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14/02/07 (B382) Nouvel Obs / DJIBOUTI Affaire Borrel : le président de Djibouti sera entendu

La
juge chargée de l’enquête sur la mort du juge français
a demandé à entendre comme témoin, vendredi à
Paris, le président Ismail Omar Guelleh.

La
juge chargée de l’enquête sur la mort du juge français
Bernard Borrel en 1995 à Djibouti a demandé à entendre
comme témoin, vendredi à Paris, le président djiboutien
Ismail Omar Guelleh, a indiqué mercredi 14 février une source
proche du dossier. Le chef d’Etat doit participer au sommet Afrique-France
à Cannes.

En mai
2005, la juge française Sophie Clément avait déjà
demandé à entendre le président djiboutien, en visite
à Paris où il avait rencontré le président Jacques
Chirac à l’Elysée, mais Ismail Omar Guelleh avait quitté
la capitale sans se rendre à la convocation de la magistrate.

Elisabeth
Borrel, veuve du juge et partie civile avec ses enfants, "a demandé
l’audition du chef de l’Etat djiboutien", a confirmé Me Olivier
Morice, avocat de la famille Borrel selon qui "la présence d’Ismaïl
Omar Guelleh sur le sol français est une insulte à la mémoire
du juge assassiné à Djibouti en 1995".

Le juge
Bernard Borrel, à l’époque conseiller du ministre djiboutien
de la Justice, avait été retrouvé mort en 1995, le corps
à demi-calciné, au pied d’un ravin. L’enquête djiboutienne
a conclu à un suicide, et le président de Djibouti avait réaffirmé
que "personne n’a tué" le magistrat français.

Trafic d’armes et attentats

L’enquête
judiciaire française en cours privilégie quant à elle
la thèse de l’assassinat dans une affaire qui pourrait toucher de hautes
personnalités djiboutiennes. La responsabilité présumée
du président djiboutien et de membres de son entourage dans la disparition
du juge a été évoquée par plusieurs témoins
lors de l’instruction.

La
justice française a délivré en octobre 2006 des mandats
d’arrêt contre deux repris de justice djiboutiens en fuite, Awalleh
Guelleh et Hamouda Hassan Adouani, considérés comme de possibles
exécutants d’un assassinat.

Selon
l’épouse du juge, Elisabeth Borrel, son époux enquêtait
sur des trafics d’armes et des attentats dans lesquels le président
Guelleh aurait été impliqué.

L’affaire
Borrel a suscité de vives tensions entre Djibouti et la France qui
possède une importante base militaire dans ce petit pays de la Corne
de l’Afrique, stratégiquement situé face à la péninsule
arabique.

14/02/07 (B382) RSF / Communiqué de presse – DJIBOUTI Reporters sans frontières demande l’abandon des poursuites engagées contre l’hebdomadaire d’opposition Le Renouveau.

Reporters
sans frontières demande l’abandon des poursuites engagées contre
l’hebdomadaire d’opposition Le Renouveau, après que la justice djiboutienne
a convenu que le dossier d’accusation était incomplet.

Houssein
Ahmed Farah, le frère du directeur de publication du Renouveau, Daher
Ahmed Farah, a été mis en liberté provisoire le 10 février
2007, après trois jours de détention. Il a comparu libre, le
lendemain, devant le juge du tribunal des flagrants délits pour répondre
de l’accusation de "diffamation" à l’encontre du gouverneur
de la banque nationale de Djibouti et beau-frère du président
Ismaël Omar Guelleh. Le juge ayant constaté l’absence de l’édition
incriminée du Renouveau dans le dossier d’accusation, l’audience a
été renvoyée au 18 février.

On ignore
sur quelles bases juridiques Houssein Ahmed Farah a été arrêté
à la place de son frère, actuellement à l’étranger.
Daher Ahmed Farah, par ailleurs président du Mouvement pour le renouveau
démocratique (MRD), a précisé à Reporters sans
frontières que son frère n’était pas l’auteur de l’article
ayant motivé la plainte. "L’article n’est pas signé. C’est
au seul directeur de publication que je suis de l’assumer", a-t-il déclaré.

