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15/08/2014 (Brève 425) La bataille de Goda entre le FRUD et l’armée de Djibouti. (Alwhida)

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La bataille de Goda à une vingtaine de km de Tadjourah qui a été déclenché le 11 août confirme l’emprise du FRUD sur les deux régions de Tadjourah et d’Obock.

Les affrontements de Sismo dans les Mablas de fin juin avaient laissé un goût amer aux troupes dijboutiennes qui ont été repoussées à 2 reprises malgré l’utlisation des armes lourdes. Les militaires du Camp Mariama (situé non loin d’Arta) ont refusé d’aller combattre le FRUD.

La bataille de Goda  à une vingtaine de km de Tadjourah qui a été déclenché le 11 août confirme l’emprise du FRUD sur les deux régions de Tadjourah et d’Obock. 
 

Les combattants du FRUD ont mis en échec une nouvelle offensive de l’armée djiboutienne qui a mobilisé des soldats d’Assagueila, de Doumeira, de Dorra et de Tadjourah et qui ont attaqué par 4 endroits (Dissay Af et le Day , Amisso Daba et Assa Gueri Af). Les combats qui ont duré toute la journée du 11 août ont permis au FRUD de repousser les assaillants (militaires djiboutiens) qui ont eu une perte importante: 4 soldats sont morts sur place et le 5ème est décédé à l’hôpital français Bouffard, 7 autres ont été blessés parmi les troupes dépêchées de Dorra et d’Assagueila. L’hélicoptère n’a pas pu se poser durant cette journée dans les environs pour transporter les blessés. Le FRUD de son côté n’a eu à déplorer aucune perte.

14/12/07 (B425) Fin de la panique à Haramous ? Consternant ! (ARDHD)

Depuis un an, la panique s’était emparée d’Haramous et de l’Escale. Les derniers développements judiciaires de l’affaire Borrel, les nouvelles révélations sur l’assassinat de Bernard Borrel, les perquisitions aux Ministères de la Justice et des Affaires étrangères, la tentative de perquisition à l’Elysée, tous ces faits inquiétaient Guelleh au plus haut point …

A Djibouti, on ne pouvait plus prononcer le mot de Borrel en public, ni envoyer un SMS avec ces six lettres, sans risquer un interrogatoire musclé accompagné souvent de quelques nuits passés à Nagad ou à Gabode …

L’élection de Sarkozy a ajouté une nouvelle couche à la crainte : très vite, il a reçu Mme Borrel et son fils, puis le Procureur de Paris a (enfin !) reconnu que l’instruction judiciaire était conduite pour assassinat et non plus pour suicide.

Pour Guelleh, dont l’attitude et les gesticulations donnaient l’impression qu’il porte un fardeau, le poids d’une grand culpabilité, c’était lourd à porter. Froussard (?), il paniquait : c’est ce que rapportaient certains observateurs. Comme nous l’avons écrit à plusieurs reprises, ses craintes étaient exagérées, car il ne risquait pas grand chose… même si il était reconnu officiellement comme le commanditaire de l’assassinat …

Aujourd’hui, il respire certainement mieux. Ses nuits seront plus calmes. Reçu par Sarkozy, qui ne semble pas avoir mis la résolution de l’affaire Borrel, comme une condition préalable à la reprise de la coopération franco-djiboutienne, accueilli par les membres du MEDEF, il va repartir serein. D’autant plus que Sarkozy a accepté le principe d’un voyage à Djibouti …

On a l’impression que l’assassinat du Juge Borrel a été sacrifié sur l’hôtel de la real politic …

Sarkozy avait soulevé beaucoup d’espoir. Enfin un Président plus jeune qui n’avait pas de lien avec les vieux tenants de la Françafric …

Cela n’aura tenu que six mois : les vieux démons ont repris le dessus et Guelleh redevient un personnage fréquentable pour le nouveau locataire de l’Elysée …

Alors on peut reposer la question que nous soulevons depuis des années : qui est le cadavre dans le placard entre la France et Djibouti et dont Guelleh se sert pour forcer les dirigeants français passés et présents à renouer de bonnes relations avec lui …. Imaginons, par exemple, que Guelleh ait apporté des preuves montrant que des autorités françaises seraient aussi impliquées dans le meurtre de Bernard Borrel ? Ou d’autres preuves montrant une implication de la France dans des trafics ou des actions pas très avouables.

