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27/12/14 (Brève 441) Massacre d’Arhiba – Un lecteur nous adresse le témoignage d’un médecin français (1°) qui était présent lors du massacre. Il joint une liste des victimes (2°)et la référence à des vidéos disponibles sur Youtube (3°).

1°) Concerne : Massacre d’ARHIBA du 18 décembre 1991

Vous trouverez ci dessous le témoignage d’un médecin français : Dr F… de C… (Médecin-Chef).

” Le quartier est bouclé, les forces de l’ordre ont brûlé des cartes d’identité. La tension a monté. Un gendarme a été poignardé par un afar juste après la fusillade. 2 policiers afars qui essayaient de prendre la défense des habitants d’Arhiba ont été tués par balle par leurs propres collègues. A ce moment là, c’est la fusillade et les exécutions sommaires. C’est le carnage, les forces de l’ordre tirent sur tout ce qui n’a pas d’uniforme.

J’ai été très impressionne à l’hôpital Peltier par la foule de bléssés qui affluaient. Il faut imaginer un grand couloir avec de chaque côte une enfilade de brancards avec dessus des gens, tous. blessés par balles, tous afars, tous civils.

Au bas mot, une quarantaine de morts. 26 ont été entérrés dans les cimetières hors de la ville plus une quinzaine dans la ville puisque les gens n’avaient pas le droit (le sortir pour enterrer leurs morts ailleurs. La majorité des victimes était des hommes jeunes également des lemmes et des enfants mais aussi un vieil homme dont le crâne a été défoncé à coups de crosse et qui en est mort. J’ai vu un enfant de moins de 5 ans avec un poignet éclaté par balle.

Il semble certain qu’une intervention musclée des forces de l’ordre sur quartier afar était prévue à titre de vengeance et de représailles depuis la veille au soir à cause d’une sévère défaite militaire, dans la zone nord de Tadjourah où l’armée aurai eue 3oo morts ou disparus. A Tadjourah, l’armée nationale a subi de lourdes pertes et de lourdes défaites.

A Obock, c’est une ville morte, occupée par les forces de I ‘ordre et encerclée par les rebelles et la population civile est avec les rebelles en brousse. Leur souci est un souci d’alimentation et de soutien sanitaire. On comprend bien qu’ils ont la possibilité de se ravitailler par l’Ethiopie ou par le Yémen mais pour cela il faut de l’argent et les fonctionnaires ont des difficultés pour récupérer de l’argent sauf ceux qui sont à Djibouti.

Le pays est coupé en deux. Les gens d’Obock s’ils veulent venir à Djibouti doivent passer par l’Ethiopie, c’est à dire:’ qu’ils font un tour gigantesque pour contourner le pays.

On ne peut plus passer par la mer puisque l’armée contrôle les sorties. D’ailleurs les pêcheurs d’Obock qui s’étaient réfugiés à Djibouti se sont vu confisquer leurs boutres.

L’inquiétude majeure des djiboutiens est que Djibouti devienne comme Mogadiscio. Les tracts dans le sens de la guerre civile distribués à Djibouti n’ont pas trouvé une oreille à haut niveau On craignait que les quartiers Issas déferlent Djibouti sur les quartiers afar. Mais en réalité jusqu’à présent ce ne sont que les forces de l’ordre qui arrivent sur les quartiers afar. La majorité des djiboutiens voudrait préserver leur pays. La situation ethnique est plutôt calme au regard de la gravité des événements.”

Docteur F… de C…

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2°) A noter qu’il nous est très difficile d’avoir la liste complète et nominative de toutes les victimes. Nous publions cette liste, mais vous pouvez aussi consulter celle qui avait été publiée le 16 décembre 2011 à l’initiative d’Omar Gabassé : lien

BILAN DU MASSACRE D’ARHIBA 18 décembre 1991

33 corps abandonnés sur le terrain vague, 7 personnes décédées à l’hôpital Peltier le lendemain des suites de leurs blessures, 7 corps retrouvés le 19 en mer à marée basse, 12 corps que les forces de l’ordre ont emportés, Soit un total de 59 morts dont 47 ont été enterrés.