Le matériel
d’impression du journal n’a pas été restitué par la police.
De fait, Le Renouveau ne peut plus paraître.

14/02/07 (B382) RSF / SOMMET FRANCE-AFRIQUE

Rêvons
un peu !

Pour alimenter
les derniers feux de son mandat à la tête de la République
française, le président Jacques Chirac reçoit sur la
Croisette l’essentiel des chefs d’Etat africains, les 15 et 16 février,
à l’occasion du 24e sommet France-Afrique. Un rendez-vous solennel,
qui doit marquer la sortie de scène d’un président français
profondément attaché à l’Afrique. Pendant deux jours,
il accueillera ceux qui, quotidiennement, font et défont le destin
d’un continent meurtri par des conflits armés insolubles et par une
mondialisation féroce. Alors, rêvons un peu.

Cette
perspective remplit d’espoir le cœur des démocrates africains.

Particulièrement
les 44 journalistes incarcérés sur le continent pour avoir exercé
leur métier. Car il est certain que Jacques Chirac ne manquera pas
cette occasion unique de quitter l’Elysée avec panache. Au nom des
valeurs de la République, sans aucun doute plaidera-t-il leur cause
auprès de ceux qui sont responsables de leur incarcération.
Et qui partageront sa table pendant deux jours.

Comment
pourrait-on en douter ?

Certes,
Jacques Chirac n’a jamais cru bon de s’emporter contre le régime tunisien,
malgré la corruption et le népotisme qui le caractérisent.
Mais cette fois, il ne ratera pas l’occasion de défendre ces journalistes,
intellectuels et militants des droits de l’homme que le président Zine
el-Abidine Ben Ali et sa police font taire, tabassent ou emprisonnent. Jacques
Chirac, n’en doutons pas, changera de vocabulaire pour s’adresser au chef
de l’Etat tunisien. Il lui dira combien la méthode tunisienne, faite
de filatures et d’arrestations brutales, aggrave la situation. La liberté
d’expression lui semblera, cette fois, un droit fondamental sur lequel la
France ne transige pas, au même titre que le droit à l’alimentation
et à la santé.

De même,
il est certain que le président Chirac prendra le Premier ministre
éthiopien Meles Zenawi à partie. Il lui dira combien la France
réprouve le maintien en détention, depuis 18 mois, d’une vingtaine
de directeurs de journaux, accusés d’avoir voulu renverser le gouvernement,
alors qu’ils n’ont fait que soutenir l’opposition. Il aura, bien entendu,
un mot tout particulier pour la jeune journaliste Serkalem Fassil, qui a donné
naissance à un petit garçon dans sa cellule, en juin dernier.
Le président de la République française exigera leur
libération.

Jacques
Chirac réservera un traitement particulier au président Issaias
Afeworki, le chef de la jeune République d’Erythrée, dont l’ancienne
ambassadrice en France vient d’être décorée de la Légion
d’honneur. Dans les 314 prisons de ce pays croupissent, depuis septembre 2001,
des centaines de prisonniers politiques, dont une quinzaine de journalistes,
arrêtés alors que le monde regardait ailleurs, vers New York
et les tours du World Trade Center. La France exigera des explications sur
le sort d’au moins quatre d’entre eux qui auraient succombé aux conditions
de détention d’une cruauté inouïe qui règnent dans
les bagnes érythréens. Refusant de serrer la main du Ceausescu
de l’Afrique de l’Est, il clamera haut et fort que le comportement d’un régime
aussi féroce mérite d’être sanctionné.

Et puis
lorsque se présentera Yahya Jammeh, l’ancien sergent putschiste devenu
président de la Gambie, Jacques Chirac s’inquiétera publiquement
du comportement de son agence de renseignements. Il insistera sur l’assassinat
encore impuni du célèbre journaliste Deyda Hydara, en décembre
2004, une affaire dans laquelle de forts soupçons pèsent sur
les services de sécurité. Ce journaliste n’était-il pas
un francophone militant, correspondant non seulement de Reporters sans frontières
en Gambie, mais également de l’Agence France-Presse ? Il y a de quoi
mobiliser le chef de l’Etat français.

