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03/01/07 (B376) AFP Somalie: le gouvernement assure contrôler tous les ex-territoires islamistes

Par
Mustafa HAJI ABDINUR


MOGADISCIO (AFP) – Le gouvernement somalien a affirmé mardi avoir repris
le contrôle de toutes les régions tenues par les islamistes depuis
des mois, mais aucun milicien n’a rendu ses armes malgré l’appel pressant
des autorités à un désarmement volontaire dans Mogadiscio.

Pour sa
part, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi a affirmé que
l’armée éthiopienne, qui a défait les islamistes, "pourrait"
se retirer "dans deux semaines" de Somalie.

Mais
mardi deux soldats éthiopiens ont été tués et
un de leurs officiers blessé par un combattant islamiste somalien,
qui a été ensuite tué, dans une attaque dans la ville
de Jilib, située à 100 km au nord de Kismayo (sud), selon un
chef local et des habitants.

Les forces
éthiopiennes, engagées dans la poursuite des miliciens islamistes
chassés de leurs derniers bastions, ont tiré par erreur plusieurs
missiles mardi sur un poste-frontière kényan.

Quatre
hélicoptères éthiopiens qui visaient la ville somalienne
de Dhobley, à environ trois kilomètres de la frontière
kényane, ont raté leur cible et tiré au cours de deux
passages six missiles sur le poste-frontière de Har Har, a indiqué
à l’AFP un haut responsable policier kényan sous couvert de
l’anonymat.

"Nous
avons envoyé nos avions de chasse sur place", a-t-il ajouté,
sans préciser si ces bombardements avaient fait des victimes.

M. Zenawi
a en outre demandé instamment au gouvernement somalien "d’empêcher
le retour au pouvoir des chefs de guerre", après la défaite
des tribunaux islamiques.

Les chefs
de guerre ont régenté la capitale somalienne du début
de la guerre civile en 1991, jusqu’à leur défaite à Mogadiscio
face aux milices islamistes en juin-juillet 2006. Ces dernières ont
été défaites par l’armée éthiopienne et
les forces somaliennes en douze jours de combats meurtriers, qui ont débuté
le 20 décembre.

Le
gouvernement somalien a ainsi affirmé mardi contrôler "le
sud et le centre de la Somalie", à savoir toutes les régions
tenues depuis des mois par les islamistes.

Ce qu’a
confirmé le président somalien Abdulahi Yusuf Ahmed à
son homologue kényan Mwai Kibaki, qui l’a reçu dans l’après-midi
dans sa résidence de Mombasa, sur la côte de l’océan Indien.
M. Kibaki a appelé "toutes les parties somaliennes à reprendre
le dialogue".

Signe
d’apaisement, le trafic aérien pour "tous types d’appareils, commerciaux
et humanitaires" sera de nouveau autorisé à partir de mercredi
à l’aéroport de Mogadiscio, a annoncé le gouvernement
qui avait fermé toutes les frontières du pays le 25 décembre.

Mais
dans la capitale, le désarmement, qui devait commencer mardi sur une
base volontaire, n’a pas débuté: aucun milicien ne s’est présenté
pour rendre ses armes dans les deux centres mis en place par le gouvernement.

Seuls
des soldats éthiopiens étaient présents avec des chars
d’assaut dans le premier centre, situé dans la Villa Baïdoa, dans
le sud de la ville. Quant au deuxième centre situé dans l’ancien
port, dans le nord, il était occupé par des enfants jouant au
football.

Le Premier
ministre Ali Mohamed Gedi a donné trois jours aux miliciens pour désarmer
volontairement, de mardi à jeudi. Passé ce délai, il
a menacé de "faire usage de la force".

De nombreux
habitants de Mogadiscio sont très réticents à rendre
leurs armes. Le gouvernement n’a pas prévu de compensation financière
pour les personnes qui accepteraient de rendre leurs armes, mais a promis
de les intégrer dans les forces de sécurité et de leur
donner des formations professionnelles si ils le souhaitent.

Le Premier
ministre somalien a par ailleurs affirmé mardi que onze combattants
islamistes, parmi lesquels des Erythréens, avaient été
arrêtés par les autorités kényanes alors qu’ils
tentaient d’entrer au Kenya.

Le
Kenya a confirmé détenir huit hommes – dont des Erythréens
– soupçonnés d’avoir combattu aux côtés des islamistes
en Somalie. Ils ont été arrêtés à la frontière
entre la Somalie et le Kenya, à Liboi (550 km au nord-est de Nairobi).

