07/05/05 (B297) Djibouti, le temps des faux espoirs constitue la logique de développement choisie et incarnée par un régime autoritaire. (Lecteur)

Djibouti, le temps des faux espoirs constitue la logique de développement choisie et incarnée par un régime autoritaire avec pour conséquence la création d’une société a trois vitesses et l’accélération des écarts partiquement irréversibles entre les trois niveaux.

– D’un coté, une très petite élite intellectuelle et financière, fort bien (auto ?) protégée qui est l’aile marchande du pays et qui assure jusqu’à aujourd’hui sa prédominance.

– A l’autre bout de l’échelle sociale, une masse grandissante de sous-citoyens qui ne pèsent pas grand-chose dans l’économie du pays et encore moins dans la vie politique.

– Entre les deux, un flot de fonctionnaires, commerçants, ignorant tout ce qui dépasse leur petit univers, mais certains de leur bon droit et prêt à tout pour garder leurs privilèges et leurs petits avantages.

Le modèle de développement IOG prend ses sources dans la longue dépendance qui a laissé le pays sans autonomie réelle.

Il repose sur une logique précise, un interventionnisme permanent dans tous les secteurs, une pression considérable pour renforcer les monopoles (y compris et surtout après des privatisations en faveur des dirigeants), une intervention active et omniprésente de l’État qui génère surtout des blocages … qui mettent en évidence les limites du modèle et qui conduisent à des impasses. Des pans entiers des services régaliens de l’État sont exsangues : la Santé, l’Éducation, la Justice. L’exacerbation qui en résulte est la source de multiples conflits sociaux, qui ne font que croître.

Le modèle s’articule autour d’un certain nombre de certitudes et d’orientations.

1 – L’oligarchie au pouvoir affirme que la société djiboutienne n’a pas ni le niveau social, ni la maturité, ni le niveau culturel suffisants pour exercer pleinement et librement de véritables choix démocratiques. L’analphabétisme de la classe populaire (39% selon les sources gouvernementales), les dissensions claniques dans le pays, la fonction publique regroupée dans son ensemble à Djibouti ville sont autant d’arguments utilisés par elle, pour justifier le régime dictatorial et son omniprésence …

2 – La plupart des postes « clefs » sont attribués à une élite bureaucratique sur le seul critère de sa docilité, au mépris des compétences, de l’expérience et du niveau d’instruction. En échange, elle obtient des alliances. Le régime accorde sa confiance aux technocrates pour planifier, préparer et proposer.

Mais leur pouvoir est limité, car il s’arrête là !

Dès qu’il s’agit de prendre des décisions, seul IOG a le pouvoir de le faire. Tout passe entre ses mains : décisions, arbitrages, promotions, nominations, impôts et taxes, faveurs pour certains (les bons élèves), harcèlement contre les autres (les mauvais élèves) …

IOG dirige tout pour maintenir le nouveau système et pour éviter toute “dérive” à motivation libérale ..

Les hommes d’affaires obtiennent en échange de leur soumission et de leur contribution à l’enrichissement personnel des dirigeants (partage connu des bénéfices), la protection, l’assurance d’échapper à la Justice et au fisc, des concessions monopolistiques et s’il le faut l’anéantissement de la concurrence, par les moyens habituels : harcélement fiscal, annulation de marchés, pressions sur les clients, non-paiement des sommes dûes …

3 – Ce modèle ne peut survivre que s’il s’appuie sur des pratiques autoritaires, réduisant les droits civiques et politiques. Un important dispositif de « renseignements » et de « police » (écoutes, menaces, intimidation, meurtre dans certains cas) complète et soutient l’ensemble : toute opposition, tout refus de coopérer sont immédiatement considérés comme des crimes d’État et punis des pires sanctions (emprisonnement, saisie des biens et des outils de travail, torture dans certains cas, spoliation du domicile familial, coupure des prestations publiques : eau, électricité, téléphone) que la Justice « aux ordres », entérine sans aucun état d’âme, pour donner une apparence d’État de droit.

4 – Le financement extérieur prend le pas sur les investissements directs, limitant l’État au rôle d’associé minoritaire dans les décisions mais majoritaire pour supporter les pertes éventuelles.

La nécessaire « fuite en avant » impose d’initier des projets de plus en plus pharaoniques: Port de Doraleh, Cité Hodane.

A cela, deux raisons principales :

  • plus l’économie s’enfonce, plus la dette augmente, plus les projets doivent être importants … c’est ce que les banquiers appellent « faire de la cavalerie »,
  • le régime a besoin d’une vitrine grandiose pour disposer d’arguments propres impressionner le Djiboutien et à lui faire accepter les restrictions, la baisse continuelle de son pouvoir d’achat, la restriction de ses libertés, les spoliations, le chômage galopant et la détérioration des services de Santé et de Éducation,
  • privé de toute légitimité populaire, IOG doit essayer de susciter un semblant de légitimité charismatique en construisant des rêves, pour faire oublier tous les projets urgents de socialisation de la population.