Bien entendu,
son ami Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, s’entendra
dire tout le mal que la France pense du déni de justice qu’endure,
depuis 1998, la famille du journaliste assassiné Norbert Zongo. A l’occasion
de sa dernière rencontre avec ce que l’Afrique compte d’hommes puissants
et cultivés, Jacques Chirac lui dira que la République française
ne peut plus continuer à se taire, alors que le président burkinabé
couvre les agissements de son frère François, soupçonné
d’être impliqué dans l’assassinat du directeur de L’Indépendant
et de trois de ses compagnons.

Nous pourrions
continuer l’inventaire du palmarès de quelques-uns de ces chefs d’Etat
que la France a invités à goûter aux délices de
la Côte d’Azur. Nous aurions pu aussi évoquer le journaliste
franco-canadien Guy-André Kieffer, kidnappé en 2004 à
Abidjan après être tombé dans un traquenard tendu par
un proche du président Laurent Gbagbo. Mais la certitude de voir Jacques
Chirac taper du poing sur la table, exiger des comptes, affirmer des valeurs
universelles, défendre les démocrates, nous convainc de ne pas
insister. Nous allons lire la presse avec impatience. C’est certain, le président
français ne nous décevra pas.

Robert
Ménard
Secrétaire général de Reporters sans frontières


Cette tribune a été publiée dans le quotidien français
Le Monde daté du 15 février 2007

12/02/07 (B382) REUTERS Attentat meurtrier contre l’armée somalienne à Kismayo

KISMAYO,
Somalie (Reuters) – Un attentat à la bombe suivi de tirs nourris des
forces de sécurité a fait quatre morts et plus d’une vingtaine
de blessés dimanche matin lors d’une cérémonie militaire
à Kismayo, dans le sud de la Somalie.

Un témoin
déclare avoir vu les corps de deux chefs traditionnels, d’un civil
et d’un soldat. La plupart des blessés sont des civils. Mais un correspondant
de Reuters sur place rapporte que le général commandant la police
locale et quatre colonels de l’armée figurent parmi les blessés.

Kismayo
est le dernier bastion des islamistes défaits en janvier par les forces
régulières somaliennes appuyées par un corps expéditionnaire
éthiopien.

Un responsable
militaire a imputé à Al Qaïda cet attentat – le dernier
en date d’une série quasi quotidienne depuis la chute du régime
islamiste de Mogadiscio – et annoncé que plusieurs personnes soupçonnées
d’y avoir participé avaient été arrêtées.

11/02/07 (B382) MINUTE : A lire un long article sur l’affaire Borrel. Un cadavre embarassant pour l’Elysée. Les assassins du Juge Borrel sont toujours en liberté. Sous la plume de Pierre Tanger.

Le
19 octobre 1995, le juge Bernard Borrel est retrouvé mort à
Djibouti. L’ambassade de France annonce un suicide On sait aujourd’hui
qu’il a été tué

Dans "Un
juge assassiné(*)" sa veuve, Elisabeth Borrel, dénonce
onze ans de mensonges cautionnés par l’État français
En octobre, la juge Sophie Clément a lancé des mandats d’arrêt
visant des proches de l’actuel président de Djibouti

Une
affaire qui peut faire intrusion dans la campagne présidentielle…

Le 19
octobre 1995, à 80 kilomètres de Djibouti, au pied d’un
amas de rochers haut de 9 mètres et long de 14 mètres, des militaires
français découvrent le corps d’un homme à moitié
calciné. Il est rapidement identifié. Il s’agit de Bernard
Borrel, 39 ans, un juge français coopérant depuis un an au ministère
de la Justice djiboutien. Immédiatement, alors qu’aucune autopsie
n’à été pratiquée, l’ambassade de
France transmet au quai d’Orsay à Paris un communiqué
officiel: « Bernard Borrel s’est donné la mort. »

Le scénario
du suicide est ensuite affiné.

Le juge
se serait déshabillé, se serait aspergé d’essence,
aurait allumé briquet et, ainsi transformé en torche vivante,
en pleine nuit, aurait sauté de rocher en rocher pour venir mourir
au pied de l’à-pic ! ll y a pourtant deux détails qui
ne collent pas avec cette version ahurissante les pieds du juge ne portent
aucune coupure, ce qui est extraordinaire pour un homme ayant dévale
une pente hérissée de rochers, et son briquet est comme neuf,
ayant miraculeusement échappé aux flammes.

