24/04/07 (B392-B) AP – La Somalie face à une crise humanitaire (Info lectrice)

MOGADISCIO
(AP) – A Mogadiscio, tous les lits de l’hôpital Medina sont occupés,
les bandages vont bientôt manquer pour les blessés, les réserves
de médicaments sont à sec. Alors que les combats continuent,
la Somalie s’achemine vers l’une des pires crises humanitaires de sa chaotique
histoire.

“Nous sommes surchargés”, souligne
Dahir Dhere, directeur de l’hôpital Medina, plus grand centre médical
de Mogadiscio, alors que les patients continuent à affluer. Six jours
consécutifs de combats ont fait plus de 250 morts dans la capitale
somalienne.

Au début du mois, une organisation locale de défense des droits
de l’Homme avait estimé à un millier le nombre de morts en à
peine plus de quatre jours. Plus de 320.000 des deux millions d’habitants
de Mogadiscio ont pris le chemin de l’exil depuis février.

Ahmed Mohamed, 32 ans, a été grièvement blessé
à la jambe droite par un tir de mortier. “Les médecins
m’ont dit que je mourrais si je n’étais pas amputé”, explique-t-il
en larmes à l’hôpital Keysaney, également bondé
avec près de 200 patients. “Je dois les laisser faire.”

Le Premier ministre Ali Mohamed Gedi a affirmé lundi que son gouvernement
intérimaire était en train de gagner la bataille contre les
insurgés islamistes et a demandé un plus grand soutien de la
part de la communauté internationale alors que les combats ravagent
Mogadiscio. Au moins 18 civils ont été tués pour la seule
journée de lundi, selon Sudan Ali Ahmed, président de l’Organisation
des droits de l’Homme Elman.

La Somalie est plongée dans le chaos depuis le renversement en 1991
du dictateur Mohamed Siad Barré par des chefs de guerre, qui se sont
ensuite combattus. Un gouvernement national a été mis sur pied
en 2004, mais il n’exerce aucun contrôle réel sur le pays.

En 2006, les forces de Tribunaux islamiques ont contrôlé Mogadiscio
et une grande partie du sud de la Somalie pendant six mois, durant lesquels
le pays a connu sa période la plus paisible depuis 1991. Elles ont
été chassées du pouvoir en décembre par les soldats
somaliens et éthiopiens, soutenus par les forces spéciales américaines,
qui accusent les islamistes de liens avec Al-Qaïda. Les insurgés
ont juré de se battre jusqu’à ce que la Somalie devienne un
émirat islamique.

A cause des combats, la capitale et les villes voisines sont devenues le théâtre
de scènes de désespoir. Les femmes et les enfants fuient à
pied, emportant de maigres effets personnels, et dorment sur le bord de la
route. A Afgoye, à une trentaine de kilomètres de Mogadiscio,
des réfugiés se sont battus pour pouvoir s’installer à
l’ombre sous un arbre.
“Tout le monde voulait s’asseoir sous
l’arbre”, expliquait Asha Hassan Mohamed, mère de sept enfants,
qui a atteint la localité la semaine dernière, mais est retournée
à Mogadiscio car elle ne trouvait pas de nourriture.

Selon les Nations unies, les combats ont déclenché la pire crise
humanitaire dans l’histoire récente du pays, de nombreux habitants
étant coincés dans la capitale en raison du blocage des routes
la reliant au reste du pays.

Beaucoup de ceux qui n’ont pas fui Mogadiscio sont trop vulnérables
pour partir, comme les malades et les handicapés, explique Catherine
Weibel, porte-parole du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés.

AP