LISTE DES PERSONNES TUÉES LORS DU MASSACRE D’ARHIBA

Cas de disparition forcée le 18-12-1991 :
1. HAMAD IBRAHIM SAID
2. YASSO KATHE ALI
3. ALI IBRAHIM MOURRA
4. NIBALLEH ADEN MOHAMED
5. DAOUD MOHAMED ALT
6. ABDALLAH HANAD OMAR
7. SAID HAMADOU GAAS

Corps découverts sur place :
1. ALI ADAM AHMED
2. AHMED MOUMINE BAGUILA
3. HABILE MOUMINE BAGUÏLA
4. GANIBO IBRAHIM YASSO
5. ALI MOHAMED WEO
6. ADAM DIHIBO MOUSSA
7. MOHAMED ALI OMAR
8. ALI ALELOU ASSOWE
9. BERO DAOUD ANGADE
1O.OMAR MOHANED KABADE
11.ABDALLAH YAYO IBRAHTM
12.HASSAN ALI ABOUBAKER
13.MALIK ALI MAHAMED
14.HASSAN ABDOU ABOUBAKER
15.ALI ABDALLAH GOURATE
16.SABOLI ABDALLAH GAAS
17.ALI KABIR MANDEITOU
18.NOUMANE MOHAMED ABDALLAH
19.ALI SATD MOHAMED
20.MAHAMED MOUSSA WAAYE
21.ALI HOUSSEIN HARSSOU
22.ALI CHEIKO HAMAS
23.ADAM CHEIKO HAMAD
24.MOHAMED ALI HOUSSEIN
25.HASSAN FILADERO HASSAN
26.IDRISS LALE ALI
27.MOHAMED OSMAN IBRO
28.OSMAN MOHANED IBRO
29.SAADA AHMED
3O.ALI ARERO ALI
31.MISERA BOUCHRA CHOUMA
32.SALIHA MOHAMED ALT
33.ALI ADAM ALI

Personnes retrouvées mortes à la marée basse :
34.HOUSSEIN IBRAHIM MOHAMED
35.KILO YASSIN ALI
36.MAHAMEISSE DINBIHISSE ALI
37.ALI HAMAD DOULA
38.HERE ALI YASSO
39,FOSSEYA MOHAMED OSMAN
40.HASNA SAID MOHAMED

Personnes retrouvées mortes à l’hôpital Peltier :
41 OSMAN YOUSSOUF
42.HAMADOU GOHAR HAMADOU
43 ABDOULKADER MOHAMED ISSA
44.ARISSO ONDE ARISSO
45.MOHAMED MOUSSA MOHAMED
46.MOHANED ALI AHMED
47.GOHAR HAMADOU GOHAR

3°) ____________ Video
DJIBOUTI – PART 1 – VIDÉO – MASSACRE DU 18 DÉCEMBRE 1991 A ARHIBA. https://www.youtube.com/watch?v=-hXqxZu89n0

DJIBOUTI – PART 2 – VIDÉO – MASSACRE DU 18 DÉCEMBRE 1991 A ARHIBA. https://www.youtube.com/watch?v=xbHVel60zwc

DJIBOUTI – PART 3 – VIDÉO – MASSACRE DU 18 DÉCEMBRE 1991 A ARHIBA. https://www.youtube.com/watch?v=wbVM93R6j14

04/04/08 (B441-B) Radio-Trottoir : vol d’armes et de munitions : des rumeurs, mais aucune confirmation officielle. La population inquiète se pose beaucoup de questions. (Lecteurs)

Les informations nous parviennent régulièrement :


Roger Picon
Des armes auraient effec-tivement disparues non seulement du Camp Cheik Osman (le repaire ultra sécurisé de Zakaria, le "saint des saints"), mais aussi du QG de la SDS.

Une enquête serait en cours pour déterminer si des armes et des munitions manqueraient aussi dans d’autres unités.