Quant
à savoir pourquoi ce jeune magistrat aurait cuis fin à ses jours,
une rumeur est rapidement alimentée. Pédophile, il aurait préféré
en finir plutôt que de vivre avec cette tare. Plus tard, lors de l’instruction,
un homme de la DGSE, les services secrets français, précisera
que cette version a été volontiers propagée « J’ai
reçu dans le cadre de mes activités professionnelles des informations
selon lesquelles Bernard Borrrel serait mort, que cette mort serait due à
un suicide, fondé sur des tendances pédophiles. »

Derrière
le faux suicide, un vrai assassinat

Il s’agit
de deux énormes mensonges. Primo, Bernard Borrel n’était
pas pédophile. II s’agissait d’une fausse piste pour abuser
l’opinion: publique, comme l’a ensuite affirmé l’homme
de la DGSE: « En réalité il aurait été assassiné
en raison d’informations compromet- tantes qu’il aurait recueillies
dans le cadre de ses activités professionnelles à Djibouti.
[‘‘.1 Cette source m’a donné des détails sur
la légende construite autour de la mort de Bernard Borrel pour dissimuler
l’assassinat. » Et secundo, bien évidemment, il ne s’est
pas suicidé.

De retour
en France, son épouse, Élisabeth Borrel, également magistrate,
comprenant qu’on la mène en bateau, a porté plainte pour
assassinat, En février 1997 (plus de deux ans après le drame
!), les résultats d’une première autopsie sont enfin communiqués.
Les médecins légistes écrivent qu’il n’y
a « pas de suie dans les voies aériennes supérieures »
et que le sens de l’écoulement du liquide incendiaire est «
incompatible avec une auto-aspersion ». En d’autres termes, le
juge ne s’est pas aspergé lui-même d’essence et il
était déjà mort quand son corps a été brûlé,
car sinon il y aurait des traces de suie dans les voies respiratoires.

Pourtant,
malgré ces conclusions, la thèse du suicide est toujours retenue
par les juges français Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire, alors
chargés de l’instruction. Mais le dossier leur est bientôt
retiré, et leur successeur, le juge Jean-Baptiste Parlos, ordonne une
nouvelle autopsie. Le 27 juin 2002, au cimetière de Frouzins près
de Toulouse, le corps de Bernard Borrel est exhumé. En octobre 2003,
c’est un nouveau juge, Sophie Clément (Jean-Baptiste Parlos ayant
préféré prendre du recul et se mettre en disponibilité),
vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris, qui prend
connaissance du rapport des experts. Leurs conclusions sont sans équivoque.

Des radiographies
ont révélé que le crâne du juge a été
défoncé à l’aide d’un objet contondant et
tranchant, un coup péri-mortem, c’est-à- dire asséné
au moment de la mort, Et des analyses attestent que deux carburants différents
et non mélangés, vraisemblablement de l’essence et du
White Spirit, ont été utilisés pour incendier le corps,
ce qui implique deux bidons alors qu’un seul a été retrouvé
sur la scène du drame. II n’y alors plus aucun doute huit ans
après la mort du juge Bernard Borrel, on a enfin la certitude qu’il
a été assassiné.

Un
témoignage accablant pour les autorités de Djibouti

Assassiné
par qui et pourquoi ?

Un témoignage
va mettre la justice sur une piste très intéressante. Un témoignage
venu de Belgique, où un certain Mohamed Saleh Alhoumekani a trouvé
l’asile politique que la France lui a refusé. C’est un
ancien lieutenant de la garde du président de Djibouti. En décembre
1999, il livre à la veuve du juge, Élisabeth Borrel, une information
explosive « Je précise d’abord qu’à l’époque
de la mort de votre mari, j’étais lieutenant à la garde
présidentielle.., au palais donc…

