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29/12/06 (B375) La Croix – Y a-t-il un risque d’extension de la crise entre la Somalie et l’Ethiopie ? Question à Roland Marchal.

Le
gouvernement de transition somalien, appuyé par l’armée éthiopienne,
a pris le dessus sur les milices islamiques après une semaine de combats
et a promis l’amnistie à ceux qui déposeraient les armes. Roland
Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales,
redoute un embrasement de toute la Corne de l’Afrique avec une radicalisation
des islamistes

"Il
existe en effet un risque sérieux de propagation de cette crise dans
toute la région. D’abord, il faut rappeler que le Somaliland
et le Puntland, les deux territoires autonomes qui vivaient en paix dans le
nord de la Somalie, risquent d’être déstabilisés
gravement dans cette affaire. Plus largement, depuis cinq jours, nous sommes
vraiment dans une situation d’escalade avec, en premier lieu, une implication
de l’Érythrée.

Car il
faut bien comprendre que le bombardement de l’aéroport de Mogadiscio,
lundi 25 décembre, par l’armée éthiopienne est
destiné à empêcher les avions érythréens,
mais aussi libyens, d’atterrir pour venir en aide aux Tribunaux islamiques.
Or, l’Érythrée fait flèche de tout bois pour régler
le différend frontalier qui l’oppose à l’Éthiopie
depuis des années.

Autre
élément qui compte, l’armée éthiopienne
est composée de soldats d’origine ethnique somalienne. Ceux-ci
ont envie d’en découdre avec les Tribunaux islamiques et soutiennent
le gouvernement fédéral transitoire (GFT), formé en 2004,
qui a été renversé par ces Tribunaux islamiques en juin
dernier.

"La
population somalienne appuie l’arrivée des Tribunaux"

Aujourd’hui,
ce gouvernement transitoire ne dispose pas tout seul des moyens logistiques
pour faire face à la conquête du pouvoir des Tribunaux. Or, avec
l’intervention de l’Éthiopie, soutenue par les États-Unis,
qui voit dans ces Tribunaux islamiques une menace de prolifération
des réseaux Al-Qaida, le gouvernement transitoire ne possède
plus sa légitimité passée aux yeux de la population somalienne,
qui désormais appuie l’arrivée des Tribunaux. C’est
bien là que réside le problème.

Du point
de vue militaire, les Éthiopiens vont gagner cette bataille, mais cette
crise risque de se transformer en une véritable guerre car l’intervention
militaire d’Addis-Abeba favorise une crispation des islamistes les plus
modérés, qui jusque-là pouvaient encore accepter de discuter
avec le gouvernement transitoire.

Il ne
faut pas négliger non plus l’influence et l’importance
de la diaspora somalienne, très remontée contre l’intervention
éthiopienne, et qui va trouver des financements pour soutenir les Tribunaux
islamiques.
Risque d’"une sorte d’Irak ou d’Afghanistan à l’africaine"

On assiste
donc à une radicalisation des Somaliens dans leur ensemble. Ceux qui
ne voulaient pas accepter d’alliance opportuniste vont finalement le
faire. C’est pourquoi il est indispensable que la communauté
internationale s’implique de toute urgence dans ce qui se passe.

Car, pour
l’instant, la période des fêtes de Noël, avec la vacance
de la diplomatie occidentale, a été favorable à l’escalade
militaire. La reprise de négociations entre les deux camps qui aurait
peut-être pu avoir lieu ces derniers jours semble de moins en moins
possible.

J’ai
très peur que la situation d’aujourd’hui ne se transforme
au fil des mois en une sorte d’Irak ou d’Afghanistan à
l’africaine, avec le résultat que l’on redoutait le plus,
c’est-à-dire une multiplication des réseaux d’Al-Qaida
dans tout le pays et même dans la région, jusqu’au Kenya."

Recueilli
par Catherine REBUFFEL

29/12/06 (B375) L’ARDHD adresse tous ses voeux à tous.

L’équipe
de l’ARDHD adresse tous ses voeux à ses lectrices et lecteurs, aux
Djiboutiennes et aux Djiboutiens et à tous les défenseurs des
Droits de l’Homme. Elle souhaite que 2007 soit pour Djibouti, l’année
du retour à la Justice sociale, à l’égalité et
au renouveau économique surtout pour les plus démunis.