La solution réside peut-être à ce niveau …
En tout cas, l’avancée de l’instruction de la Juge Clément dans le dossier d’instruction de l’assassinat est bien compromise … dans la mesure où les possibles responsables sont de nouveau bien en cours à l’Elysée. Consternant …

14/12/07 (B425) Le Figaro Magazine : interview exclusive de Guelleh qui tient des propos « renversants » !!! (Les lecteurs apprécieront la langue de bois …)

Affaire Borrel : «La justice française pas indépendante»

Propos recueillis par Aziz Zemouri, Le Figaro Magazine.

INTERVIEW Nicolas Sarkozy s’est entretenu mardi avec le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh. En exclusivité, le président djiboutien a répondu aux questions d’un de nos journalistes.

«La France et Djibouti entretiennent des relations d’Etat à Etat de confiance » a déclaré, le porte-parole de l’Elysée, David Martinon à l’issue de la rencontre entre Nicolas Sarkoy et le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh. Les deux hommes ont longuement évoqué l’enquête sur l’assassinat du juge Borrel mais rien n’a filtré sur cette affaire à l’issue de la rencontre.

Magistrat détaché à Djibouti, Bernard Borrel a été retrouvé mort en 1995, le corps en partie carbonisé, en contrebas d’un ravin, à 80 km de Djibouti.

L’enquête française a privilégié dans un premier temps la thèse du suicide avant de retenir celle d’un assassinat après de nouvelles expertises.

Vous vous êtes entretenus mardi avec Nicolas Sarkozy de l’affaire Borrel entre autres ?

Ismaël Omar Guelleh, Président de la République de Djibouti : En effet. J’ai dit à Nicolas Sarkozy que la justice française n’est pas indépendante. Tous les éléments qui infirment la thèse défendue par le juge Sophie Clément et Mme Borrel ne sont pas retenus. Exactement comme dans l’affaire Outreau !

Le dernier en date : l’expertise adn du principal suspect, un Tunisien, s’est révélée négative. Plutôt qu’entériner ce fait, la juge veut désormais procéder elle-même au prélèvement adn alors qu’elle avait demandé à un magistrat tunisien de s’en occuper par commission rogatoire. Comment peut-elle mener une instruction indépendante alors que dans cette affaire tous les syndicats de magistrats sont partie civile et partisans de Mme Borrel ?

De nouveaux éléments sont apparus, la thèse judiciaire qui prévaut aujourd’hui est celle d’un homicide, qu’en pensez-vous ?

Je n’arrête pas de lire en France que les autorités djiboutiennes ont conclu à un suicide dans l’affaire Borrel. C’est totalement faux. C’est un communiqué de l’ambassade de France qui l’a affirmé le jour de la découverte du corps du magistrat. Ce sont des militaires français qui ont découvert le corps. Il a été transféré dans un hôpital français, les médecins qui l’ont autopsié sont Français. Nous n’avons absolument rien à voir avec cette histoire.

Pourquoi avoir fait expulser la famille d’un de vos principaux accusateurs?

Nous n’avons pas expulsé la famille de M.Aloumekani (ancien militaire djiboutien, il a accusé Guelleh d’être le commanditaire de « l’assassinat » de Borrel ndlr). Nous n’expulsons pas nos propres ressortissants. Tous les membres de la famille sont citoyens djiboutiens. Ils sont actuellement au Yémen car l’opinion djiboutienne en a plus qu’assez de cette histoire et nous avons eu peur qu’un individu s’en prenne violemment à elle. Que ne dirait-on pas s’il leur arrivait quelque chose.

Qu’avez-vous retenu au final de votre rencontre avec Nicolas Sarkozy ?

Il souhaite que les relations entre nos deux Etats ne soient pas court-circuitées par cette affaire. La justice suit son cours mais nous ne devons pas nous empêcher d’avoir des relations entre nos deux pays. Je suis d’accord avec ce point de vue. Dans le même temps, j’ai le sentiment qu’il aime prendre constamment le contre-pied de son prédécesseur Jacques Chirac d’où son affichage avec Mme Borrel.