"Le
19 octobre1995, je suis de service. Le suicide de Bernard Borrel a été
annoncé le matin même. [.1 Il était un peu moins de 14
heures et je nie trouve dans les jardins du palais en compagnie d’Ismaël
Omar Guelleh, qui est à l’époque chef de cabinet du président
Gouled Aptidon. Ma fonction est d’assurer sa sécurité
dans l’enceinte du palais et je le suis de très près…
C’est à ce moment-là que je vois arriver dans une allée
du jardin deux voitures, des 4×4. Cinq personnes en sortent, »

La suite
vaut son pesant de cacahuètes « Je les connais tous… Il y a
le chef des services secrets, Hassan Saïd, le chef de la gendarmerie,
le colonel Mahdi… Un Français était avec eux… Et ce qui
m’a surpris aussi, c’est la présence de deux types, condamnés
pour terrorisme, et qui auraient dû être en prison, Le premier
se nomme Adouani, et il est le responsable de l’attentat à la
bombe dans le bar l’Historil, en 1987 (attentat qui fit 15 morts, ndrl)…

L’autre,
c’est Awalleh Guelleh, arrêté après l’attentat
du Café de Paris en 1990 [qui fit un mort, ndlrl. Les cinq hommes ont
approché vers nous… C’est Awalleh Guelleh qui est venu tout
près d’Ismaél Omar Guelleh et il a parlé en langue
somalie “Le juge fouineur est mort, et il n’y a plus de traces.”
Ismaël Omar Guelleh a demandé si toutes les traces avaient été
effacées, les autres l’ont rassuré et ils n sont pas restés
très longtemps.

Une vraie
bombe Ismaël Omar Guelleh, surnommé 10G, est en effet devenu président
de la république de Djibouti en 1999 Et on peut se demander pourquoi
il s’est intéressé d’aussi près à
la mort du juge Borrel. Reste à savoir si le témoignage de l’ancien
lieutenant de la garde présidentielle est fiable. Convoqués
par la justice française pour tirer l’affaire au clair, les proches
de 10G ont toujours décliné l’invitation.

En octobre
dernier, le juge Sophie Clément a décidé de prendre le
taureau par les cornes. Elle a lancé quatre mandats d’arrêt
internationaux contre le chef des services secrets, Hassan Saïd, le procureur
de Djibouti, Djama Souleiman et les deux terroristes qui auraient dû
être en prison le 19 octobre 1995, Adouani et Awalleh Guelleh. Des mandats
qui ont été validés par la cour d’appel de Versailles.
Bien évidemment, cela ne signifie pas que ces hommes proches du président
10G soient les commanditaires et les assassins du juge Borrel.

Mais apparemment
ils en savent long et, comme le souligne la cour d’appel, leur audition
est « indispensable pour la manifestation de la vérité
».

Pourtant,
à ce jour, les mandats d’arrêt adressés à
Djibouti sont restés lettres mortes. En novembre, Adouani, qui a été
gracié en 2000, a fait savoir depuis Bizerte, en Tunisie, où
il vit désormais (en « regrettant », assure-t-il, d’avoir
tué quinze personnes en 1987…), qu’il n’avait «
rien à voir avec la mort du juge » et qu’il était
« prêt à répondre aux questions de la justice française
». Par écrit ou à Paris ?

MAM
et Villepin dans leurs petits souliers

Du côté
de l’Élysée, on se serait bien passé de cette affaire.
Djibouti, ancien territoire français devenu une république indépendante
en 1977, est une position stratégique de la plus haute importance.
Situé sur le bras de mer qui relie l’océan Indien à
la mer Rouge, Djibouti sert de base à 3 000 militaires français.
Or les États-Unis lorgnent depuis longtemps sur ce passage… Dans
ces conditions, difficile pour l’État français de se fâcher
avec le président 10G.

Voilà
pourquoi l’affaire Borrel dure depuis plus de onze ans. Onze ans durant
lesquels les ministères de la Défense, de l’Intérieur
ou des Affaires étrangères, qu’ils soient occupés
par des socialistes ou par Michèle Alliot-Marie, Nicolas Sarkozy et
Dominique de Villepin, ont freiné des quatre fers et refusé
de communiquer à la justice les documents liés à la mort
du juge Borrel sous le prétexte qu’ils sont classés secret
défense Ce qui a provoqué la colère de Pierre Lelong,
président de la Commission consultative du secret de la Défense
nationale, organisme qui a pourtant émis un avis favorable pour que
le secret défense soit levé dans l’enquête sur la
mort du juge Borrel.

