attentats de Madrid en mars 2004, puis ceux de Londres en juillet 2005. Elle en a été frustrée par le sens des responsabilités des dirigeants et des sociétés concernés. Souhaitons que le même sang-froid prévale face aux provocations de Noël.

Jean-Pierre Filiu,
professeur à Sciences Po.

24/12/09 (B530) Les traits de l’Erythrée (1 article)

__________________________ 1 – Le Monde

L’ONU sanctionne l’Erythrée, soupçonnée d’aider les islamistes somaliens

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté, mercredi 23 décembre, des sanctions contre l’Erythrée pour son action déstabilisatrice en Somalie et son attitude hostile à l’égard de son voisin Djibouti. La résolution, de facture ougandaise, a été approuvée par treize des quinze membres du Conseil. La Chine, membre permanent doté du droit de veto, s’est abstenue. La Libye, présidente en exercice de l’Union africaine et seul membre arabe du Conseil en ce moment, a voté contre.

Le journaliste Roger Auque nommé ambassadeur de France en Erythrée

Le journaliste et écrivain Roger Auque, détenu pendant près d’un an au Liban en 1987, a été nommé ambassadeur de France en Erythrée par un décret publié mercredi au Journal officiel. Il remplace l’ambassadeur Pierre Coulont, qui part à la retraite. La France entretient des relations difficiles avec l’Erythrée, en conflit territorial avec Djibouti, où Paris dispose d’une importante base militaire.

Le texte exige que l’Erythrée, indépendante de l’Ethiopie depuis 1993, cesse sa campagne "destinée à déstabiliser ou renverser, directement ou indirectement", le gouvernement fédéral de transition somalien. Il gèle les avoirs de la direction politique et militaire du pays, et lui impose des restrictions de voyages. En outre, il exhorte tous les membres de l’ONU à inspecter l’ensemble des cargaisons en partance pour la Somalie et l’Erythrée depuis leur territoire, dans le cas où les autorités seraient portées à croire que ces cargaisons contiennent des armes sous embargo ou du matériel similaire.

La résolution demande par ailleurs à l’Erythrée de retirer ses troupes d’une zone frontalière disputée avec Djibouti, comme le Conseil l’exigeait dans sa résolution 1862 de janvier 2009, et de lancer des discussions devant mener à "un accord acceptable" par les deux pays sur cette zone controversée. Plus largement, il appelle tous les Etats membres – en particulier l’Erythrée – à arrêter "d’armer, d’entraîner et d’équiper les factions armées (dont les militants islamistes de Somalie) qui ont pour objectif la déstabilisation de la région et l’incitation à la violence et le désordre civil à Djibouti". Enfin, il prie le secrétaire général Ban Ki-moon de rendre compte de la conformation de l’Erythrée avec la résolution dans six mois.

L’ambassadeur érythréen pour l’ONU a fustigé ce qu’il a qualifié de "résolution honteuse calquée sur les mensonges concoctés par le régime éthiopien et l’administration américaine". L’ambassadeur adjoint de la Libye à l’ONU, Ibrahim Dabbashi, a estimé que "les sanctions ne sont pas le meilleur moyen de résoudre des problèmes" et qu’elles sont susceptibles d’exacerber la crise humanitaire qui sévit dans la Corne de l’Afrique. Pour sa part, l’ambassadeur chinois a jugé que "le Conseil devrait manier l’adoption de sanctions prudemment". Il a souligné que ces mesures ne doivent pas se substituer aux efforts diplomatiques mis en œuvre pour résoudre les conflits.

Les Etats-Unis accusent régulièrement l’Erythrée de fournir un soutien logistique aux rebelles en Somalie, pays qui n’a pas connu la paix et la stabilité depuis près de vingt ans. Le différend frontalier avec Djibouti a une acuité particulière, puisque ce pays héberge des bases militaires françaises et américaines. Quelque 1 200 soldats américains y sont stationnés.

23/12/09 (B530) Ethiopie (1 article en Français)

____________________________ 1 – Le Monde

En Ethiopie, une vague de condamnations à mort pour des opposants

A six mois des premières élections depuis le bain de sang qui avait suivi le scrutin précédent, en mai 2005, la justice a lourdement condamné des opposants, mardi 22 décembre; cinq à mort et trente-trois autres à la prison à perpétuité – certains par contumace.