Ce problème est bien suspect ! Actuellement, la population est fort inquiéte à Djibouti et même choquée. Comment peut-on voler des armes dans plusieurs camps militaires qui sont si bien gardés. On ne peut pas sortir autant de matériel sans que cela ne se voit. Forcément, il y a complicité …

D’après certains observateurs, au moins une partie des armes ‘disparues’ aurait pu passer en Ethiopie. Chacun se demande avec une certaine angoisse, si Djibouti ne va pas servir de zone de transit pour alimenter les forces éthiopiennes en prévision d’une reprise du conflit avec l’Erythrée.(*)

Quatre militaires, appartenant tous au Service d’Hassan Saïd auraient été incarcérés à Gabode. Bizarre ! Hassan Saïd est-il visé personnellement.

Et nombreux sont ceux qui se demandent si Guelleh n’a pas cherché à le pièger pour le faire condamner à Djibouti (12 mois de prison, par exemple ?) afin de montrer à la France que le Gouvernement lui fait effectuer sa peine, mais à Djibouti, où ce sera quand même plus confortable pour lui. Nouvelle et grosse ficelle façon Guelleh ?

Attendons la suite …

(*) Mais au fait, Guelleh n’était-il pas l’allié des Erythréens ? C’est vrai, mais il est aussi l’allié des Américains, qui sont les alliés des Ethiopiens – toujours le double jeu …du baron de la mafia qui mise sur tous les tableaux ?

04/04/08 (B441-B) Somalie : des attaques d’insurgés islamistes font au moins 19 morts (Deux dépêches)

____________________________________ Afrik.com

Deux attaques séparées menées jeudi par les insurgés islamistes, dans le centre et le sud de la Somalie, ont fait au moins 19 morts, dont 15 militaires, rapporte TV5.

Le matin, le gouverneur de la région de Bay (sud de la Somalie) est sorti indemne d’une attaque qui a fait au moins quatre morts, dans la localité de Qasahdere (350 km au nord-ouest de Mogadiscio).

Le même jour, des combattants ont attaqué une base militaire située à l’extérieur de la localité d’Adado, à 500 km au nord de la capitale Mogadiscio, tuant au moins 15 militaires et en blessant 20

___________________________________ Le Point avec Reuters

Des attaques islamistes font une vingtaine de morts en Somalie

ATTAQUES ISLAMISTES EN SOMALIE À ADADO ET PRÈS DE BAÏDOA

Une série de coups de main attribués aux miliciens armés Chabaab ont fait une vingtaine de morts jeudi à travers la Somalie, confirmant que la guérilla islamiste s’étend bien au-delà de Mogadiscio.

Associé par Washington à Al Qaïda, les Chabaab formaient la branche armée du régime des tribunaux islamiques que l’armée éthiopienne a chassé en décembre 2006 de Mogadiscio pour y installer le gouvernement fédéral transitoire du président Abdoullahi Youssouf.

Si la guérilla de Chabaab contre le régime est surtout menée dans la capitale, où elle a fait 6.500 morts depuis la fin 2006, leur attaque la plus meurtrière de jeudi a été menée contre une milice pro-gouvernementale basée à Adado, à 550 km au nord de Mogadiscio.

Les assaillants ont tués au moins quinze miliciens et trois civils, saisi huit "technicals", ces 4×4 surmontés de mitrailleuses lourdes prisées par les factions somaliennes, et incendié trois chars, rapporte des habitants, qui parlent de cadavres jonchant les rues.

Les jeunes miliciens islamistes ont également frappé à Kansah Dhere, à 60 km au sud-ouest de la base gouvernementale de Baïdoa, dans le centre-sud du pays, tuant trois soldats et en blessant deux autres. Les islamistes ont enfin abattu un officier de renseignement dans la région voisine de Bakol.