Elle espère
que la situation en Somalie se stabilise enfin et de manière durable,
pour permettre aux populations civiles de retrouver la paix, la sécurité
et l’espoir, avec des dirigeants élus démocratiquement par elles,
en dehors de toutes pressions intérieures et extérieures.

2006 a été
une année importante sur le plan de la Justice internationale, puisque
plusieurs dictateurs ont été inculpés et certains ont
été condamnés.

Même si c’est
encore insuffisant, nous avons assisté au début d’un mouvement
anti-dictature irréversible.

Nous espérons
que Guelleh saura le comprendre et qu’il changera les fondements de son régime
injuste, car il pourrait bien être l’un des prochains dictateurs à
être traduit devant les cours de Justice, nationales et internationales.

27/12/06 (B375) Les dépêches se multiplient concernant le conflit en Somalie et certaines sont contradictoires selon l’origine. (Info lectrice) 4 – La violence des combats et les conséquences

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Nouvel Obs

SOMALIE
Les combats ont fait plus de 1.000 morts et 3.000 blessés

Les combats entre les forces des tribunaux islamiques somaliens et
celles du gouvernement de transition appuyées par l’Ethiopie ont fait
plus de 1.000 morts et plus de 3.000 blessés, a affirmé mardi
26 décembre le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi à
la presse.

Meles
Zenawi a précisé que ses troupes ne visaient pas la capitale
somalienne Mogadiscio, contrôlée par les islamistes. « Nous
ne visons pas des villes particulières, Mogadiscio ou une autre (ville)
(…) Libérer des villes (sous tutelle islamiste) n’est pas notre objectif »,
a déclaré Meles Zenawi lors d’un point de presse.

« La
moitié de notre mission a été accomplie. Dès que
nous aurons accompli cette mission, et cela ne devrait pas prendre longtemps,
nous nous retirerons » de Somalie, a ajouté le Premier ministre.

Les forces
armées éthiopiennes et les troupes du gouvernement somalien
se trouvaient mardi à 100 km de la capitale somalienne, tenues par
les islamistes, et s’en rapprochaient, avait affirmé plus tôt
à la presse l’ambassadeur de Somalie à Addis Abeba, Abdelkarin
Farah, en faisant état de plus de mille tués dans les rangs
islamistes depuis le début des combats.

Bombardements

Lundi, des chasseurs de l’armée de l’air éthiopienne avaient
bombardé les deux principaux aéroports du pays, dont l’aéroport
international de la capitale, Mogadiscio, contrôlée par le Conseil
des tribunaux islamiques (CTI), le mouvement islamiste qui s’est emparé
d’une grande partie du pays aux dépens du fragile gouvernement de transition
reconnu par la communauté internationale.

Parallèlement,
les forces régulières somaliennes appuyées par des soldats
éthiopiens avaient pris la localité stratégique de Belet
Weyne, apportant au gouvernement légal l’assistance militaire dont
il a désespérément besoin pour repousser les islamistes.

Dimanche
soir, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi avait annoncé
que son pays était « forcé à entrer en guerre pour
se défendre contre les attaques des extrémistes » après
que le Conseil des tribunaux islamiques eut décrété la
guerre sainte contre ce pays à majorité chrétienne. Il
s’agissait de la première confirmation d’Addis Abeba de son engagement
en Somalie, alors que des témoins signalaient cette présence
depuis des semaines.

800 blessés

Les chasseurs éthiopiens de fabrication
russe ont effectué lundi matin des passages à très basse
altitude, larguant au moins deux bombes sur le plus grand aéroport
de Somalie qui venait de rouvrir après la prise de contrôle de
Mogadiscio par les miliciens des Tribunaux islamiques. Il s’agissait de la
première attaque directe sur le secteur où siège le CTI.
Peu après, l’aéroport de Baledogle, à une centaine de
kilomètres de Mogadiscio, a été bombardé, a annoncé
un membre de la milice islamiste.

« Le
gouvernement éthiopien bombarde des cibles non-civiles en Somalie pour
entraver et empêcher toute livraison d’arme et de matériel à
destination des Tribunaux islamiques », a affirmé Bereket Simon,
un conseiller du Premier ministre éthiopien Meles Zenawi.