Fin avril, quarante-six personnes, dont trente-quatre ex-militaires et six officiers d’active avaient été accusés d’avoir pris part à un complot destiné à "assassiner des membres du gouvernement", selon le pouvoir. Quatorze d’entre eux se trouvaient à l’étranger, dont Berhanu Nega, le chef de leur mouvement d’opposition, Ginbot 7 ("15 mai"), aujourd’hui professeur d’économie aux Etats-Unis.

Ces condamnations s’inscrivent dans le droit fil de la crise ouverte avec les élections de 2005. Meles Zenawi, le premier ministre, arrivé au pouvoir en 1991, a engagé des réformes pour redresser l’économie (l’Ethiopie devrait enregistrer une septième année de croissance à deux chiffres).

Il bénéficie aussi d’un fort soutien de bailleurs de fonds. Mais au fil des ans, M. Zenawi a aussi laissé monter l’insatisfaction devant la prédominance des membres de son groupe, les Tigréens, dans les rouages du pouvoir politique et économique.

"UN AVERTISSEMENT"

A la surprise du pouvoir, les élections de mai 2005 avaient suscité un raz de marée en faveur de l’opposition. Berhanu Nega, l’une de ses figures, avait été élu maire d’Addis-Abeba, la capitale. Les contestations de la victoire du parti au pouvoir, sévèrement réprimées, avaient entraîné la mort de 200 personnes, des vagues d’arrestations et une série de procès pour "génocide".

Les opposants condamnés à perpétuité, avaient été graciés après avoir été contraints de reconnaître leur implication dans les troubles et demandé un pardon public. Pour s’être rétractée par la suite, Birtukan Mideksa, surnommée par ses partisans la "Aung San Suu Kyi éthiopienne", est aujourd’hui incarcérée.

Dans l’intervalle, Ginbot 7 a été créé, avec Berhanu Nega à sa tête. Fin avril, un "complot" a été dénoncé par les autorités, impliquant ses dirigeants et des responsables militaires. Leur condamnation intervient alors qu’approchent les élections.

Joint par téléphone à Londres, l’un des condamnés à mort, Andargachew Tsige, a déclaré au "Monde" : "Ces condamnations sont un avertissement aux Ethiopiens pour leur déconseiller de s’opposer au pouvoir. Nous allons voir si la communauté internationale comprend enfin qu’il faut cesser de soutenir ce régime à tout prix. Il y a en Ethiopie une grande insatisfaction, et un malaise sérieux dans l’armée."

Jean-Philippe Rémy

23/12/09 (B530) Les traits de l’Erythrée (2 articles)

_____________________ 2 – Nouvel Obs avec AP

Le Conseil de sécurité vote des sanctions contre l’Erythrée

Le Conseil de sécurité des Nations unies a voté mercredi des sanctions contre l’Erythrée pour avoir fourni des armes à la rébellion somalienne et avoir empêché le règlement de son différend frontalier avec Djibouti.

Le Conseil de sécurité a adopté cette résolution par 13 voix contre une. La Libye a voté "non" et la Chine s’est abstenue.

La résolution impose un embargo sur les ventes et les achats d’armes par l’Erythrée, et invite les pays membres des Nations unies à inspecter toutes les cargaisons suspectes par mer et air entre cette nation de la corne de l’Afrique et la Somalie.

Le texte impose également une interdiction de voyager aux dirigeants érythréens qui violeraient cet embargo et empêcheraient le règlement de son conflit frontalier avec Djibouti.

_____________ 1 -Le Monde avec AFP

L’ONU sanctionne l’Erythrée pour son aide aux islamistes en Somalie

Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé mercredi un embargo sur les armes vers l’Erythrée et imposé des sanctions à ses dirigeants pour leur soutien aux factions islamistes en Somalie et leur refus de retirer leurs troupes d’une zone frontalière disputée avec Djibouti.