Dans un
courrier à l’avocat d’Élisabeth Borrel, Pierre Lelong
s’indigne du comportement de Michèle Alliot-Marie « Trois
semaines après l’avis favorable de la Commission, la publication
au “Journal Officiel” n’avait pas encore été
effectuée. Je m’en suis inquiété auprès
du cabinet du ministre, où l’un des collaborateurs de ce dernier
m’a assuré que la publication était imminente.

Le 24
mars 2004, l’avis n’ayant toujours pas été publié,
j’en ai personnellement apporté un exemplaire au secrétaire
général du gouvernement, pour qu’il puisse directement
le transmettre au “Journal Officiel”. Le même jour, j’ai
à nouveau fait part au cabinet de la Défense de mon incompréhension
et de mon vif mécontentement quant à la façon dont cette
affaire était traitée, »

Il a également
adressé un carton jaune à Dominique de Villepin, alors ministre
de l’Intérieur: « Cette manière de procéder
révèle, de la part du département dont vous avez maintenant
la charge, une pratique en totale contradiction avec l’esprit comme
la lettre de la loi. » Pour calmer le jeu et donner le change, les différents
ministères vont accepter de déclassifier certaines pièces
du dossier Borrel. Et ils vont livrer des documents… sans le moindre intérêt
pour la manifestation de la vérité.

En décembre
dernier, un conseiller de l’Élysée confiait au «Monde
», sous couvert d’anonymat « Nous sommes persuadés
qu’il s’agit d’un suicide, Quand je dis nous, je veux dire
l’exécutif. » Ségolène Royal, elle, est convaincue
que « tout a été tenté pour maquiller ce crime
en suicide ». A-t-elle profité de son récent voyage à
Pékin — où l’on a vu l’intérêt
qu’elle portait au bon fonctionnement de la justice… —, pour
tenter d’en savoir plus ?

Le hasard
a en effet voulu qu’elle arrive en Chine quelques jours après
l’installation du nouvel ambassadeur de France, Hervé Ladsous.
Ancien porte-parole du quai d’Orsay, ce diplomate fait l’objet,
dans l’affaire Borrel, d’une information judiciaire, suspecté
d’avoir voulu transmettre des éléments à la justice
djiboutienne pour court-circuiter la justice française. Or, s’il
y a vraiment songé, a fortiori procédé, ce n’est
certainement pas de sa propre
initiative… I

 

Pierre
Tanger

(*)
Un juge assassiné, par Élisabeth Borrel, avec Bernard Nicolas,
.Flammarion, 384 pages, 21 euros.

______________________________________________

La
DGSE a-t-elle été détournée de sa mission ?

C‘est
donc aujourd’hui une certitude : le juge Bernard Borrel ne s’est
pas suicidé, il a été assassine Mais pourquoi Une piste
revient souvent, celle du Café de Paris à Djibouti En 1990,
cet établissement a fait l’objet d’un attentat antifrançais
qui, selon certaines rumeurs, aurait été commandité par
Ismaël Omar Guelleh, alias 10G, aujourd’hui président de
la République de Djibouti.

Le juge
Borrel aurait il alors découvert que ces rumeurs avaient un fondement
?

Pour le
juge français Roger Le Loire (qui a instruit l’affaire du Café
de Paris, puis celle de la mort du juge), jamais Borrel n’aurait été
sollicité pour enquêter sur cette affaire, Dans son livre, Élisabeth
Borrel publie une lettre que Roger Le Loire lui a adressée le 25 septembre
1997 et qui laisse pourtant entendre le contraire : « j’ai fait
la connaissance de M. Bernard Borrel à Djibouti au cours des déplacements
que j’y ai effectués dans le cadre de l’enquête que
je menais sur l’attentat du Café de Paris, survenu le 27 septembre
1990.

