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20/03/2014 (Brève 377) Alwihda Info : Djibouti : “Le régime de Guelleh vit ses derniers moments”, (Hassan Mokbel)

(Alwihda Info) Rédigé par  – 18 Mars 2014 modifié le 18 Mars 2014 – 21:21
– Lien http://www.alwihdainfo.com/Djibouti-Le-regime-de-Guelleh-vit-ses-derniers-moments–Hassan-Mokbel_a10293.html

Interview de Monsieur HASSAN MOKBEL, responsable des relations extérieures du FRUD.

Alwihda Info : Pouvez vous nous brosser brièvement un tableau de la situation actuelle à Djibouti ?

Hassan Mokbel : Djibouti s’enfonce du jour en jour dans la crise. Le pays va de mal en pis, à cause d’un  seul homme, Ismail Omar Guelleh. La plupart des observateurs y compris dans le camp du pouvoir estiment que le régime de Guelleh vit ses derniers moments, les plus optimistes parlent de 2016 (fin du  3ème mandat). La République de Djibouti peut être qualifiée sans exagération d’État «failli», mais ce régime peut encore durer, parce que maintenu artificiellement par la communauté internationale. D’où le rôle important de  la diaspora pour convaincre cette Communauté de prendre conscience de la gravité de la situation dans ce petit pays où l’on s’achemine vers ce que le politologue camerounais Achile Mbembe appelle la sénilité croissante des pouvoirs nègres. 

L’impasse politique postélectorale, a paralysé en grande partie le fonctionnement de l’État et de certaines institutions. 

Conflit plus ou moins larvé au nord et au sud-ouest. 

Situation sociale catastrophique, en particulier les populations rurales et de certains quartiers de la capitale lancent un véritable cri d’alarme pour que les aides humanitaires leur soient directement distribuées. Les habitants du Nord et du Sud Ouest sont encore plus durement touchés  à cause de durcissement de restrictions alimentaires décidés  ces derniers mois par le gouvernement. Ce n’est pas un hasard si les révoltes et manifestations  surviennent dans ces quartiers pauvres (Balbala, Arhiba) et des régions victimes de la violence de l’Etat. 

Malgré les pressions internationales, le dialogue est au point mort entre le pouvoir et l’opposition.

Est-ce à dire que l’alternance par les urnes est définitivement exclue ? 

Le président djiboutien aurait déclaré, l’effet du « khat » (plante euphorisante consommée dans la région) aidant, que ceux qui croient me déloger à coup du bout de papier n’ont rien dans la tête, alors que j’ai maintenu ce pouvoir contre vents et marées et surtout face aux partisans armés. 

Les dernières élections législatives furent une illustration éclatante du refus de verdict des urnes. Alors que le ministre de l’intérieur était sur le point de proclamer la victoire  de l’opposition aux élections du 22 février 2013, le président s’est déplacé en personne pour inverser les résultats obtenus par l’opposition au profit de son parti. 

Le changement par les urnes semble pour le moment impossible. Les fraudes massives, sauveur suprême des dictateurs ! 

Battus dans les urnes pourtant confectionnés à sa mesure le pouvoir de Guelleh n’arrive pas à sortir de ce trauma, surtout que la défiance est quasi générale sur le territoire. 

Il a comme seule légitimité la force et comme seul soutien son lignage. 

Le régime de Guelleh commence même à désespérer ses protecteurs occidentaux, inquiets de sa fuite en avant, dans une situation  régionale préoccupante.

Quelles sont les réactions du pouvoir suite au regain d’activités du FRUD, notamment depuis août 2013 ? 

Les populations martyrisées des régions du nord et du sud ouest sont une nouvelle fois prises comme cible par Ismael Omar Guelleh. Il  a dépêché en novembre 2013 des délégations dans les 3 districts de Tadjourah, d’Obock et de Dikhil, composées du premier Ministre, des Ministres de l’Intérieur, de la Jeunesse et du chef d’État major de la gendarmerie pour qu’elles les intimident; les harcèlent, les menacent de représailles si elles n’arrêtent pas leur soutien au FRUD. Joignant l’acte à la parole le pouvoir a interdit au Programme alimentaire mondial (PAM), de distribuer les aides alimentaires dans ces régions.

Suite à la dernière attaque du FRUD contre les symboles de l’État à Tadjourah, le régime a traité les assaillants de mercenaires Érythréens ? Comment réagissez-vous ? 

Les années passent mais les discours sur la résistance ne changent pas, comment peut il en être autrement, quand on sait que les 2 personnages  les plus en vue de la petite République, trônent d’une manière inamovible sur la destinée de ce pays : il s’agit du Président actuel  et de son compère de toujours Ismael Taani. Le chef de l’État par la voix de son premier ministre a traité les combattants du FRUD  y compris le plus ancien prisonnier politique -Mohamed Ahmed dit Jabha-(détenu depuis 4 ans après avoir été férocement torturé) de mercenaires érythréens, le 1er mars à l’Assemblée nationale. 