Les combattants
islamistes ont fui en direction du Kenya, et se cacheraient dans une forêt
au niveau de Ras Kamboni, à la frontière entre les deux pays.

Enfin,
environ 4.000 Somaliens, qui ont fui les combats, sont bloqués à
Dhobley, à la frontière avec le Kenya qui refuse de les laisser
entrer pour des raisons de sécurité.

03/01/07 (B376) EURONEWS : Somalie : un lent processus vers la stabilité. La diplomatie internationale se déploie …

Le
président somalien Abdullahi Yusuf a reçu le soutien de son
homologue kényan : le Kénya a promis de fermer sa frontière
Nord-Est afin d’empêcher la fuite d’islamistes

Alors
qu’au large des côtes, des bâtiments de la Vè Flotte américaine
patrouillent dans ce même but de prévenir l’exil des rebelles.
Ainsi, une protection internationale se met progressivement en place. Ce mercredi,
la présidence allemande de l’Union européenne organise une réunion
à Bruxelles pour préciser la contribution européenne
au processus devant conduire à la paix.

Un processus
"très fragile", estime une experte britannique, pour qui
"Le risque est grand que les seigneurs de la guerre reprennent le contrôle
de Mogadiscio." Autrement dit et paradoxalement, que la capitale connaisse
de nouveau le trouble après avoir été en quelque sorte
pacifié de force par les islamistes…

Mission
de maintien de la paix sous l’égide de l’Union africaine ou bien sous
celle des Nations unies ?

La diplomatie
internationale se déploie pour tenter de stabiliser la Somalie.

<

03/01/07 (B376) La traque des Islamistes « introuvables ». Le Kenya ferme ses frontières. Les navires US patrouillent au large de la Somalie. (3 dépêches)

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1 – AFP

Somalie:
le Kenya ferme sa frontière pour bloquer les islamistes traqués

Par Mustafa HAJI ABDINUR

MOGADISCIO
(AFP) – Le Kenya a fermé mercredi sa frontière avec la Somalie
pour empêcher l’entrée de miliciens islamistes traqués
par l’armée éthiopienne dans l’extrême sud et a refoulé
700 réfugiés somaliens.

« La
frontière avec la Somalie est fermée », a indiqué
à la presse à Nairobi le ministre kényan des Affaires
étrangères, Raphael Tuju.

Le gouvernement
somalien de transition – dont les forces alliées à l’armée
éthiopienne ont défait le 1er janvier les islamistes dans leur
dernier bastion de Kismayo (sud, 180 km au nord de la frontière kényane)
– avait demandé mardi au Kenya de fermer sa frontière pour bloquer
les islamistes en fuite.

Les forces
éthiopiennes et somaliennes ont elles poursuivi mercredi leur traque
des islamistes près de la frontière avec le Kenya.

Mais
les chefs des tribunaux islamiques somaliens restaient introuvables, a indiqué
le gouvernement somalien.

« Nous
n’en avons attrapé aucun (…) Mais nous les poursuivons toujours »,
a déclaré à l’AFP le ministre de l’Information, Ali Jama,
joint par téléphone à Baïdoa (250 km au nord-ouest
de Mogadiscio), siège du gouvernement.

Les Etats-Unis
ont de leur côté déployé des forces navales au
large des côtes somaliennes pour tenter d’empêcher la fuite des
islamistes, a indiqué mercredi le porte-parole du département
d’Etat, Sean McCormack.

« Nous
craignons que des dirigeants des tribunaux islamiques liés à
des organisations terroristes, y compris al-Qaïda, ne puisse s’enfuir
et quitter la Somalie », a déclaré le porte-parole.

Le porte-parole
du gouvernement somalien, Abdirahman Dinari, a rappelé que l’amnistie
proposée aux combattants qui déposeront les armes ne s’appliquait
pas aux dirigeants islamistes soupçonnés d’avoir des liens avec
Al-Qaïda.

Le Kenya,
qui accueille actuellement 160.OOO somaliens dans des camps, a refoulé
quelque 700 réfugiés somaliens qui tentaient de trouver asile
pour fuir les combats.

La police
kényane a notamment renvoyé en Somalie 400 réfugiés
à partir du poste de Liboi, situé à 550 km à l’est
de Nairobi. « On n’autorisera personne à entrer », a indiqué
à l’AFP sous couvert d’anonymat un haut responsable de la police.

Selon
le Bureau de coordination pour les affaires humanitaires de l’ONU (OCHA),
environ 4.000 autres Somaliens sont coincés de l’autre côté
de Liboi, attendant de pouvoir passer au Kenya.