Les récents
combats en Somalie ont fait plus de 800 blessés et jeté des
milliers de civils sur les routes, a rapporté mardi le Comité
international de la Croix-Rouge (CICR), précisant que ce bilan n’était
que « la face visible » de la violence sur le terrain.

Le nombre
des blessés a été communiqué par les différentes
structures hospitalières avec lesquelles le CICR est en contact dans
l’ensemble du pays, a précisé à l’AFP la porte-parole
de l’institution à Genève, Antonella Notari.

Il s’agit
d’un chiffre partiel qui porte uniquement sur le nombre de blessés
qui ont été conduits vers ces centres de soins, a-t-elle souligné.

Ces frappes
aériennes ont été menées quelques heures seulement
après la prise par les troupes régulières somaliennes
-soutenues par des soldats éthiopiens- de la ville frontalière
clef de Belet Weyne, tôt lundi, à la grande joie des habitants.
Les forces somaliennes continuaient leur progression vers le sud à
la poursuite des miliciens islamistes, a déclaré un officier
somalien. Un couvre-feu s’étendant de 15h à 6h locales était
appliqué par les soldats. « Quiconque a une arme mais ne porte
pas d’uniforme militaire sera visé en tant que terroriste », a
expliqué Aden Garase, un militaire à Belet Weyne.

Dimanche,
la Somalie avait connu un regain de violence avec le bombardement par des
avions éthiopiens de plusieurs villes contrôlées par les
milices islamiques.

Le Conseil
des tribunaux islamiques, dont les forces ont pris le contrôle de Mogadiscio
et de la majeure partie du sud du pays depuis juin, entend chasser les troupes
éthiopiennes soutenant le gouvernement de transition appuyé
par les Nations unies.

Sans Etat depuis 1991

La Somalie,
livrée aux rivalités de clans, ne possède plus d’Etat
depuis le renversement du dictateur Mohamed Siad Barré en 1991. Les
Etats-Unis accusent les Tribunaux islamiques, qui rappellent les talibans
afghans, d’avoir des liens avec le réseau terroriste d’Al-Qaïda,
ce que les islamistes démentent.

Le gouvernement
somalien a commencé lundi à fermer ses frontières dans
l’espoir d’empêcher l’arrivée de combattants étrangers.
Mais cette mesure a peu de chance d’avoir un quelconque effet, le pays ne
disposant pas de marine ou de garde-côtes pour surveiller les 3.000km
de côtes. Dans le même temps, le Programme alimentaire mondial
(PAM) a mis en place un pont aérien pour livrer plusieurs tonnes de
vivres et d’aide en Somalie, selon Peter Smerdon, un porte-parole.

La question
des frontières a provoqué deux guerres en 45 ans entre l’Ethiopie
et la Somalie, et les Tribunaux islamiques insistent pour former une Grande
Somalie intégrant des groupes qui vivent dans l’est de l’Ethiopie,
le nord-est du Kenya et à Djibouti. (avec AFP, AP)

27/12/06 (B375) Les dépêches se multiplient concernant le conflit en Somalie et certaines sont contradictoires selon l’origine. (Info lectrice) 5 – L’Ethiopie refuse la constitution d’un état somalien sous dominance islamique.

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20 minutes

« L’Ethiopie ne peut accepter l’instauration
d’un régime somalien qu’il ne contrôle pas »

27/12/06 (B375) Les dépêches se multiplient concernant le conflit en Somalie et certaines sont contradictoires selon l’origine. (Info lectrice) 6 – La faiblesse et l’échec du Gouvernement de Transition.

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1 – Libération


Somalie : L’échec des institutions de transition

L’Union
africaine (UA), qui a condamné hier «l’escalade dans la crise»
en Somalie, a décidé d’organiser une «réunion de
concertation» mercredi à Addis-Abeba avec la Ligue arabe et l’Igad
(Autorité intergouvernementale pour le développement) regroupant
7 pays d’Afrique de l’Est.

Dans un
communiqué, le président de la commission de l’UA, Alpha Oumar
Konaré, exprime «sa grave préoccupation face à
la poursuite des combats en Somalie, entre des forces de l’Union des tribunaux
islamiques (UIC) et celles du gouvernement fédéral de transition
somalien, avec l’implication de forces éthiopiennes». Selon le
commissaire à la paix et à la sécurité de l’UA,
Saïd Djinnit, «la communauté internationale a failli dans
son soutien aux institutions de transition somaliennes, qui n’ont malheureusement
pas reçu le soutien qui leur aurait permis de se faire respecter sur
le terrain».