Votre
époux, en sa qualité de conseiller technique du ministre de
la justice de Djibouti, M Moumin Bahdon, a eu à intervenir a plusieurs
reprises dans la procédure pour laquelle j’ai été
saisi. Je dois vous dire que celui-ci m’a fourni une aide précieuse
ayant permis le bon déroulement des investigations à Djibouti
je ne peux malheureusement pas vous en fournir les détails, étant
personnellement tenu au secret de l’instruction dans une affaire qui n’est
pas jugée »

11/02/07 (B382) REUTERS : Manifestation à Mogadiscio contre l’envoi d’une force africaine. (Info lectrice)

Par
Guled Mohammed

MOGADISCIO
(Reuters) – Des centaines de manifestants ont lancé des menaces vendredi
contre la future force de paix africaine alors que le Groupe de contact sur
la Somalie a réclamé son déploiement rapide pour stabiliser
le pays après la victoire des forces gouvernementales sur les combattants
islamistes.

Une
roquette s’est abattue vendredi après la tombée de la nuit sur
un hôtel du nord de la capitale, détruisant le hall de réception
et semant la terreur parmi les personnes qui se trouvaient à l’intérieur.

"Dieu
merci, je suis encore en vie (…). J’ai entendu une grosse explosion. Je
me trouvais dans ma chambre. Je ne sais pas s’il y a des morts ou des blessés",
a déclaré une femme. Elle a indiqué qu’il y avait des
personnes dans le hall de réception de l’hôtel lorsqu’elle est
montée dans sa chambre, quelques minutes avant l’attaque.

A l’issue
d’une journée de discussions à Dar-es-Salaam en Tanzanie, le
Groupe de contact sur la Somalie, qui rassemble les pays de l’Est de l’Afrique,
les Etats-Unis et l’Union européenne, a invité la communauté
internationale à soutenir et à financer une mission africaine
de paix en Somalie.

"Le
Groupe de contact appelle la communauté internationale à fournir
un soutien urgent à l’Union africaine et aux pays contributeurs pour
permettre un déploiement rapide", a déclaré le groupe
dans un communiqué.

Même
si seulement 4.000 militaires ont pour l’instant été promis,
contre les 8.000 espérés, le commissaire de l’UA pour la paix
et la sécurité, Saïd Djinnit, a exprimé l’espoir
d’un déploiement rapide afin de remplacer les forces éthiopiennes
présentes en Somalie après avoir apporté un appui décisif
au gouvernement contre les islamistes.

"Nous
reconnaissons tous la nécessité d’un déploiement urgent
de la mission de l’UA en Somalie. Nous créons les conditions d’un tel
déploiement", a-t-il déclaré aux journalistes à
Dar-es-Salaam.

MANIFESTATION
A MOGADISCIO

L’Ouganda
a été le premier pays africain à promettre des effectifs
pour la mission en Somalie. Le Nigeria et le Burundi se sont dit prêts
à y contribuer.

Les forces
gouvernementales somaliennes appuyées par l’armée éthiopienne
ont chassé en tout début d’année les islamistes du sud
du pays et de Mogadiscio, qu’ils contrôlaient depuis juin.

Mais
des attentats, imputés par le gouvernement aux islamistes, sont commis
pratiquement chaque jour dans la capitale et les observateurs craignent que
le pays ne retombe dans l’anarchie et la guerre des clans, comme pendant les
quinze années qui ont suivi la chute de l’ancien dictateur Mohamed
Siad Barré en 1991.

Sous la
pression occidentale, le président Abdoullahi Youssouf a accepté
de convoquer une conférence de réconciliation nationale mais
cette initiative n’a pas désarmé ses adversaires.

Vendredi
encore, environ 800 manifestants se sont rassemblés à Mogadiscio
après la grande prière musulmane pour dénoncer la présence
des troupes étrangères, brûler les drapeaux des pays accusés
d’avoir "semé le chaos en Somalie" et lancer des menaces
contre la future force de paix africaine.

Deux manifestations
ont été organisées, l’une place Tarbuunka, dans le centre,
l’autre dans un quartier du nord de la capitale qui était l’un des
bastions des Tribunaux islamiques et où des hommes masqués ont
promis d’accueillir la force de l’Union africaine les armes à la main.

Au cri
de "Dieu est grand", des drapeaux américains, éthiopiens,
kenyans, ougandais, nigérians et malawites ont été livrés
aux flammes.