13/12/07 (B425) LE MONDE La crise s’apaise entre Paris et Djibouti (Info lectrice)

Le président Nicolas Sarkozy a accepté l’invitation à se rendre à Djibouti qui lui a été faite, mardi 11 décembre, par le chef de l’Etat de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, à l’issue d’un entretien à l’Elysée, selon une source bien informée. La date de la visite n’a pas encore été fixée mais "le plus tôt sera le mieux", a indiqué au Monde un collaborateur de Nicolas Sarkozy.

L’accord de principe pour une visite du président français marque un rapprochement spectaculaire entre les deux pays. Il y a environ deux mois, Djibouti envisageait de rompre les relations diplomatiques avec la France, son ancienne puissance coloniale. Le président Omar Guelleh s’en était ouvert à plusieurs de ses interlocuteurs étrangers dont le commissaire européen chargé du développement, le Belge Louis Michel. Celui-ci avait incité le chef de l’Etat de Djibouti à ne pas mettre sa menace à exécution. Egalement consulté, Paul Kagamé, le chef de l’Etat rwandais (un pays qui, après avoir rompu ses relations diplomatiques avec Paris, souhaite les rétablir), avait abondé dans le même sens, selon une autre source.

L’affaire Borrel, du nom du juge français mort dans des conditions suspectes en 1995 à Djibouti, est au coeur de la crise qui empoisonne les relations entre les deux pays. Après avoir privilégié la thèse du suicide, l’enquête française a retenu celle d’un assassinat tandis que des témoins mettaient en cause le chef de l’Etat de Djibouti (ce qu’il n’était pas à l’époque) et d’autres dignitaires du régime. Si le dossier Borrel a été évoqué, mardi à l’Elysée, entre les deux présidents, rien n’a filtré des discussions sur ce sujet. "Il n’y a pas de liens entre les procédures judiciaires et les relations entre les deux pays", s’est borné à indiquer le porte-parole de l’Elysée, David Martinon.

COOPÉRATION MILITAIRE

Conséquence du réchauffement des relations bilatérales, Paris va accroître la coopération militaire avec Djibouti en formant sur place, à Atar, des officiers. La France dispose à Djibouti d’une base militaire, la plus importante en Afrique (2 850 hommes), mais elle se heurte aux ambitions des Etats-Unis, également présents sur place via la task force pour la Corne de l’Afrique. En début de semaine, le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, se trouvait à Djibouti.

La France veut aussi se renforcer sur le plan économique face aux pays du Golfe, de plus en plus actifs dans l’ancienne colonie française. Le chef de l’Etat de Djibouti a été reçu, mercredi, par le Medef International. Et, avant son départ, prévu samedi, il devrait avoir des entretiens avec les dirigeants de Total (énergie), Vinci (construction), Degremont (traitement des eaux), et CMA-CGM (transport maritime).

Jean-Pierre Tuquoi

13/12/07 (B425) Le Soleil (Sénégal) Le débarquement américain aura-t-il lieu ?

La destination-Afrique n’a jamais été autant courue par des officiels militaires et civils américains que depuis l’annonce, le 6 février dernier, par le président Georges Bush, de la création d’un Commandement unifié des forces armées des États-unis pour l’Afrique. Depuis avril, ils sont nombreux à sillonner le continent pour faire valoir ce programme dont la finalité serait « la promotion de la paix, de la sécurité et du développement ». Mais le projet inquiète et peine à obtenir l’agrément des Etats africains. Le Commandement unifié des forces armées des États-unis pour l’Afrique « renforcera notre coopération avec l’Afrique en matière de sécurité et nous offrira de nouveaux moyens d’accroître les capacités de nos partenaires en Afrique. Il nous permettra d’intensifier nos efforts en vue d’apporter la paix et la sécurité aux peuples d’Afrique et de promouvoir nos objectifs communs en matière de développement, de santé, d’éducation, de démocratie et de croissance économique en Afrique ».