Sur la
côte de l’océan Indien, dans le district de Lamu, le Kenya a
aussi renvoyé 200 réfugiés somaliens qui étaient
passés dans quatre boutres par Ras Kambioni et cent autres arrivés
par la route.

« Nous
n’avons plus de réfugiés somaliens du côté kényan
mais nous poursuivons notre surveillance maritime et terrestre », a précisé
le commissaire de district, Dennis Omosa.

Le Kenya
a renforcé ses patrouilles sur la frontière, depuis la fuite
vers son territoire des islamistes, traqués côté somalien
par l’armée éthiopienne qui utilise des moyens aériens.

Les forces
éthiopiennes, engagées dans la poursuite des miliciens, ont
d’ailleurs tiré par erreur mardi sur un poste-frontière kényan
sans faire de victimes.

L’ambassade
américaine à Nairobi a appelé ses ressortissants au Kenya
à la plus grande prudence en raison « de représailles possibles
d’organisations terroristes », après la débâcle des
islamistes.

La situation
était calme mercredi dans Mogadiscio. Mais le désarmement volontaire
organisé par le gouvernement et prévu sur trois jours n’a pratiquement
pas démarré.

Seuls
18 fusils ont été remis dans le nord de la ville par le clan
des Abgal, auquel appartient le Premier ministre Ali Mohamed Gedi.

L’armée
éthiopienne qui soutient les forces gouvernementales somaliennes a
brisé en l’espace de 12 jours les forces des tribunaux islamiques,
d’abord à Baïdoa, puis à Mogadiscio, enfin à Kismayo.

—————————–
2 – Reuters

Washington
confirme la présence de navires US face à la Somalie

WASHINGTON
(Reuters) – Des forces navales américaines sont déployées
au large de la Somalie pour empêcher que des dirigeants islamistes liés
à Al Qaïda et d’autres extrémistes ne fuient le pays, confirme
un porte-parole du département d’Etat.

« Naturellement,
nous disposons d’une présence au large des côtes de Somalie et
de la Corne de l’Afrique, pour nous assurer qu’il n’y ait aucune échappatoire
par la mer à ces individus », a déclaré le porte-parole,
Sean McCormack.

« Nous
faisons en sorte qu’aucun dirigeant des Tribunaux islamiques (somaliens) ayant
des liens avec des organisations terroristes comme Al Qaïda ne puisse
fuir la Somalie », a-t-il dit.

Les islamistes,
qui ont abandonné lundi leur dernier bastion après deux semaines
de guerre éclair contre les troupes gouvernementales fédérales
somaliennes soutenues par l’armée éthiopienne, ont juré
de poursuivre la lutte, après s’être égaillés dans
les collines situées entre la ville portuaire de Kismayo, dans le sud
de la Somalie, et la frontière kenyane.

McCormack
n’a pas donné les noms de dirigeants, mais les autorités américaines
avaient affirmé avant la guerre que les hauts dirigeants de l’Union
des tribunaux islamiques (UTI) étaient sous la coupe d’une cellule
d’Al Qaïda. Le chef de l’UTI, le cheikh Hassan Dahir Aweys, figure sur
les listes d’extrémistes dressées par les Nations unies et par
les Etats-Unis.

Durant
les six mois où l’UTI a contrôlé Mogadiscio, les Etats-Unis
ont tenté en vain de persuader les islamistes de leur livrer trois
suspects recherchés pour leur rôle dans les attentats contre
les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie durant l’été
1998. Selon Washington, ces suspects-là se trouvent en Somalie.

——————– 3
AFP

Somalie:
la traque des islamistes se poursuit dans le sud du pays
Par
Mustafa HAJI ABDINUR

MOGADISCIO
(AFP) – Les forces éthiopiennes et somaliennes ont poursuivi mercredi
leur traque des islamistes dans l’extrême-sud de la Somalie, près
de la frontière avec le Kenya d’où 600 réfugiés
ont été refoulés par les autorités de Nairobi.

Mais les
chefs des tribunaux islamiques somaliens, qui, depuis la perte de leur dernier
bastion de Kismayo, sont en déroute, restaient introuvables mercredi,
a indiqué le gouvernement somalien.

"Nous
n’en avons attrapé aucun (…) Mais nous les poursuivons toujours",
a déclaré à l’AFP le ministre de l’Information, Ali Jama,
joint par téléphone à Baïdoa (250 km au nord-ouest
de Mogadiscio), siège du gouvernement.

Aucune
amnistie n’est prévue pour les chefs islamistes.