Ahmed Mohamed,
version française Marc Delteil

04/04/08 (B441-B) Anciens et nouveaux Ministres : un nouveau style ? Les images tournées par la RTD, lors du dernier Conseil du 1er avril, montrent des élèves studieux et appliqués. Chacun a son stylo et son cahier et prend note avec application des paroles “sacrées” et parfois farfelues du Chef qui perd les pédales ces derniers temps (Lecteur)

04/04/08 (B441-B) Anciens et nouveaux Ministres : un nouveau style ? Les images tournées par la RTD, lors du dernier Conseil du 1er avril, montre des élèves studieux et appliqués. Chacun a son stylo et son cahier et prend note avec application des paroles “sacrées” et parfois farfelues du Chef qui perd les pédales ces derniers temps (Lecteur)

Les bons élèves de la petite classe du nouvel instituteur de la République, Ismaël Guelleh, obligés de “déguster” attentivement ses leçons hallucinantes !

Premier avril ! Pourtant ce n’est pas un “poisson”. L’instituteur général de la République a réuni la petite classe préparatoire.

Jour de rentrée oblige, tous les élèves et en particulier les petits nouveaux étaient attentifs et studieux.

Premier test : la dictée traditionnelle à l’ancienne !

Le Chef n’a pas de pétrole, mais il a des idées bien personnelles sur les méthodes pédagogiques à employer en zone d’éducation prioritaire !

Ensuite, un sujet de recherche, sur un thème imaginé par Guelleh, qui a constitué des petits groupes d’investigation.

Imaginez que des armes aient disparu dans un camp militaire bien gardé.

Que faites-vous – classer les actions par ordre ?

a) vérifier si des armes n’auraient pas disparu dans d’autres unités,

b) identifier les coupables,

c) déterminer la destination et les nouveaux lieux d’entreposage,

d) incarcérer des lampistes,

e) faire condamner le haut responsable qui dérange en ce moment.

f) chercher à qui ça rapporte au final(* examiner attentivemnt la photo cerclée de rouge, elle pourrait vous mettre éventuellement sur la voie, mais il faut savoir qui pourrait se cacher derrière … et que l’intéressé tente de nous désigner avec son pouce gauche).

04/04/08 (B441-B) Arhiba : des incendies à répétition qui détruisent de nombreuses habitations. Bilan du dernier incendie : 30 maisons. Mais rassurez-vous, ce n’est pas perdu pour tout le monde ! Le couple présidentiel et leur associé préféré Abdourahman Borreh n’ont aucune raison de s’en attrister. Bien au contraire ??? (Info lecteur)

Chaque maison qui brûle à Arhiba, c’est une nouvelle parcelle de terrain qui devient immédiatement disponible pour l’extension de projets immobiliers rentables. On pourrait mettre la faute sur le dos de la sécheresse ou pire de la maladresse maladive des habitants ??

Autrefois, les maisons ne brûlaient pas et il fallait expulser les honnêtes citoyens, sans indemnité, car l’Etat est pauvre. Cette pratique scandaleuse ayant été contestée par de nombreuses organisations, dont la nôtre, il était urgent de trouver un moyen incontestable.

Le couple présidentiel et leur associé préféré Abdourahman Borreh pourraient avoir enfin trouvé la solution. Imaginez ce qui se passerait si un maladroit jettait un mégot au milieu d’un groupe de maison. Imaginez aussi que les pompiers, occupés ce jour-là par d’autres missions, arrivent quelques heures après. Pour faire bonne mesure, on pourrait ajouter que la zone est désormais inadaptée pour la reconstruction des cases .. Aussîtôt le terrain serait libéré sans contestations populaires. C’est simple, il aurait été suffisant d’y penser !

Etonnant, car cette méthode était pratiquée autrefois dans le sud de la France et en Corse … ? De là à prétendre qu’il y ait eu un transfert de savoir-faire, il y aurait un fossé à franchir …

________________________________________ ADI

03/04/2008 – Un incendie détruit une trentaine d’habitations à la Cité Arhiba

Un incendie qui s’est déclaré tôt ce matin dans le quartier populaire d’Arhiba a ravagé une trentaine de maisons. On ne déplore fort heureusement aucune victime.

Le feu dont l’origine n’a pas été élucidée jusqu’à présent, s’est propagé dans une rangée de maisons en planches semant dans un premier temps un mouvement de panique au sein de la population.

Les sapeurs pompiers de la Protection civile, alertés par les riverains ont pu maîtriser le sinistre quelques heures après.