Cette profession de foi du président Bush, à l’attention du peuple américain, résume le message répété par ses émissaires en Afrique pour que l’Africom, selon son appellation consacrée, soit favorablement accueilli. Le vice-amiral Robert T. Moeller, Marie Carlin Yate, respectivement commandant adjoint des opérations militaires et commandant adjoint chargé des activités civilo-militaires de l’Africom étaient, fin novembre, à Ouagadougou dans ce dessein. Auparavant, le sous-secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la Politique, Ryan Henry, avait effectué deux longues tournées qui l’ont amené, tour à tour, en Afrique du Sud, en Éthiopie, au Ghana, au Kenya, au Nigeria et au Sénégal, ainsi qu’au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, en avril, puis au Maroc, en Algérie, en Libye, en Egypte, à Djibouti et au Kenya notamment, en juin.

A ce jour, excepté Djibouti, qui abrite déjà une base et le Liberia dont nul n’ignore la sensibilité américaine, aucun autre pays consulté n’est ni convaincu de l’opportunité de l’Africom, ni prêt à s’engager à héberger ce centre de commandement américain qui devrait être opérationnel en septembre 2008, avec 1 ?000 hommes, militaires et civils confondus. Même la nomination par le président Bush du général africain-américain, William Ward, n’a pas altéré la réticence de ses « frères » africains.

Circonspection et méfiance

Cette fin de non-recevoir, en des accents très diplomatiques par endroits, même si elle peut ne pas être définitive, fleure bon la circonspection et la méfiance des Africains devant la hâte de l’Administration Bush à densifier sa présence militaire sur le continent.

Depuis le désastre de l’opération « Restore Hope », quelque 2.000 GI’s sont positionnés à Djibouti, au camp Lemonnier, donnant le change aux Français. Pourquoi Washington veut-elle aussi soudainement passer à la vitesse supérieure, renforcer ses forces en Afrique, mettre tout le continent – exceptée l’Egypte – et les îles des océans Pacifique et Indien, sous la férule unique de l’Africom ?

Pour nombre d’autorités africaines rétives à l’installation d’une force américaine en Afrique, les réponses à cette interrogation coulent de source. La première serait un prétexte : la lutte contre le terrorisme. Les Américains voudraient faire croire qu’il faut de toute urgence inclure l’Afrique dans le théâtre d’opérations de leur guerre planétaire contre al-Qaïda et ses affidés, sans quoi les foyers virulents de la Corne de l’Afrique et du Maghreb embraseront tout un continent qui, laissé à lui-même, à ses faibles moyens, serait coupable du règne de l’ordre terroriste sur le monde. Le mobile apparent serait donc d’aider l’Afrique à se protéger militairement du terrorisme pour en faire un bouclier protecteur de plus pour le monde entier.

Mais ce deal mis en perspective semble d’autant moins acceptable, du côté de la plupart des capitales africaines, que la crainte est plutôt d’être embarquées dans une « guerre contre le terrorisme » dont elles n’auraient pas le contrôle.

Une forte présence militaire américaine sur le sol africain focaliserait à coup sûr l’attention des terroristes sur ce continent vulnérable et y dupliquerait à plus large échelle les bourbiers afghan et irakien. L’on en a d’ailleurs un avant-goût amer avec le chaos qui prévaut en Somalie.

Militarisation à des fins économiques

Sous un autre angle critique, l’on accuse le gouvernement américain d’exagérer le risque terroriste en Afrique pour y légitimer une présence militaire qui lui permettrait d’atteindre son véritable objectif : amoindrir sa dépendance envers le Moyen-Orient, en s’assurant un approvisionnement sécurisé et durable en pétrole à partir du continent qui lui fournit déjà 15% de ses besoins en hydrocarbures. Un seuil qui pourrait, dans ces conditions, être très rapidement franchi, pour atteindre 25% en 2015, selon les experts en la matière. La mainmise américaine porterait également sur les autres ressources dont regorge le continent.