Le porte-parole
du gouvernement, Abdirahman Dinari, a rappelé que l’amnistie proposée
aux combattants qui déposeront les armes ne s’appliquait pas aux dirigeants
islamistes soupçonnés d’avoir des liens avec le réseau
terroriste Al-Qaïda.

"Nous
n’offrirons pas l’amnistie aux dirigeants islamistes (…) Ils sont accusés
de terrorisme et c’est un crime international", a ajouté M. Dinari.

Les islamistes
ont fui lundi la ville portuaire de Kismayo (sud) et se trouveraient actuellement,
selon Ali Jama, dans l’extrême sud du pays, dans une forêt très
dense à la frontière avec le Kenya, près de Ras Kambioni,
sur l’océan Indien.

Signe
d’un regain de tension à la frontière, le Kenya a refoulé
quelque 600 réfugiés somaliens qui tentaient de trouver asile
pour fuir les combats.

C’est
la première fois que le Kenya, qui accueille actuellement 160.OOO somaliens
dans des camps dans le nord-est du pays, refoule des réfugiés
dans le pays voisin depuis le début de la guerre civile somalienne
en 1991.

La police
kényane a renvoyé 400 réfugiés à partir
du poste-frontière de Liboi, situé à 550 km à
l’est de Nairobi. "Nous les avons renvoyés en Somalie. On n’autorisera
personne à entrer", a indiqué à l’AFP sous couvert
d’anonymat un haut responsable de la police.

Selon
le Bureau de coordination pour les affaires humanitaires de l’ONU (OCHA),
environ 4.000 autres Somaliens sont coincés de l’autre côté
de Liboi, attendant de pouvoir passer au Kenya.

Sur la
côte de l’océan Indien, dans le district de Lamu, le Kenya a
aussi renvoyé 200 réfugiés somaliens qui étaient
passés dans quatre boutres par Ras Kambioni.

"Nous
n’avons plus de réfugiés somaliens du côté kényan
mais nous poursuivons notre surveillance maritime et terrestre", a précisé
le commissaire de district de Lamu, Dennis Omosa, ajoutant qu’il n’y avait
pas de mouvements mercredi sur la frontière.

Le Kenya
a renforcé ses patrouilles sur la frontière, depuis la fuite
vers son territoire des islamistes, traqués côté somalien
par l’armée éthiopienne qui utilise des moyens aériens.

Les forces
éthiopiennes, engagées dans la poursuite des miliciens, ont
d’ailleurs tiré par erreur mardi sur un poste-frontière kényan
sans faire de victimes.

La situation
était calme mercredi dans Mogadiscio. Mais le désarmement volontaire
organisé par le gouvernement et prévu sur trois jours n’avait
cependant pas commencé.

En fait,
plutôt que de donner leurs fusils au gouvernement sans compensation
financière dans les deux centres de collecte ouverts mardi, les miliciens
et habitants se pressaient pour vendre leurs fusils d’assaut au grand marché
aux armes, Bakara, dans le sud de la ville.

"Beaucoup
de miliciens viennent vendre leurs armes au marché pour s’en débarrasser
à cause de l’ultimatum du gouvernement pour les désarmer",
a expliqué à l’AFP dans son échoppe, Gure Mohamed Gedi,
marchand d’armes depuis une dizaine d’années.

L’armée
éthiopienne qui soutient les forces gouvernementales somaliennes a
brisé en l’espace de 12 jours les forces des tribunaux islamiques,
d’abord à Baïdoa, puis à Mogadiscio, enfin à Kismayo.

01/01/07 (B376) Journal l’Humanité / L’islamisme a fait son nid dans les années soixante-dix. (Info lectrice)

Bien avant
la chute de Siad Barre en 1991, le mouvement, alors embryonnaire, a commencé
sa percée avant de donner naissance aux Tribunaux islamiques.

L’Union
des tribunaux islamiques, mouvance se revendiquant du salafisme, qui a dominé
la Somalie entre juin et décembre 2006, est la résultante d’une
islamisation antérieure à la guerre civile ayant ravagé
ce pays en 1991, année qui a vu la chute du régime de Siad Barre.
C’est durant les années 1970, après l’adhésion
de la Somalie à la Ligue des États arabes, que se créent
les premiers noyaux islamistes. En guerre pour le contrôle de l’Ogaden,
avec une Éthiopie dirigée par le dictateur Menguistu Haïlé
Mariam alors soutenu militairement par l’URSS et Cuba, le régime
« socialiste » de Siad Barre se tourne vers les pays du Golfe.