Des 15 membres du Conseil, 13 ont approuvé la résolution déposée par l’Ouganda, qui porte le numéro 1907. La Chine, qui est membre permanent et a droit de veto, s’est abstenue. La Libye, seul pays arabe siégeant au Conseil et présidente actuelle de l’Union Africaine (UA), a voté contre.

05/11/09 (B523) Le Monde : "Passage des larmes", d’Abdourahman A. Waberi : Waberi et l’énigme du retour

Abdourahman A. Waberi avait 20 ans lorsqu’il décida de quitter Djibouti, où il naquit en 1965, pour poursuivre ses études en France. Depuis lors, ce petit port, constitué d’"îlots magiques au-dessus desquels, depuis des siècles, l’histoire tourbillonne à la manière d’un ouragan", et ce pays n’ont jamais cessé de hanter cet écrivain nomade.

Poèmes, nouvelles, romans, récits, fables, tous ses écrits ou presque le ramènent vers sa terre natale. Que l’on pense notamment à sa trilogie, composée de Pays sans ombre,

Cahier nomade et Balbala (tous au Serpent à plumes) ; ou encore au poétique mais non moins politique Passage des larmes. Derrière ce titre, formé par la contraction de la "porte des Larmes" (ou Bab el Mandeb en arabe), nom donné au détroit reliant l’Afrique à la péninsule Arabique, et du Livre des passages, de Walter Benjamin (figure tutélaire du livre), se cache un roman mystérieux, rempli de noirceurs, de tensions, sinon de peurs et de tragédies.

Forum Littérature

Un livre "palimpseste" où Waberi joue, non sans virtuosité, de tous les genres et formes d’écriture : journal intime, carnet de notes, roman d’espionnage, réflexions historiques ou géostratégiques, contes et légendes, sermons et autres incantations religieuses… à travers deux voix de l’ombre que tout oppose, qui se cherchent, s’affrontent à distance dans un jeu à haute tension.

La première est celle de Djibril, alias Djib. Près de vingt ans après être parti de Djibouti, où il est né le 26 juin 1977, jour même de l’indépendance, le voici de retour en homme neuf et pressé. Envoyé en mission par Adorno Location Scouting, une société d’intelligence économique basée à Montréal, cet homme un rien cynique, formé "pour désorganiser les Etats, les affaiblir au profit des multinationales", n’a qu’une poignée de jours pour scruter un pays devenu, sur l’échiquier mondial, un lieu éminemment stratégique où convergent soldats français, américains, hommes d’affaires du Golfe, magnats de l’uranium et groupuscules islamiques.

Mais on ne revient pas impunément sur les traces de son passé, sans réveiller quelques fantômes, aussi froid et décidé soit-on. Des fantômes comme cette petite voix d’enfance qui peu à peu se rappelle à Djib, s’insinue en lui, lui impose son rythme, sa poésie, ses sensations, ses images plus ou moins heureuses. Celle d’une mère indifférente et d’un père misérable qui ne lui inspirait que de la honte ; celle de son grand-père Assod, marin, cuisinier, nomade et conteur plein de sagesse ; ou encore celle de Djamal, son jumeau qu’il délaissa au profit de David, son frère de coeur.

Tandis que Djib ferraille avec ses souvenirs, ses doutes, et voit son "moi ancien" fissurer ses défenses, une seconde voix se fait entendre, pleine d’incantations à Allah, de sarcasmes, de condamnations, d’avertissements. Provenant du fin fond d’une prison cachée sous les îlots du Diable, cette parole émane d’un scribe mystérieux qui sait tout de Djib, de son enquête, de ses moindres faits et gestes. Seul lui échappe peut-être le lien fragile qui relie le jeune homme à ce frère perdu, et lui apparaît sous la forme d’un palimpseste intitulé Le Livre de Ben, en référence à Walter Benjamin.

Figure tutélaire de l’exilé s’immisçant dans l’esprit d’un personnage pour mieux en éclairer un autre, l’"ange de l’histoire" se fait entendre au coeur de ce récit singulier, tumultueux, fiévreux qui, sous les dehors d’un thriller géopolitique, constitue surtout un grand roman sur l’enfance, les identités meurtries et l’exil.