26/08/2013 (Brève 169) ALERTE ROUGE – Revue de presse (FRANCE 24) Affaire Borrel : un témoin clé interpellé au Yémen est menacé d’extradition

L’affaire Borrel, du nom du juge français retrouvé mort en 1995 à Djibouti, pourrait connaître un nouveau rebondissement. Un témoin, qui avait mis en cause ll’actuel président djiboutien, a été interpellé au Yémen et pourrait être extradé.

Par Steven JAMBOT

Faut-il craindre de nouvelles tensions entre Paris et Djibouti ? Mohamed Saleh Alhoumekani, témoin clé de l’affaire Borrel, a été arrêté à Sanaa, au Yémen, où il se trouvait pour visiter des membres de famille. En 1999, cet ancien membre de la garde présidentielle, qui possède la double nationalité belgo-yéménite, avait mis en cause l’actuel président djiboutien Ismaël Omar Guelleh et son entourage dans la mort du magistrat français en 1995 à Djibouti.

Bernard Borrel, détaché à Djibouti en tant que conseiller technique du ministre djiboutien de la Justice, avait été retrouvé mort le 19 octobre 1995, le corps en partie carbonisé, en contrebas d’un ravin, à 80 kilomètres de la capitale. Les enquêteurs djiboutiens et français avaient privilégié dans un premier temps la thèse du suicide. Mais, en se basant sur de nouvelles expertises et témoignages, l’enquête française menée à Paris par la juge Sophie Clément privilégie désormais la thèse d’un assassinat.

Déjà condamné par contumace à Djibouti

Mohamed Saleh Alhoumekani, un de ceux qui ont évoqué cette thèse, a « été arrêté samedi à la demande des autorités djiboutiennes », croit savoir l’Association pour le respect des droits de l’homme à Djibouti (ARDHD). Dimanche, un haut responsable djiboutien « serait arrivé par vol spécial à Sanaa pour réclamer son extradition vers Djibouti », ajoute l’ARDHD. En 2004, l’homme a été condamné par contumace à un an de prison ferme et 1 million de francs djiboutiens d’amende (4 200 euros) pour dénonciation calomnieuse.

Officier dans la garde républicaine, Mohamed Saleh Alhoumekani avait mis en cause en 1999 auprès des autorités judiciaires françaises l’actuel président djiboutien et son entourage. Il avait affirmé avoir entendu, le jour de la mort de Bernard Borrel, cinq hommes déclarer à Ismaël Omar Guelleh, alors directeur de cabinet de son prédécesseur, que le  »juge fouineur est mort » et qu’ »il n’y a pas de trace ». Le magistrat Borrel enquêtait, notamment, sur l’attentat du Café de Paris (en 1990), un lieu de rendez-vous de nombreux Français à Djibouti, qui avait fait un mort et 11 blessés.

La crainte d’une extradition vers Djibouti

Le ministère belge des Affaires étrangères n’avait pas encore confirmé lundi l’identité du ressortissant arrêté. Il a indiqué avoir été « informé » de l’arrestation d’un Belgo-yéménite « par des membres de la famille » et a promis de lui apporter « une aide consulaire habituelle ». Lorsque sa famille avait été bannie de Djibouti et expulsée vers le Yémen, Mohamed Saleh Alhoumekani avait sollicité l’asile en Belgique où il est depuis domicilié et dont il a obtenu la nationalité.

« Nous n’avons pas beaucoup d’informations sur son interpellation », a indiqué Luc Cambier, avocat de Mohamed Saleh Alhoumekani. « Nous craignons qu’il ne soit prochainement extradé vers Djibouti, et donc pour sa sécurité. (…) Nous avons alerté les autorités belges afin que la sécurité de monsieur Alhoumekani puisse être assurée », a-t-il indiqué. Dimanche, des informations relayées par l’agence de presse Belga indiquaient qu’un cousin de l’opposant avait pu lui rendre visite dans un local de la brigade criminelle à Sanaa. Il l’avait trouvé « en slip et présentant des hématomes ».