Le maire de Djibouti-ville, M. Ismaël Ali Yabeh, s’est rendu sur les lieux du drame où il a pu constater lui-même l’ampleur de l’incendie. Le responsable a déclaré que cette situation ne pouvait plus perdurer.

« Désormais, a t-il dit, on ne construira plus de maisons dans cette zone trop étroite exposée aux risques d’incendie”.

Rappelons que ce même quartier d’Arhiba a connu, il y a 3 mois environ de cela, un incendie similaire.

03/04/08 (B441-B) Le Figaro avec AFP / Somalie: 4 morts dans une attaque

Au moins quatre personnes ont été tuées aujourd’hui en Somalie lors d’une attaque d’insurgés islamistes visant le gouverneur de la région de Bay (sud de la Somalie).

Elle s’est produite à l’aube dans la localité de Qasahdere (350 km au nord-ouest de Mogadiscio).

Mogadiscio est le théâtre d’attaques constantes depuis la débâcle, en décembre 2006-janvier 2007, des islamistes qui ont perdu les régions sous leur contrôle dans le sud et le centre du pays, après une offensive des forces éthiopiennes venues soutenir le gouvernement somalien.

03/04/08 (B441-B) Le Pays (Ouagadougou) Djibouti : Affaire Borrel – le mystère s’éclaircit. (Info lectrice)

Mahorou Kanazoe

La justice française a posé un acte révolutionnaire dans les annales des relations entre la France et Djibouti.

En condamnant deux dignitaires du régime djiboutien pour "subornation de témoins" dans l’affaire Borrel, elle met fin à une longue période d’incertitudes sur sa capacité à s’émanciper des enjeux politiques. Depuis 1995 que le juge Bernard Borrel a été retrouvé mort à Djibouti, la procédure judiciaire piétinait, à cause des interférences politiques.

Le président Jacques Chirac semblait avoir opté pour la préservation des intérêts géostratégiques de Paris, au détriment de la vérité sur la mort de son compatriote. Car la France dispose à Djibouti de sa plus grande base militaire à l’étranger. Et comme le président de ce pays, Ismael Omar Guelleh, est suspecté d’être le commanditaire de l’assassinat du "juge fouineur", on comprend que Chirac, au nom des intérêts mutuels entre les deux pays, n’ait rien fait pour permettre à la justice d’avancer.

Moins d’un an après l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, l’affaire est presque pliée, avec la condamnation par contumace de deux proches de Guellley, assortie de mandats internationaux d’arrêts. Au moins dans ce dossier, la rupture sarkozienne apparaît de façon nette et fait espérer également une accélaration de la procédure conernant l’autre affaire embarrassante pour la France, la disparition de Guy-André Kieffer, le journaliste franco-canadien, en Côte d’Ivoire.

Là aussi, le mode opératoire pour éliminer un témoin gênant est le même qu’à Djibouti et met en cause les plus hautes autorités de l’Etat. Dans ces deux dossiers devenus affaires d’Etat, l’indépendance de la justice a souvent été mise à mal. Pour une démocratie comme la France, le choix doit cependant être clair entre protéger des dirigeants assassins au nom d’intérêts bilatéraux, et veiller à l’application stricte du droit.

Pour le cas du juge Borrel, Sarkozy semble avoir opté de sécher les larmes de la veuve pour qui seule la lumière sur la mort de son mari compte, au-delà de tous les calculs politiques.

03/04/08 (B441-B) Libération : «Les Somaliens ont l’impression de payer pour la lutte antiterroriste» (Info lectrice)

Questions à Jean-Hervé Bradol. , président de Médecins sans frontières.
Recueilli par CHRISTOPHE AYAD

En Somalie, des combats quasi quotidiens opposent le gouvernement, soutenu par l’armée éthiopienne, à une guérilla d’obédience islamiste. La situation sécuritaire et humanitaire ne cesse de se dégrader. Deux étrangers, un Kényan et un Britannique employés d’une société sous contrat avec l’ONU, ont été enlevés lundi par des hommes armés. Jean-Hervé Bradol, de Médecins sans frontières, revient d’une mission d’évaluation à Mogadiscio.