Mises
en place en 2004, les institutions de transition somaliennes s’avèrent
incapables de rétablir l’ordre dans le pays face à la montée
en puissance, depuis 2006, des islamistes.

Addis-Abeba
et Washington considèrent les islamistes, qui ont pris le contrôle
de la majeure partie du sud de la Somalie après s’être imposés
à Mogadiscio en juin, comme des terroristes soutenus par l’Erythrée
et par Al-Qaeda.

Les
islamistes, qui revendiquent un large soutien public, disent vouloir rétablir
l’ordre et la charia (loi islamique) en Somalie. (AFP, Reuters)

©
Libération

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2 – Libération

Somalie
: Déliquescence

Par Pierre HASKI

Il y a deux manières d’analyser la guerre qui vient d’éclater
entre l’Ethiopie et la Somalie.

L’une,
très idéologique,
en fera le nouveau front de la «guerre
contre le terrorisme», avec un encouragement américain à
l’«Ethiopie chrétienne» pour empêcher la consolidation
d’un nouvel Afghanistan dans la corne de l’Afrique, potentielle base arrière
d’Al-Qaeda et du terrorisme international.

L’autre,
plus réaliste,
voit l’Ethiopie, 170e Etat sur 177 dans le
classement du développement humain des Nations unies, s’affronter à
une Somalie dont l’état de déliquescence l’a carrément
fait sortir des statistiques onusiennes. Avant d’être un enjeu global,
c’est d’abord une guerre des pauvres qui a éclaté dans une partie
du monde oubliée de tous.

La Somalie
est le symbole même de ces «failed states», ces Etats en
faillite dont la communauté internationale n’a pas su empêcher
l’apparition dans les années 90.

On
se souviendra du débarquement hypermédiatisé des troupes
américaines en mission «humanitaire» pour mieux repartir
au premier écueil ou du célèbre sac de riz du Dr Kouchner.

Depuis,
la Somalie est devenue ce «trou noir» dont parle Kofi Annan, Etat
de non-droit dans lequel des islamistes ont effectivement fait leur nid.

Dans
un tel contexte, l’intervention éthiopienne contre son éternel
rival somalien n’a guère de chance de stabiliser un pays décomposé.
Elle ne fera qu’accentuer un peu plus les souffrances et la misère.
Cette guerre, qui menace d’embraser une région sans espoir, rend plus
accablant encore l’échec international des années 90 en Somalie.

©
Libération

27/12/06 (B375) Les dépêches se multiplient concernant le conflit en Somalie et certaines sont contradictoires selon l’origine. Les premières victimes sont les populations civiles. Nous avons essayé de regrouper par titre les principales dépêches, sous forme d’une revue de presse de la journée. (Info lectrice) – 1 LDDH : Appel à un cessez le feu et à une intervention de la communauté européenne.

LDDH
La situation en Somalie est très préoccupante.

L’armée
éthiopienne n’hésite pas à procéder à des
exécutions extrajudiaires.

Le Peuple
Somali considèrent les troupes éthiopiennes comme des troupes
d’occupation à caractère coloniale.

Le passé
d’Abdoulahi Youssouf (à la tête du gouvenement désigné
il y a deux
ans à Nairobi) ne peut qu’attiser la haine contre « l’envahiseur ».
Un Appel
urgent pour la cessation des crimes de guerre doit intervenir et des
commissions d’enquête des Nations Unies et de l’Union Européenne
devraient
être proposées. Il est temps pour l’Ethiopie de décreter
un cessez-le-feu,
avec de s’enliser dans un bourbier dangereux pour notre Corne d’Afrique.

27/12/06 (B375) Les dépêches se multiplient concernant le conflit en Somalie et certaines sont contradictoires selon l’origine. (Info lectrice) – 3 Whashington soutient l’Ethiopie, mais demande de la retenue. L’Ethiopie tente de minimiser l’importance du conflit. Le Conseil de Sécurité réuni en urgence, impuissant à prendre une décision.