La militarisation américaine de l’Afrique à des fins économiques, dans le sens « colonialiste » du terme serait également un moyen d’endiguer « le péril jaune », de freiner la montée en puissance de la Chine sur le continent noir. En quête insatiable de pétrole et d’autres produits de base, l’Empire du milieu est en train d’y étendre son influence, par le biais d’accords de financement et de coopération pour le développement nettement plus favorable aux pays africains qu’ils engagent que ceux qui les lient à leurs partenaires du Nord. Chose que les Américains et les autres Occidentaux perçoivent d’un très mauvais œil.

Dans certaines formations politiques africaines opposées aux pouvoirs en place, l’on voit en l’Africom une cinquième colonne fortement armée qui autoriserait les Etats-unis à s’ingérer dans la vie des nations, pour leur imposer les régimes et dirigeants qui leur sont favorables.

Comme ils l’ont déjà fait à Djibouti où leur activisme militaire a permis le maintien et le renforcement du régime dictatorial d’Omar Guelleh.

Les autorités américaines s’en défendent, bien entendu. « La lutte contre le terrorisme n’est pas le principal objectif de l’Africom et les États-unis n’ont nullement l’intention de créer des bases dans ce continent ou d’y faire la guerre ». « La mission de l’Africom sera d’aider les pays africains à être plus indépendants en termes de sécurité, à défendre leurs intérêts économiques, à se doter des capacités nécessaires pour assurer la sécurité des installations pétrolières et du transport des hydrocarbures ».

« Africom jouera un rôle diplomatique ». « Il répondra aux besoins humanitaires des pays africains en termes de logistique ». « Notre aide n’est pas conditionnée ». « Nous sommes disposés à œuvrer de concert avec la Chine n’importe où dans le monde. Si la Chine réussit, le reste du monde réussira ». C’est ce qu’on lit ou entend dire…

Partenariat et non-ingérence

A dire vrai, si les missions primordiales d’Africom sont d’aider les Africains à assurer leur sécurité et à se développer, de faire de la diplomatie et de l’humanitaire, le renforcement de l’existant conviendrait bien mieux que l’envoi de troupes armées, même mélangées à des civils. A quoi bon un doublon militaire avec les ambassades, l’Agence des Etats-unis pour le développement international (Usaid) et le Corps américain de la paix dont les volontaires ont depuis fort longtemps conquis le cœur de nombreux Africains, jusque dans les villages les plus reculés ?

En matière de sécurité, n’est-il pas plus indiqué de continuer à entretenir la coopération déjà engagée avec les armées africaines en termes de formation et de renforcement des capacités, mais également de partenariat à l’image des équipes des Forces spéciales américaines qui opèrent dans le cadre de l’Initiative contre-terroriste transsaharienne (Tscti) ?

La paix et la sécurité restent assurément un enjeu majeur en Afrique, au regard des nombreux conflits qui hypothèquent son développement et l’avenir de ses peuples. Toujours est-il que l’Africom aura très peu de chances d’être accepté, s’il ne se limite pas à former des soldats de maintien de la paix ou à porter une assistance en cas de désastre, tout en évitant soigneusement de s’ingérer dans la politique intérieur des pays africains.

L’on s’accorde avec le président Thabo Mbeki pour souligner que ! « lorsque l’Afrique fait montre de sa capacité à résoudre elle-même ses problèmes, les pays développés devraient l’y encourager, plutôt que de dresser des obstacles devant elle ». Et avec Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’Union africaine, qui a récemment soutenu que : « l’aide au développement devrait cesser de servir de prétexte aux puissances occidentales, pour s’ingérer dans les affaires intérieures des pays africaines ».

La préférence de presque tous les chefs d’Etat africains est pour un partenariat avec les Etats-unis, ou toute autre puissance, dans le sens du renforcement des mécanismes de sécurité de l’Union africaine (UA), dans une optique de prévention et de résolution des conflits et pour la stabilité du continent. Et c’est la voie de la raison…

Par Amadou FALL

13/12/07 (B425) Le Soleil de Dakar / Pour en savoir plus : FORCES ARMEES DES ETATS-UNIS POUR L’AFRIQUE (Info lectrice)

Depuis cinq ans, les Etats-unis sont en train de mettre en place un dispositif militaire en Afrique. Après leur base navale et aérienne de Diégo Garcia dans l’Océan indien, ils ont loué à la France le Camp Lemonnier à Djibouti d’où ont décollé, en janvier dernier, leurs C-130 pour bombarder des populations civiles somaliennes, au nom de la « lutte contre le terrorisme ». L’intervention des soldats éthiopiens en Somalie a été coordonnée, encadrée, préparée et soutenue en matière de logistique et de renseignements par l’armée américaine, installée à Djibouti et à Dire Dawa, en Éthiopie.