"Les
drapeaux brûlés sont un message à votre attention avant
votre arrivée", a déclaré un manifestant masqué.
"Vous avez encore la possibilité de ne pas venir.

Vous
devrez affronter les attentats et la mort", a-t-il ajouté.

11/02/07 (B382) REUTERS : Trois enfants tués dans des attaques à Mogadiscio. (Info lectrice)

MOGADISCIO
(Reuters) – Trois enfants ont été tués samedi dans Mogadiscio
par des explosions de grenades et d’obus de mortier, a-t-on appris auprès
d’habitants de la capitale somalienne.

Un obus de mortier
a explosé dans une maison du sud de la ville, tuant deux enfants. Une
fille a péri elle dans le tir d’une grenade contre un hôtel du
nord de Mogadiscio où se déroulent des pourparlers de réconciliation.

10/02/07 (B382) REUTERS Réunion en Tanzanie du Groupe de contact sur la Somalie (Info lectrice)

Par
George Obulutsa et Gouled Mohamed

DAR-ES-SALAAM/MOGADISCIO
(Reuters) – Le Groupe de contact sur la Somalie, qui rassemble les pays de
l’Est de l’Afrique, les Etats-Unis et l’Union européenne, est réuni
vendredi à Dar-es-Salaam, en Tanzanie, pour discuter de la réconciliation
nationale et de l’envoi d’une force de paix dans le pays.

"Ce
qu’il faut faire maintenant, c’est se focaliser, comme un laser, sur l’appui
au gouvernement fédéral de transition et au peuple somalien",
a déclaré la secrétaire d’Etat adjointe américaine
chargée des affaires africaines, Jendayi Frazer, à l’ouverture
des discussions.

"L’une
des tâches essentielles qui nous attend, c’est la sécurité
de ce gouvernement et de cette population, alors que nous assistons à
une multiplication des violences, notamment des attaques au mortier, à
Mogadiscio", a-t-elle ajouté, précisant que le président
George Bush avait demandé dans le prochain budget 60 millions de dollars
pour la Somalie.

Les forces
gouvernementales somaliennes appuyées par l’armée éthiopienne
ont chassé en tout début d’année les islamistes du sud
du pays et de Mogadiscio, qu’ils contrôlaient depuis juin dernier.

Mais des
attentats, imputés par le gouvernement aux islamistes, sont commis
pratiquement chaque jour dans la capitale et les observateurs craignent que
le pays ne retombe dans l’anarchie et la guerre des clans, comme pendant les
quinze années qui ont suivi la chute de l’ancien dictateur Siad Barré
en 1991.

MANIFESTATION
À MOGADISCIO

Sous la
pression occidentale, le président Abdoullahi Youssouf a accepté
de convoquer une conférence de réconciliation nationale mais
cette initiative n’a pas désarmé ses adversaires.

Vendredi
encore, près de 800 manifestants se sont rassemblés à
Mogadiscio après la grande prière musulmane pour dénoncer
la présence des troupes étrangères, brûler les
drapeaux des pays accusés d’avoir "semé le chaos en Somalie"
et lancer des menaces contre la future force de paix africaine qui doit se
déployer dans le pays.

Deux manifestations
ont été organisées, l’une place Tarbuunka, dans le centre-ville,
l’autre dans un quartier du nord de la capitale qui était l’un des
bastions des Tribunaux islamiques et où des hommes masqués ont
promis d’accueillir la force de l’Union africaine les armes à la main.

Au cri
de "Dieu est grand", des drapeaux américains, éthiopiens,
kenyans, ougandais, nigérians et malawites ont été livrés
aux flammes.

En fin
de semaine dernière, des experts militaires de l’Union africaine ont
examiné la situation à Mogadiscio en vue du déploiement
de la force de paix de l’organisation panafricaine, qui devrait compter 8.000
hommes mais dont la moitié seulement semble aujourd’hui assurée.

L’UA souhaite
déployer rapidement cette force, dont la présence éviterait
un vide sécuritaire consécutif au retrait progressif des forces
éthiopiennes.

"Le
déploiement de soldats africains afin de stabiliser la situation en
Somalie est une nécessité absolue", a redit vendredi le
ministre tanzanien des Affaires étrangères, Bernard Membe.