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20 minutes

Washington apporte son appui à Addis Abeba et demande de la retenue.

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Libération

A
Addis-Abeba, peu d’émoi après l’entrée en conflit. Le
gouvernement tente de minimiser la situation en promettant une fin d’intervention
rapide.

Par Virginie GOMEZ / Addis-Abeba de notre correspondante

A Little Mogadiscio, enclave peuplée de Somaliens au coeur
d’Addis-Abeba, la question de l’intervention éthiopienne en Somalie
crée un malaise certain. «On n’en pense rien, on n’a pas envie
d’en parler», grogne un commerçant. Ceux qui osent la critiquer
ne donnent pas leur nom. «Je ne pense pas que l’Ethiopie pourra apporter
la paix en Somalie, les deux pays se sont déjà affrontés,
il y a trop de rivalités.»

L’animosité
entre les deux pays ne date pas d’hier.

Dans les
années 70, les Somaliens avaient envahi l’Ogaden, région est
de l’Ethiopie, s’attirant une réponse musclée du camarade Mengistu,
le dictateur de l’époque, soutenu par le bloc soviétique. En
1996, l’Ethiopie est intervenue en Somalie contre des bases islamistes. A
l’époque, les islamistes entraînaient des groupes séparatistes
éthiopiens, et l’ombre d’Al-Qaeda planait ­ déjà
­ dans la région. L’Erythrée, entrée en conflit en
1998 avec l’Ethiopie, avait encouragé ces activités.

Une décennie
plus tard, ce sont des griefs similaires qui justifient l’intervention directe
de l’Ethiopie contre les Tribunaux islamiques somaliens. Le gouvernement d’Addis-Abeba
dénonce un front d’Asmara (Erythrée) à Mogadiscio, une
infiltration massive de dissidents éthiopiens à partir du territoire
somalien avec l’appui des Tribunaux, et l’afflux de terroristes internationaux.
Les Etats-Unis, dont l’Ethiopie est l’alliée principale dans la corne
de l’Afrique, affirment que des responsables d’Al-Qaeda sont à la tête
des Tribunaux. Selon les autorités américaines, les risques
d’attentats en Ethiopie ont augmenté.

Contre-attaque
officielle.

Depuis
plusieurs semaines, les Tribunaux islamiques accusaient l’Ethiopie d’avoir
déployé des troupes à Baidoa, le siège du fragile
gouvernement de transition somalien, soutenu par Addis-Abeba. Des sources
diplomatiques confirmaient cette présence, niée fermement par
l’Ethiopie jusqu’à dimanche. En pleine offensive des islamistes autour
de Baidoa, l’Ethiopie a annoncé une contre-attaque officielle, arguant
de menaces directes sur sa souveraineté nationale.

«L’Ethiopie
ne pouvait pas laisser tomber Baidoa», estime un diplomate africain,
qui suggère que la menace directe sur la ville constituait la ligne
rouge à ne pas franchir. «Le but de l’Ethiopie n’est pas d’imposer
un gouvernement en Somalie», a assuré le Premier ministre éthiopien,
Meles Zenawi. Selon lui, la voie du dialogue reste ouverte, et les soldats
éthiopiens quitteront la Somalie «sitôt leur mission achevée».
Une mission dont les contours restent flous.

L’entrée
en guerre officielle de l’Ethiopie contre les islamistes somaliens se traduit
par des moyens militaires accrus sur le terrain. L’aviation bombarde désormais
les aéroports pour couper les lignes d’approvisionnement. L’Ethiopie
dispose d’une des armées les plus puissantes d’Afrique. Depuis la guerre
froide jusqu’à la guerre contre la terreur, elle s’est constitué
un équipement en chars et en avions de combat qui lui assurent la supériorité
dans un conflit conventionnel. Une fois lancée, la machine de guerre
sera difficile à arrêter.

Diplomates
inquiets.

A Addis-Abeba,
où les messages sur la menace islamiste en Somalie s’étaient
multipliés, l’annonce de l’intervention militaire s’est faite sans
dramatisation. Des habitants de la capitale se disent rassurés d’avoir
entendu à la radio des communiqués officiels pronostiquant une
fin de conflit rapide. Les diplomates, eux, sont plus inquiets. Certains craignent
que l’Ethiopie ne s’enlise en Somalie.