Les grandes sociétés étrangères sont seules capables, à ses yeux, de rentabiliser des investissements hors de proportion. (Deux exemples : la concession des activités du port, dans des conditions particulièrement favorables et secrètes et celle de l’aéroport)

L’État assume tous les risques financiers, tandis que les Société de Dubaï (*) se limitent à encaisser les profits d’exploitation. L’état s’engageant à couvrir les déficits éventuels en fin de contrat.

Alors que plus de la moitié de la population vit au dessous du seuil de pauvreté, l’émergence des nouveaux riches se fait sous l’impulsion d’une forte consommation dans le secteur des biens durables et de la technologie, qui affichent un taux annuel d’accroissement de l’ordre de 10 %, c’est-à-dire le double de celui des produits de base.

Ce type de développement impose la concentration extrême des revenus, pour créer un marché « exclusif » de consommateurs nantis et pour assurer un maximum de profit. Le marché djiboutien « des produits de luxe », par exemple, est réservé à une centaine de familles, tandis que celui des biens durables devrait concerner une population de 650 000 habitants, qui en sont de plus en plus exclus.

La consommation des semi-privilégiés a été dopée par la multiplication des Crédits immobiliers « Cité Hodane » destinésà faciliter l’acquisition de logements. Ce qui est un avantage pour certains (une minorité), devient un lourd handicap pour les autres qui ne peuvent espérer y avoir accès.

D’où un développement sans espoir d’inversion même à terme, des inégalités lourdes : les écarts entre les riches et les pauvres deviennent un gouffre. La croissance est un trompe l’œil, pour masquer un accroissement général de la pauvreté. Elle stérilise une grande partie de la population qui est écartée désormais du circuit de consommation, rejetée dans les bidonvilles.

Cette “sous-classe” de citoyens, aux yeux du régime, a été multipliée par trois.

L’augmentation de population du centre ville est de 13%, alors que celle des bidonvilles est de 33%. N’oublions pas que 52% de la population vit dans des habitations précaires, avec des conditions de vie particulièrement difficiles et que le régime ne fait rien pour en sortir. Bien au contraire, les bidonvilles ont tendance à se banaliser : peut-on dire qu’ils sont intégrés à la ville de Djibouti, faisant partie, en quelque sorte, du paysage habituel ?

Ils fournissent une main d’œuvre bon marché. 62% de ses habitants sont au chômage ou font des petits boulots : travaux non déclarés, sous-payés, dégradants dans le petit commerce, le bâtiment ou comme gardiens, hommes de peine, femmes de ménage, employés de maison, etc., dans des conditions illégales et souvent même dégradantes, du fait de l’arrogance de certains employeurs, assurés de l’impunité.

Le pays connaît la faim, les aliments de base inaccessibles pour une majorité (source ONU). La sous-alimentation affecte selon le PNUD 32% de la population, avec ses graves conséquences : séquelles irréversibles durant la vie embryonnaire et les dix-huit premiers mois de l’enfance. De plus, la sécheresse qui touche le nord depuis deux années consécutives aggrave la situation des populations locales et le régime ne fait rien pour tenter d’apporter des solutions issues de la solidarité nationale. Bien au contraire, nous assistons à une véritable politique d’abandon : cette région qui abrite 11% de la population ne reçoit que 3% du budget de l’État

D’où le développement d’un exode rural difficile à maîtriser …

Le système à trois vitesses, avec son clientélisme, cloîtré et prisonnier empêche le développement d’une économie privée, libre et indépendante qui viendrait concurrencer ses « obligés » institutionnels.

Djibouti ne produit presque rien des produits dont il a besoin. Le pays se situe actuellement au cœur du tiers monde et sa dépendance grandissante, à l’égard des pays donateurs, confirme son déclin inéluctable.

S’il n’est pas atteint aujourd’hui, le seuil de l’insolvabilité le sera demain … tandis que les riches accumulent des fortunes considérables sur le dos du peuple contraint aux restrictions économiques les plus draconiennes, qu’il n’a jamais vécu au cours de son histoire, et cela sans aucun espoir objectif d’amélioration ou d’un futur meilleur pour les générations les plus jeunes.

Le remboursement de la dette, en augmentation exponentielle, les pénalisera lourdement pendant des dizaines et des dizaines d’années : deux ou trois générations ne suffiront pas à apurer le passif, créé par Gouled d’abord, à moindre échelle puis par Guelleh sur un rythme hallucinant !


(*) Note de l’ARDHD : Qui sont les véritables actionnaires de ces sociétés de Dubaï ? Quels sont les pourcentages détenus effectivement, directement ou indirectement par Guelleh et son épouse ?