Grâce
à ces derniers, par le biais d’organisations caritatives liées
à la Ligue islamique mondiale – connue pour avoir financé les
Afghans arabes durant la guerre d’Afghanistan -, l’idéologie
salafiste pénètre dans un pays où l’islam soufi
était dominant. Regroupés au sein d’Al-Itihad al-islamiya
(l’union islamiste), les islamistes s’assurent pacifiquement le
contrôle de la plupart des ports somaliens, avant que le chef de guerre
Mohamed Ayyidid ne les en chasse. Défaits, les islamistes plongent
dans la clandestinité et choisissent, par le biais de l’organisation
Al-Islah, de réislamiser la société somalienne.

Et pendant
que le pays est livré à l’anarchie et aux seigneurs de
guerre, Al-Islah travaille la société somalienne. Se dotant
d’une banque, Al Baraka, financée par les pays du Golfe, et avec
l’appui du Soudan de Hassan Tourabi, alors idéologue en chef
de la mouvance islamiste transnationale, les islamistes somaliens se donnent
les moyens de leur politique. Bien que les avoirs d’Al Baraka aient
été gelés par Washington après septembre 2001,
elle a eu le temps de financer l’activisme salafiste en Somalie et ailleurs
(1).

Car entre-temps,
notamment entre 1993 et 1995 (période où Washington est intervenu
militairement en Somalie, mais aussi période de grande famine), les
aides apportées par les ONG islamistes, financées par les pays
du Golfe via Al Baraka, ont permis une avancée notable des islamistes
jusque-là confinés à l’université de Mogadiscio.
Et c’est durant cette période que les islamistes mettent sur
pied les premiers groupes de combattants (dont une partie ont fait le coup
de feu en Afghanistan contre les Soviétiques) ainsi que les premiers
tribunaux islamiques.

En accord
avec certains chefs de guerre somaliens et sous l’égide d’Al-Islah,
les tribunaux islamiques ont ainsi vu le jour en 1994 dans le sud de Mogadiscio
et l’arrière-pays somalien. À l’origine, ils étaient
dominés par des religieux conservateurs avant d’être pris
en main par les salafistes. Ces derniers, soutenus par les commerçants
de la capitale en butte au racket des seigneurs de guerre, s’apercevant
que sans police leur autorité ne pouvait s’exercer, ont mis sur
pied les premières milices armées, avant de tisser leur toile
et d’unifier leurs forces en les transformant en une redoutable armée,
l’Union des tribunaux islamiques, dirigée par un enseignant âgé
de quarante-six ans, Cheikh Ahmed Sharif.

(1)
Sur le financement des mouvements islamistes, lire la Nébuleuse islamiste
en France et en Algérie, de Hassane Zerrouky. Éditions Calmann-Lévy,
Paris 2002

H.
Z.

01/01/07 (B376) Journal l’Humanité / La Somalie menacée d’irakisation. (Info lectrice)

Mogadiscio
. La capitale est tombée entre les mains des « loyalistes »,
soutenus par l’Éthiopie. Les islamistes n’ont pas dit leur
dernier mot. Le syndrome irakien plane sur le pays.

Le
« repli tactique »

annoncé
en grande pompe par le chef de l’exécutif du conseil suprême
des Tribunaux islamiques, Cheikh Sharif Ahmed, a tourné à la
déroute après une semaine de combats. Lors de sa dernière
apparition, mardi soir, sur la chaîne qatarienne, Al Djazira, il a annoncé
avoir donné l’ordre d’évacuer Mogadiscio, qui était
à portée de canons depuis mardi soir. En effet, les forces de
l’Union des tribunaux islamistes (UTI) se sont retirées jeudi
matin de la capitale, préférant sans doute éviter un
combat frontal avec les forces loyalistes soutenues par l’armée
éthiopienne. Celles-ci encerclent Mogadiscio sur au moins trois fronts
après s’être assurées du contrôle de Balat
et d’Afgoye, derniers verrous sur la route de la capitale.

«
AVEC DES FLEURS »

Dans la
capitale somalienne, des miliciens fidèles au gouvernement de transition
affirment avoir pris le contrôle de plusieurs bâtiments publics
ainsi que le port et l’aéroport. Autrement dit, Mogadiscio, déserté
par les islamistes, est pratiquement tombé sans combats. « Nos
forces contrôlent déjà de fait Mogadiscio, car nous avons
pris les deux points de contrôle des principales routes desservant la
ville.