D’autres
considèrent la possible apparition d’une internationale islamiste,
alors que les Tribunaux ont appelé les musulmans du monde entier à
participer à la guerre sainte contre l’Ethiopie, berceau de la chrétienté
en Afrique.

©
Libération

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Reuters

Afrique
: Pas d’accord sur la Somalie au Conseil de sécurité de l’Onu

Par Irwin Arieff

NATIONS
UNIES (Reuters) – Malgré un plaidoyer en ce sens du Guinéen
François Lonseny Fall, émissaire du secrétaire général
de l’Onu Kofi Annan en Somalie, le Conseil de sécurité s’est
séparé mardi sans parvenir à un accord sur un arrêt
immédiat des combats dans ce pays de la Corne de l’Afrique.

Le Qatar,
seul pays arabe siégeant au Conseil, a en effet insisté pour
les Quinze lancent aussi un appel à un retrait immédiat de toutes
les forces étrangères, dont celles de l’Ethiopie, de Somalie.

Les autres
Etats membres ont quant à eux soutenu un texte appelant au retrait
des seules forces « non autorisées », une formulation ne s’appliquant
pas, selon eux, aux troupes d’Addis-Abeba présentes sur le sol somalien
à la demande du gouvernement provisoire de ce pays.

Après
plus de trois heures de discussions, les diplomates ont indiqué que
faute d’unanimité sur la question, leurs efforts étaient suspendus
à mercredi après-midi.

Dans le
même temps, la Ligue arabe, l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale
pour le développement (Igad), qui avaient parrainé l’installation
en 2004 du fragile gouvernement provisoire somalien, devraient se consulter
mercredi à Addis-Abeba pour débattre de la situation, a annoncé
l’émissaire de Kofi Annan.

L’absence
de règlement politique grâce à une reprise des discussions
entre les islamistes somaliens et le gouvernement provisoire « serait
désastreuse pour le peuple de Somalie, qui souffre depuis longtemps,
et pourrait aussi avoir de graves conséquences pour la région
tout entière », avait plaidé le diplomate guinéen.

Il a fait
cette déclaration au Conseil de sécurité alors que l’Ethiopie
se disait « à mi-chemin » d’une victoire sur les islamistes.

NOUVEAUX
REFUGIES

Le représentant
de la Somalie à Addis-Abeba a déclaré que les forces
éthiopiennes se trouvaient à 70 km de Mogadiscio, bastion de
l’Union des Tribunaux islamiques (UTI), et qu’elles pourraient la prendre
d’ici 24 à 48 heures.

Fall a
fait état d’informations selon lesquelles les forces gouvernementales
progresseraient sur deux fronts en direction de la capitale. « Elles continuent
néanmoins de rencontrer dans plusieurs secteurs une forte résistance
des miliciens de l’Union des Tribunaux islamiques et de leurs alliés »,
a-t-il dit.

Il a ajouté
que les combats s’étendaient rapidement à des régions
jusqu’ici tenues par l’UTI et que le gouvernement provisoire prenait le contrôle
ou progressait vers de nombreuses villes en dehors de son bastion de Baïdoa.

Selon
Fall, de nombreux civils sont pris dans les combats qui, selon certaines informations,
ont fait de nombreux morts et blessés et ont contraint beaucoup d’habitants
à fuir leur domicile.

Sans pouvoir
donner de bilan détaillé, Fall a dit que le Comité international
de la Croix-Rouge avait recensé 760 blessés de guerre dans le
sud de la Somalie.

Le Kenya
accueille déjà 35.000 nouveaux réfugiés somaliens
et des jeunes gens fuyant Mogadiscio ont dit à des ONG que des enfants
étaient recrutés de force comme soldats.

Les combats
affectent aussi les dispositifs d’aide en faveur des deux millions de personnes
touchées par la guerre ou par des inondations dans le sud et le centre
de la Somalie, a noté Fall.

Tout le
personnel humanitaire de l’Onu et d’ONG internationales a été
évacué de la région, a-t-il dit.

Les agences
de l’Onu et les ONG vont tenter de reprendre leurs distributions d’aide grâce
à du personnel local, mais elles ne pourront le faire que si elles
peuvent accéder aux régions affectées et faire leur travail
dans la sécurité, a prévenu Fall.