En Afrique de l’Ouest, les Américains avancent à grands pas dans l’établissement de têtes de pont militaires, terrestres, aériennes et navales, ici aussi sous le couvert de « lutte contre le terrorisme ». En février 2007, la Maison-Blanche a annoncé la création du commandement unifié des forces armées américaines pour l’Afrique (Africom). Son patron est désigné. Il s’agit du général William Ward, un Africain-Américain. Pour le moment basée à Stuttgart, auprès du Commandement pour l’Europe ou Useucom (United states european command), cette nouvelle Autorité militaire américaine en Afrique devrait acquérir son autonomie, après l’obtention d’un « siège » sur notre continent.

Plusieurs pays ont fait plus ou moins officiellement acte de candidature : Liberia, Kenya et Sao Tome. Il faudra les départager. Mais, dans le même temps, beaucoup d’autres nations africaines et non des moindres, ont exprimé de vives réserves : l’ensemble des Etats du Maghreb, l’Afrique du Sud et la Libye. Ces pays redoutent d’être embarqués dans une « guerre contre le terrorisme » dont ils n’auraient pas le contrôle et considèrent qu’outre leur chasse à al-Qaïda, les Américains cherchent surtout à protéger leur pétrole du Golfe de Guinée. Aussi, évoquent-ils le contrôle militaire des Etats-unis sur les richesses de l’Afrique.

En d’autres termes, cette pénétration militaire américaine en Afrique, qui nous est présentée comme une protection « humanitaire » dans la guerre mondiale livrée contre le « terrorisme », est en vérité une volonté de faire main basse sur le pétrole africain principalement et d’en contrôler ses réseaux de transports mondiaux. Et les chiffres nous révèlent que les Etats-unis importent aujourd’hui, plus de pétrole en provenance du continent africain que de l’Arabie saoudite. C’est sûr que ces niveaux d’importation augmenteront encore, au regard des importantes réserves pétrolières de l’Afrique.

Quelques mois se sont écoulés depuis que l’annonce de la création d’Africom a été faite. Et de hauts fonctionnaires des Etats-unis ont déjà parcouru le continent africain pour vendre Africom et tester les réactions officielles et publiques. Les premières réponses ont été, sans surprise, négatives et méfiantes en raison de l’histoire de l’interventionnisme militaire américain dans le monde, y compris en Afrique, laquelle, en outre, a connu l’amère expérience du colonialisme. Le département de Défense (Dod) – ou Pentagone – précise qu’une des premières missions d’Africom sera de professionnaliser les militaires de nos pays pour assurer la stabilité, la sécurité et la mise en place de gouvernements responsables dans certains Etats et régions d’Afrique.

La stabilité, cela signifie rétablir et maintenir l’ordre et pour ce qui est de la responsabilité, c’est protéger les intérêts des Etats-unis. Rien que pour cette année, on avait avancé que 1.400 officiers africains finiraient leurs programmes de formation et d’entraînement militaire internationaux dans les écoles militaires des Etats-unis.

L’amère potion médicinale sera ingurgitée sans trop de douleur si on combine ces missions de militarisation assumées par Africom avec un volet civil, lui aussi, en expansion et qui devra mettre en avant des concepts tels que « la promotion de la démocratie », « la capacité de construire », « la souveraineté » et « l’autonomie africaine ».

Nous espérons qu’une plus grande attention à la présence chaque jour plus intense des Etats-unis en Afrique et une meilleure connaissance du contexte de cette situation peuvent, au moins, être utiles pour le présent et pourront, demain, aider à atténuer quelques-uns des effets néfastes que l’on sait inévitables. Pour le moment, le grand public africain ne connaît pas grand chose d’Africom et ne dispose que de quelques informations distillées sur ce Commandement par la propagande officielle.