D’ici
deux à trois heures, nous nous emparerons de toute la ville »,
déclarait tôt dans la matinée d’hier, Abderahman
Dinari, porte-parole du gouvernement de transition. Et de fait, en fin de
matinée les forces loyalistes ont pénétré sans
résistance dans une capitale qui aurait, selon des témoins cités
par les agences, accueilli leurs libérateurs « avec des fleurs
».

«
Les chefs de l’Union des tribunaux islamistes, les Érythréens
et les djihadistes internationaux sont en train de fuir (…), mais nous continuerons
à les pourchasser, c’est notre plan », a déclaré
triomphalement le premier ministre éthiopien, Méles Zinawi.

Il a appelé
le gouvernement de transition à collaborer avec les chefs des milices
présents dans la capitale afin d’éviter qu’elle
ne sombre dans le chaos. « Le gouvernement fédéral ne
devrait pas tolérer l’influence des chefs de guerre »,
a ajouté le premier ministre éthiopien. « Nous sommes
déjà dans Mogadiscio, dans plusieurs secteurs », a déclaré
à la presse Ali Mohamed Gedi, premier ministre du gouvernement fédéral
de transition somalien, peu avant de rencontrer des chefs coutumiers à
Afgoye, avant d’ajouter : « Je veux organiser la coordination
des forces (gouvernementales) avec les responsables (locaux) pour contrôler
Mogadiscio. »

Cette
guerre éclair ressemble à s’y méprendre à
celle des forces américaines contre l’armée de Saddam.
Car tout le problème est là : la déroute des islamistes
ne signifie nullement qu’ils ont définitivement abandonné
la partie (voir l’Humanité du mardi 26 décembre). À
l’instar de l’Irak, le pire est à redouter. En effet, le
plus difficile est de tenir une capitale où les islamistes ont tout
de même réussi à rétablir la sécurité
et mis fin, sur fond de charia, aux divisions claniques et, partant, à
la terreur – assassinats, racket… – qu’exerçaient les seigneurs
de guerre sur la population.

Et, sans
attendre, pillages et vols commis par des miliciens pro-gouvernementaux ont
repris. En plus du retour redouté des chefs de guerre, le risque d’une
résurgence des divisions claniques n’est pas à exclure,
notamment entre les clans Hawiyé (20 % de la population et base sociale
des islamistes), Haber Gidir et autres clans plus ou moins liés aux
seigneurs de guerre, et cela bien que la Somalie soit ethniquement homogène
(de souche chamito-sémitique à plus de 80 %).

Pour l’heure,
si l’UTI, défait par les troupes loyalistes appuyées par
l’armée éthiopienne et contraint d’abandonner avec
armes et bagages la capitale somalienne, semble accuser le coup, chacun sait
que la situation est extrêmement fragile et que les islamistes ne tarderont
pas à revenir vers le devant de la scène. Le plus dur est à
venir.

Hassane
Zerrouky

01/01/07 (B376) Le Temps (Suisse) / ECLAIRAGES : Apprendre à se défendre collectivement.

Auteur:
Beat Kappeler

La chute
de Mogadiscio inaugure bien la nouvelle année. Elle donne une des deux
réponses possibles à la question lancinante de savoir comment
un peuple peut se délester d’oppresseurs cyniques, en petit nombre.
Cette fois, c’était la force, et même la force venant de l’extérieur,
d’Ethiopie en l’occurrence. En Irak, l’oppresseur avait déchanté
aussi rapidement devant la force extérieure.

L’autre
réponse, celle du peuple lui-même, a été administrée
en Europe de l’Est il y a quinze ans, et ces manifestations pacifiques du
grand nombre contre le petit nombre des profiteurs de la dictature avaient
réussi tout comme la force brute. Le cri «nous sommes le peuple»
avait usé les nerfs des dirigeants.

C’est
pourquoi je pense que l’éducation de bons démocrates ne devrait
pas se limiter à l’instruction civique traditionnelle. On devrait apprendre
aux gens comment on peut se défendre collectivement contre l’oppression,
celle des putschistes éventuels, mais aussi contre celle des preneurs
d’otages, des bandits, des pirates d’avion.

L’idée
sommeille dans ma tête depuis ma lointaine école de recrues.
Le premier lieutenant, chef de la compagnie, la faisait remonter six, sept
fois dans le cantonnement pour des inanités, une brosse à dents
mal placée, des souliers sortant sous le matelas. La huitième
fois, à 23 heures du soir, toute la compagnie lui riait au visage,
spontanément, sans l’avoir prémédité. L’officier
instructeur, ayant été témoin de cette petite révolte
par le rire, renvoya le commandant le soir même – pour perte d’autorité.

