17/05/06 (B350-A) STRASBOURG – Les Américains reconnaissent que la CIA n’a pu enlever ou faire transiter en Europe des personnes soupçonnées de terrorisme sans l’accord au moins tacite des Etats, a affirmé à Strasbourg une commission du parlement européen. (Info lecteur)

“Toutes les personnes que nous avons rencontrées (aux Etats-Unis) ont suggéré ou confirmé que le programme de ‘restitutions extrajudiciaires’ en Europe ‘avait pu être mené qu’au su et avec le soutien des gouvernements”, a déclaré Carlos Coelho, président de la commission parlementaire sur les activités de la CIA.

“Des officiels du département d’Etat (le ministère américain des Affaires étrangères) nous ont dit, en termes plus diplomatiques, que les Etats-Unis n’avaient jamais violé la souveraineté des Etats membres de l’Union européenne”, a-t-il ajouté.

“D’autres ont admis plus directement l’implication de gouvernements européens”, a poursuivi le député qui rendait compte lors d’une conférence de presse de son récent déplacement aux Etats-Unis, du 8 au 12 mai, avec des membres de la commission parlementaire.

Selon Claudio Fava, son rapporteur, ces “restitutions extrajudiciaires” auraient concerné 30 à 50 personnes depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et le début de la guerre menée par les Américains contre le terrorisme.

“Nous avons également eu confirmation d’une source fiable au sein de la CIA que la séquestration d’Abou Omar à Milan (Italie) n’a pu avoir lieu sans que les services de renseign ent italiens l’aient su”, a-t-il ajouté.

La justice italienne enquête actuellement sur cette affaire. Elle concerne l’enlèvement de Hassan Moustafa Ossama Nasr, dit Abou Omar, réfugié égyptien enlevé en juin 2003 à Milan (Italie) par des hommes de la CIA et transféré en Egypte, via la base militaire américaine de Ramstein, en Allemagne.

Dick Marty, un parlementaire suisse qui enquête également sur les activités de la CIA au nom de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, avait déjà estimé en janvier que “les gouvernements européens ou du moins leurs services secrets” ne pouvaient avoir ignoré de telles opérations.

Le 12 avril, le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Terry Davis, indiquait de son côté qu’un des 46 Etats membres de l’organisation avait officiellement admis que des détenus avaient été illégalement remis à des services secrets étrangers sur son sol.

Les enquêtes menées conjointement par le Conseil de l’Europe et par l’Union européenne font suite aux révélations de la presse américaine et de plusieurs organisations non gouvernementales, en ovembre 2005, concernant l’utilisation par la CIA du territoire européen pour détenir ou transférer illégalement des prisonniers.