Nous voulons que l’on élargisse la discussion publique sur cette question, ce qui serait un premier pas en direction de réponses significatives. Africains et concernés au premier chef par ce dossier, nous voulons en savoir plus sur Africom.

Controverse

Le commandement d’Africom -une unité conçue pour diriger toutes les opérations militaires américaines en Afrique – a été officiellement mis en place. Même si, pour l’heure, la structure reste basée en Allemagne, l’idée de l’implantation d’une force américaine de cette ampleur sur le sol africain a suscité des réactions hostiles dans plusieurs pays du continent.

Des informations-clé sur le mode de fonctionnement de cette structure restent floues. Par exemple, le lieu où sera installé le siège d’Africom sur le continent africain n’a pas encore été choisi. Et le fait que tant de zones d’ombre subsistent autour du projet américain alimente de nombreuses spéculations, voire une certaine méfiance quant à sa raison d’être.

De son côté, l’administration Bush insiste sur le bien-fondé de l’initiative. Selon les Américains, Africom contribuera non seulement à renforcer la sécurité en Afrique, mais aussi à promouvoir le développement, la santé, la démocratie, l’éducation et la croissance économique du continent. Mais tout le monde ne partage pas cette opinion.

Des pays auraient refusé de répondre favorablement à la demande américaine de baser le centre de commandement sur leur sol et s’emploieraient activement à décourager leurs voisins directs de soutenir l’idée.

D’autres pays africains ne sont pas opposés à l’initiative Africom. Certains attendent d’avoir plus d’informations sur le projet avant de s’exprimer sur sa viabilité. Pour sa part, le Liberia s’est déjà porté volontaire pour abriter le siège d’Africom qualifié, ici, de « modèle pour l’avenir ». Donc, il y a controverse autour de ce centre militaire américain pour l’Afrique.

Tout comme il y a controverse autour de la visite du guide libyen en France. Mouammar El Kadhafi -boycotté par des ministres et des députés de l’Hexagone- et son hôte, le chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy se sont vivement opposés sur le sujet ultra-sensible des droits de l’Homme.

Le « messager du désert » a eu fière allure dans la Cité des lumières, c’est-à-dire Paris où il a été le porte-voix des émigrés, ces hommes et femmes souvent maltraités par la police.

Par Cheikh Aliou AMATH

13/12/07 (B425) LE TEMPS (Suisse) Catastrophe humanitaire en Somalie

CORNE DE L’AFRIQUE. Quelque 600000 personnes ont été déplacées cette année. Médecins sans frontières tire la sonnette d’alarme.

Caroline Stevan
Jeudi 13 décembre 2007

Ils sont des centaines de milliers de réfugiés, tassés le long de la route qui fuit Mogadiscio par le nord. Ils arrivent par vagues, au gré de l’intensification des combats dans la capitale, et improvisent des camps de fortune. La guerre civile ravage la Somalie depuis 1991, avivée par l’entrée en conflit des troupes éthiopiennes il y a un an. Selon Médecins sans frontières (MSF), l’état d’urgence est largement dépassé.

«600000 personnes ont quitté leur domicile cette année, dont 200000 se trouvent sur les 20 kilomètres qui séparent Mogadiscio d’Afgooye, note Huub Verhagen, chef des programmes à MSF Suisse. Ils ont bâti des abris de fortune et manquent de tout; eau potable, soins, nourriture, équipement sanitaire. Avec le nombre de déplacés qui augmente sans cesse, nous craignons la catastrophe.»

Déjà, les statistiques font pressentir le pire. A Hawa Abdi, un camp de quelque 32000 personnes bénéficiant pourtant d’une prise en charge, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans est deux fois supérieur au seuil d’urgence: 4,2 pour mille et par jour. La moitié de ces décès sont dus à des diarrhées.

La doctoresse Hawa Abdi, qui a donné son nom au bivouac installé sur ses terres, est extrêmement inquiète: «Les gens meurent par centaines. Quand ce ne sont pas les balles ou les explosions, c’est la maladie ou les fausses couches. Et ceux qui restent n’ont plus d’espoir, plus de travail, plus de perspectives.»