De telles
réactions collectives pourraient dépasser l’élan spontané
si on les inculquait aux démocrates de tous les pays. Si toutes les
victimes présumées d’une prise d’otages s’asseyaient tout simplement,
s’ils fredonnaient tous et inlassablement sans ouvrir la bouche, s’ils s’en
allaient au même moment dans toutes les directions, un bandit ou un
preneur d’otages abandonnerait – peut-être.

Je suis
bien conscient que des types déterminés à utiliser la
force en feraient la preuve contre une, deux des victimes récalcitrantes,
et il faudrait des héros pour résister ensuite encore. Mais
certains preneurs d’otages ont tiré bien avant et la résistance
passive n’augmenterait pas le danger pour les particuliers. Et dans l’immense
majorité des cas, les menaces tomberaient sans coup férir.

La réponse
du premier type, par la force, reste souvent une alternative valable. Cette
année, à Zurich, on a recensé plusieurs cas de voleurs
arrêtés par des passants, quelquefois après des courses-poursuites
prolongées. Si l’instruction civique montrait comment asséner
des coups à un ravisseur ou à un bandit agissant seul, on résoudrait
bien des cas et, surtout, on découragerait dix autres cas.

Il est
évident que des cliques qui jugulent un pays entier présentent
un cas différent des individus ou des petits groupes de bandits ou
des ravisseurs agissant sur un plus grand nombre, mais limité quand
même. Mais la chute de Mogadiscio montre qu’un coup de pouce de l’extérieur
peut servir la bonne cause quelquefois. La nouvelle doctrine d’une intervention
extérieure bien ciblée, en rupture avec la souveraineté
nationale, ne devrait pas être noircie comme le font certains.

Cependant,
en Somalie comme en Irak, la société civile n’est pas reconstituée
pour autant. Là encore, des apprentissages restent à faire.

Je suis
bien conscient que ces propos sont encore peu élaborés, mais
dans un monde qui trop souvent succombe à la violence d’un petit nombre,
comme les Somaliens, comme les peuples de l’Est, comme les victimes de prises
d’otages, il faut apprendre à réagir sur-le-champ. Avec des
moyens policiers, avec des contrôles et des règlements de plus
en plus serrés, on risque d’étouffer la société
libre de manière préventive, un résultat plutôt
paradoxal!

C’est
là un des défis de la nouvelle année, de la nouvelle
ère dans laquelle nous sommes entrés.

©
Le Temps.
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01/01/07 (B376) Libération : Le gouvernement somalien retrouve Mogadiscio. Les pillages ont fait place à la liesse, mais aussi aux premières manifestations antiéthiopiennes. (Info lectrice)

Par
Christophe AYAD
Mogadiscio envoyé spécial

Finalement, les nouveaux maîtres de Mogadiscio
sont arrivés par le sud.

Vendredi
après-midi, un cortège d’une trentaine de véhicules du
gouvernement fédéral de transition (GFT), dont les troupes ont
défait les islamistes, avec l’aide déterminante de l’allié
éthiopien, a remonté l’avenue principale de la capitale somalienne,
pénétré dans l’aéroport, remonté la piste
gardée par des tanks éthiopiens, puis rejoint le port.

Le Premier
ministre, Ali Gedi, qui n’avait plus mis les pieds dans la capitale depuis
treize mois, savoure l’instant.

Son ministre
de l’Intérieur et vice-Premier ministre, Hussein Aïdid, costume
noir trop large à fines rayures, déclare : «C’est un jour
historique. Nous sommes de retour dans notre capitale. Nous en avons chassé
ceux qui ont opprimé la population pendant six mois. Ce pouvoir démoniaque
[les Tribunaux islamiques, ndlr] pillait nos ressources pour les mettre au
service du terrorisme.» Dans les années 90, son défunt
père, Mohamed Farah Aïdid, était un chef de guerre redouté
et la bête noire des Américains…

Ethiopiens
en retrait.

Le
cortège repart dans le vieux Mogadiscio réduit en ruines. Après
avoir passé l’ancienne ligne verte qui sépare le nord et le
sud de la capitale, les timides applaudissements virent à la liesse.
Les garçons dansent, les filles chantent, on brandit des palmes, des
fleurs. Ali Gedi est chez lui : son clan, les Abgal, contrôle le nord
de la ville.