Un responsable de l’ONU a déclaré récemment que la situation en Somalie était pire qu’au Darfour. Partagez-vous ce constat?

Je ne veux pas faire une hiérarchie dans le malheur. On ne peut pas parler de grands massacres comme il y en a eu au Darfour en 2003-2004. Mais il y a chaque jour, à Mogadiscio, des attaques d’insurgés et, en retour, une répression assez peu discriminée, qui prend la forme de bombardements des quartiers où se cache la rébellion.

Au niveau des infrastructures de santé, la situation est catastrophique.

Par rapport au début de l’année 2007 [lorsque le gouvernement fédéral de transition a pris le contrôle de la capitale avec l’aide de l’armée éthiopienne, chassant les tribunaux islamiques, ndlr], deux tiers des lits d’hôpitaux ont disparu. La seule maternité de la ville a fermé.

Les structures privées, comme les hôpitaux Arafat ou Al-Hayat, ont été pillées et bombardées par les forces gouvernementales et éthiopiennes pendant les combats d’avril 2007.

A l’hôpital Medina, dans le sud de la ville, il y a des problèmes d’acceptation des patients en fonction de leur origine clanique. Enfin, il y a le problème des centaines de milliers de déplacés à cause des combats. Ces gens vivent pour la plupart en plein air, sur la route de Merka. Ils sont totalement sous-assistés : le Programme alimentaire mondial (PAM) et Care distribuent un peu de nourriture, ils ont reçu quelques bâches en plastique, l’eau coûte cher. Il n’y a ni latrines ni vaccination. Chaque distribution donne lieu à des violences, voire à des incidents armés.

Est-on à la veille d’une catastrophe humanitaire du type de celle de 1991-92

Nos enquêtes ont relevé des taux de malnutrition aiguë de 20 % chez les enfants, ce qui signifie que la moitié d’une classe d’âge est touchée par la malnutrition.

Aujourd’hui, il y a un risque sérieux d’épidémie de rougeole chez les enfants dénutris. Les diarrhées infantiles sont fréquentes. Il y a des cas de choléra à Mogadiscio et maintenant en province aussi. Depuis l’incendie du marché central de Bakara, et à cause de la coupure des voies de ravitaillement, les prix de la nourriture ont explosé. Les gens sont sur la corde raide. On est dans une situation pré-1992.

Quelles sont les conditions de sécurité pour les travailleurs humanitaires ?

Nous avons tous de gros problèmes de sécurité. Tous les déplacements sont dangereux. Après l’assassinat de trois employés de Médecins sans frontières [un Somalien, un Kenyan et un Français] à Kismayo, fin janvier, nous avons retiré tout notre personnel expatrié.

Il commence à revenir mais pas à Kismayo, tant qu’on n’aura pas élucidé ce qui s’est passé. Quant à l’aide alimentaire du PAM, elle arrive au port de Mogadiscio mais la distribution est sous-traitée à des groupes locaux, sans vrai contrôle possible.

Peut-on parler d’une situation à l’irakienne pour l’Ethiopie enlisée dans l’occupation de la Somalie ?

Il n’y a pas d’attentat très sanglant visant les civils, comme en Irak ou en Afghanistan. Mais les Somaliens ont vraiment l’impression de faire les frais d’une politique de deux poids deux mesures, au nom de la lutte contre le terrorisme.

L’occupation éthiopienne semble ne poser aucun problème à la communauté internationale, tout comme la fermeture des frontières, ce qui revient à nier aux Somaliens le droit de chercher refuge à l’étranger. Les rapports faisant état d’exactions du gouvernement sont mis au placard.

Même l’envoyé spécial de l’ONU Ould Abdallah trouve que cette situation est un scandale, mais personne ne l’écoute. Quant à la guérilla, même si elle s’abrite derrière la population, qui est la première à souffrir des représailles des milices gouvernementales et de l’armée éthiopienne, elle est de plus en plus populaire car elle met en avant son caractère nationaliste plutôt qu’islamiste.