Médecins sans frontières est l’une des rares ONG étrangères à travailler sur place. Beaucoup soutiennent des programmes locaux depuis l’extérieur. «Il est extrêmement difficile d’œuvrer dans ces conditions, reconnaît Huub Verhagen.

L’insécurité est énorme, et nous n’avons pas vraiment d’autorité à qui nous référer. Cela fait seize ans que nous sommes là mais, pour une organisation qui ne connaîtrait pas le terrain, développer un projet en Somalie devient très compliqué.» MSF, cependant, a décidé d’augmenter encore son aide.

En 2007, le budget dédié à la région d’Afgooye était de 2,2 millions de francs, il devrait croître en 2008. Pour l’heure, les équipes réalisent plus de 1700 consultations médicales par semaine; 614 enfants de moins de 5ans atteints de malnutrition sévère ont été pris en charge entre mi-août et fin novembre; 17000 familles ont reçu savons, couvertures, moustiquaires, jerrycans et bâches de plastique; 90000 litres d’eau sont distribués chaque jour.

Le Comité international de la Croix-Rouge, également présent sur place, s’alarme de la dégradation de la situation dans la capitale. «Le nombre d’interventions chirurgicales effectuées au cours de l’année 2007 dans les deux hôpitaux que nous soutenons à Mogadiscio a augmenté de 62% par rapport à l’année dernière. Environ la moitié des cas étaient des personnes blessées dans les combats, explique dans un communiqué de presse le docteur Pierre Gratzl, coordonnateur médical du CICR pour la Somalie.

Cela montre bien le double impact du conflit. L’augmentation du nombre de blessés est aggravée par la compression des services médicaux à disposition de la population.» Chaque désastre pèse sur le suivant.

13/12/07 (B425) NOUVEL OBS : Somalie: au moins 17 morts dans une attaque au mortier et des échanges de tirs à Mogadiscio

Au moins 17 personnes sont mortes jeudi dans une attaque au mortier qui a frappé le principal marché de Mogadiscio et dans des échanges de tirs qui ont éclaté dans la capitale somalienne, quelques heures après les déclarations d’un représentant gouvernemental qui a fait état d’un regroupement des islamistes radicaux et affirmé que ces derniers se préparaient à lancer une offensive.

Au moins 12 personnes ont été tuées et plus de 40 autres blessées dans les explosions sur le marché tandis que cinq autres personnes sont mortes dans des échanges de tirs.

Le bilan de l’attaque au mortier dans la capitale somalienne confrontée à l’insurrection islamiste devrait s’alourdir. Au moins 19 des blessés se trouvaient dans un état jugé critique, selon le Dr Hassan Osman Isse, de l’hôpital Médina.

Avant ces violences, Cheikh Qassim Ibrahim Nour, directeur de la sécurité au ministère de la Sécurité nationale, avait déclaré que le gouvernement n’avait "pas le pouvoir de résister aux islamistes" et n’est pas parvenu à contrôler la majeure partie du pays"

"Environ 80% du (territoire) somalien n’est pas sûr et ne se trouve pas sous le contrôle du gouvernement", avait-il ajouté dans un entretien à l’Associated Press. "Les islamistes projettent de lancer une attaque d’envergure contre le (gouvernement) et ses troupes alliées".

Cheikh Qassim Ibrahim Nour a lancé un appel à un soutien international, soulignant que les islamistes étaient "partout".

Avec l’aide militaire de l’Ethiopie, le gouvernement somalien a réussi à chasser le Conseil des tribunaux islamiques du sud du pays l’an dernier, mettant fin à six mois de pouvoir du groupe radical. Mais les islamistes radicaux ont lancé une insurrection semblable à celle que connaît l’Irak, jetant le pays dans un chaos sanglant.

Selon les Nations unies, la Somalie est confrontée à la plus grande crise humanitaire en Afrique. Quelque 6.000 civils ont été tués dans les affrontements cette année, selon une association humanitaire locale.

Le pays est livré à la guerre des clans depuis le renversement en 1991 du dictateur Mohammed Siad Barré, malgré la formation en 2004 d’un gouvernement soutenu par les Nations unies.