Pour sa
première conférence de presse, le Premier ministre, entouré
de vieux généraux galonnés et de femmes bien mises, s’installe
dans une luxueuse villa. Il proclame : «Maintenant que les terroristes
sont partis, vous pouvez constater que la population réclame le gouvernement.
Le reste du gouvernement et le président Abdallah Yusuf viendront s’installer
dans la capitale quand elle aura été "nettoyée".
Notre première priorité est de désarmer les milices.»
Il espère que les gens rapporteront leur arme «volontairement».
Quant aux troupes éthiopiennes, «elles vont rester jusqu’à
ce que la sécurité soit assurée». Selon lui, un
millier d’extrémistes ont fui vers le sud du pays.

Les troupes
gouvernementales et l’armée éthiopienne étaient entrées
dans Mogadiscio dès jeudi soir. Vendredi matin, des dizaines de camions
Oural et de tanks T62 de l’armée éthiopienne étaient
garés le long de l’avenue Sei-Piano. A l’avant-garde, des pick-up remplis
de soldats du GFT : leurs uniformes vert olive et leurs kalachnikovs fatiguées
jurent avec les tenues «pépite de chocolat» et l’armement
fourni des Ethiopiens. Une foule curieuse et bienveillante est venue examiner
les vainqueurs.

Les hommes
se tiennent par le petit doigt, les femmes ont ressorti des tenues chatoyantes.
On rigole, on s’exclame lorsqu’on retrouve un proche. Le colonel Ibrahim Abdi
Adan, qui dirige une unité loyaliste, n’avait pas remis les pieds à
Mogadiscio depuis onze mois. Il n’a pas encore eu le temps de rendre visite
à sa femme et ses enfants. Les Ethiopiens, muets, se tiennent en retrait.
La foule les dévisage avec circonspection.

Mohamed
Hassan, un chauffeur routier, se réjouit : «C’est un grand jour.
La guerre est finie.» Il n’a rien contre les Ethiopiens, «tant
qu’ils ne se mêlent pas de notre religion». D’autres, minoritaires
pour l’instant, sont plus critiques. Fatouma Haji, une vendeuse de légumes
: «Seul Dieu nous donnera la paix. Tout ce que les Ethiopiens vont amener,
c’est le sida. Où sont passés nos hommes ?» Un badaud
l’interrompt : «Nos hommes ? Ils ont détruit le pays. Nous sommes
dans le coma. Nous avons besoin d’un gouvernement.»

Qat
et musique.

L’anarchie
et les pillages de la veille ont cédé la place à une
joie tranquille mais fragile. Le qat, interdit sous les islamistes, a déjà
réapparu sur les étals des marchés. Hassan, un garde
de sécurité, mâchonne avec ravissement sa demi-botte payée
au prix prohibitif de 12 dollars : «Je revis !» On entend à
nouveau de la musique chez les marchands de jus de fruit. D’anciens cadres
islamistes ont rasé leur barbe.

Les milices
de gangsters, qui avaient commencé à écumer la ville
jeudi, ont quasi disparu. Peu à peu, des détachements mixtes
somalo-éthiopiens investissent la ville. L’armée éthiopienne
a pris ses quartiers dans l’ancienne ambassade américaine. Abdulaye
Ahmed, un soldat somalien à la retraite, se souvient : «En 1992,
nous avions accueilli l’armée américaine avec des fleurs.

Dix mois
plus tard, 18 marines étaient tués en une seule journée
dans les ruelles de Mogadiscio.» Vendredi après-midi, devant
l’ancienne usine de spaghettis, un cortège conséquent de 2 500
manifestants a brûlé des pneus, jeté des pierres vers
les soldats éthiopiens aux cris d’ «infidèles dehors !».
Ces derniers n’ont pas répliqué.


Libération

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01/01/07 (B376) Libération : Les islamistes prêts à la guérilla.

«Nous
ne nous rendrons jamais aux Ethiopiens et au gouvernement de transition somalien»,
a affirmé à l’AFP cheikh Mohamed Ibrahim Bilal, un haut commandant
basé à Kismaayo (500 km au sud de Mogadiscio), le dernier bastion
des islamistes. Il a prédit des «opérations de guérilla»
sur tout le territoire somalien.

Deux avions
de combat éthiopiens ont survolé le port somalien de Kismaayo.
Selon un officier islamiste, ces survols ont été effectués
alors que le chef des islamistes, cheikh Hassan Dahir Aweys, arrivait dans
la ville portuaire. Par ailleurs, les Nations unies ont annoncé avoir
repris leurs vols humanitaires en Somalie, avec un avion envoyé à
Hargeisa, dans le Nord, après avoir reçu l’autorisation du gouvernement
somalien.

Libération