26/12/06 (B375) AFP / Somalie : l’Ethiopie bombarde l’aéroport de Mogadiscio. (Info lectrice)

Par
Mustafa HAJI ABDINUR

MOGADISCIO (AFP) – L’Ethiopie a bombardé lundi deux aéroports
en Somalie, dont celui de Mogadiscio, place-forte des milices islamistes en
lutte contre le gouvernement de transition, et a menacé d’utiliser
« tous les moyens » militaires sur le terrain.

Dans le même
temps, le gouvernement de transition somalien a annoncé la fermeture
des frontières terrestres, aériennes et maritimes du pays « pour
des raisons de sécurité », après une réunion
du cabinet à Baïdoa, siège des institutions de transition
(250 km au nord-ouest de Mogadiscio).

Au lendemain de
l’annonce officielle de son implication dans les combats qui font rage depuis
près d’une semaine en Somalie, l’Ethiopie a bombardé l’aéroport
international de Mogadiscio, tombée aux mains des islamistes en juin.

L’aviation éthiopienne
a également bombardé un second aéroport, susceptible
de servir au ravitaillement des islamistes, à Belidogle, à environ
90 km au sud-ouest de Mogadiscio, selon des habitants et des responsables
islamiques.

« L’Ethiopie
a bombardé l’aéroport (international de Mogadiscio) aujourd’hui »,
a déclaré cheikh Abdurahim Adan Weheliye, le directeur général
de l’aéroport, rouvert en juillet après 11 ans de fermeture
due à la guerre civile. Une femme a été blessée
dans cette attaque, selon des responsables somaliens.

Addis Abeba a confirmé
avoir mené le raid aérien contre l’aéroport de Mogadiscio
pour « empêcher les vols non autorisés » par le gouvernement
de transition et a prévenu qu’elle « avait le droit » d’utiliser
« tous les moyens » militaires sur le terrain en Somalie pour éliminer
les islamistes somaliens.

« Nous avons
dit clairement que nous allions prendre toutes les mesures appropriées
pour déstabiliser les forces anti-éthiopiennes en Somalie »,
a prévenu le porte-parole du ministère éthiopien de l’Information
Zemedkum Tekle.

Les responsables
islamistes ont dénoncé cette « agression ». « L’Ethiopie
a commencé à massacrer les civils somaliens (…) nous appelons
la communauté internationale à agir rapidement », a déclaré
à l’AFP un haut responsable islamiste, cheikh Mohamed Ibrahim Bilal.

Parallèlement,
les échanges de tirs d’artillerie se poursuivaient, notamment dans
la région de Baïdoa.

Des responsables
gouvernementaux ont aussi annoncé avoir pris le contrôle de Beledweyne
(30 km de la frontière éthiopienne, 300 km au nord de la capitale
somalienne Mogadiscio), capitale de la région Hiraan et jusqu’ici sous
contrôle islamiste. « Nos forces ont chassé les terroristes »,
a affirmé à l’AFP Yusuf Dabo Geed, un responsable gouvernemental.
Un correspondant de l’AFP à Beledweyne a vu tôt lundi un convoi
de camions militaires éthiopien entrer dans la ville.

Les islamistes,
qui contrôlent la majorité du centre et du sud du pays, ont pressé
les populations de s’éloigner des cibles potentielles de bombardements
et des témoins ont décrit l’exode de milliers de civils terrifiés.

Le Programme alimentaire
mondial (PAM), qui mène des opérations de secours pour les victimes
des inondations, a exhorté « toutes les parties à permettre
aux opérations humanitaires de se poursuivre ».

L’Ethiopie avait
annoncé dimanche avoir lancé « une contre-attaque »
contre les islamistes somaliens.

Invoquant des menaces
sur la sécurité et la souveraineté de l’Ethiopie pour
justifier cette intervention, le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi,
allié des Etats-Unis dans la région, a assuré que son
gouvernement ne tentait pas « d’imposer un gouvernement » en Somalie.

La Somalie est
en guerre civile depuis 1991. Les institutions de transition somaliennes,
mises en place en 2004, s’avèrent incapables de rétablir l’ordre
dans le pays face à la montée en puissance, depuis 2006, des
islamistes. Washington accuse ces derniers d’être liés à
l’organisation terroriste d’al-Qaïda.