Ce n’est pas la première fois  que les résistants du FRUD sont qualifiés d’étrangers. Dès le déclenchement de la lutte armée en novembre 1991, ils furent assimilés aux miliciens éthiopiens. Les arguments massue à l’époque étaient qu’il  suffisait de se référer aux noms d’Abatté ou  d’Ougouré Kiflé  qui ne pouvaient être qu’éthiopiens. Le premier est aujourd’hui un  des leaders de l’opposition,  le second, un dissident du FRUD  qui est passé par la case ministre. Étranger un jour et ministre le lendemain quelle cohérence ! 

Ces propos irresponsables  et provocateurs renvoient cependant à la vision du pouvoir qui s’est installé en 1977,  et qui n’a pas changé d’un iota malgré 2 accords de paix, consistant à traiter en « ennemi intérieur » les habitants de ces régions réputées hostiles. C’est ce qui explique que de dizaines de milliers de personnes sont exclues de la citoyenneté  de Djibouti y compris de proches parents du premier ministre. Il faut dire que ce poste  de la primature est devenu un collier de misère pour ses 3 derniers titulaires.

Au delà du cas emblématique  de Mohamed Ahmed dit Jabha, il y a donc un véritable problème de citoyenneté à Djibouti ? 

Mohamed Ahmed Jabha est un combattant du FRUD des premières heures qui a consacré vingt ans de sa vie à la lutte pour la démocratie et la liberté. Il a contribué à toutes les conquêtes des droits démocratiques du FRUD (adoption de la constitution, quadripartisme, multipartisme),  et enfin dans une ultime étape, détermination en bandoulière il s’est engagé, pour faire aboutir  un État national et  véritablement démocratique que ses camarades vont parachever.  

Il est aussi Djiboutien que le chef de  l’État en tout cas il est moins Éthiopien que lui. 

Mais cette question de citoyenneté  est au cœur  des problèmes à Djibouti. 38 ans après la proclamation de l’Indépendance, le fait que la citoyenneté soit soumise au fait de prince, aux desiderata  du chef de l’État, est pour le moins symptomatique  du refus de création d’un État national. Les exemples sont nombreux des personnes qui sont exclues arbitrairement de leur nationalité et d’autres qui en ont bénéficié abusivement.

Dans les années 90, de milliers de personnes ont été expulsées d’Arhiba, de Hanlé, de Daoudawya , leur cartes  d’identité djiboutiennes déchirées (comme ce qui a été fait en 1967 à l’encontre des indépendantistes par le colonisateur) et ont été expulsées en Ethiopie. Elles ont rejoint la vingtaine de milles de ressortissants djiboutiens qui se trouvent en Ethiopie, qui ne sont pas reconnus comme réfugiés. En 2008, 300 citoyens djiboutiens  de Syarou ont été expulsés vers l’Ethiopie après avoir été durement réprimés. 7 membres de la famille  de Mohamed Saleh Alhoumekani ont subi le même sort et ont été expulsés au Yémen, uniquement parce que ce dernier est témoin dans l’assassinat du Juge Borel. Plusieurs personnes ont été arbitrairement déchues de leur nationalité  comme Omar Absieh (ancien chef de la police) dans les années 80, plus récemment, Ahmed Aïdahis , ancien blessé FRUD,  détenu pendant 6 mois et torturé, avant d’être expulsé en Ethiopie, et enfin tout dernièrement  Mohamed Robleh Daher , sympathisant du MODEL, torturé et expulsé en Somalie.

Quelles sont les relations  du FRUD avec l’ensemble de l’Opposition ? 

Il nous faut préciser dans cette phase actuelle et cruciale de la lutte que la contradiction principale se situe entre les groupes qui soutiennent ce pouvoir dont les rangs se rétrécissent comme une peau de chagrin et l’ensemble  de la population djiboutienne ainsi que les forces politiques et associatives qui aspirent au changement. Les contradictions  au sein de la population et au sein des forces de changement sont secondaires et peuvent être dépassées par des discussions. C’est la raison pour laquelle chaque fois qu’il y a un conflit, un litige entre le pouvoir et l’opposition, le FRUD est du côté  de cette dernière. C’est pourquoi  nous  sommes solidaires de toutes les luttes que mène le peuple pour une véritable démocratie, ainsi que celles  de l’USN et  des autres forces qui contribuent au changement

Car l’aspiration du peuple  est l’unité, le plus large rassemblement de l’opposition et l’utilisation de toutes les formes de lutte pour créer les conditions du départ d’Ismael Omar Guelleh. Le FRUD n’a pas ménagé ses efforts pour créer les conditions de l’unité de l’opposition. Nous avons contribué à tous les rassemblements de l’opposition. Nous avons crée avec d’autres forces en février 2012 la Coordination Nationale pour la Démocratie à Djibouti (CNDD) qui offre un cadre ouvert à toutes les forces qui veulent aller le plus loin dans leur convergence. Le FRUD a contribué à la création de la coalition de l’USN.

S’ il est nécessaire  comme le fait l’USN depuis un an de  mener  des manifestations  et autres actions pacifiques, le FRUD reste convaincu que la résistance armée face à la violence et à la terreur de l’Etat est  juste, légitime et aussi nécessaire. 

Ceux qui au sein de l’opposition même s’ils sont de plus en plus minoritaires, veulent  mener  la lutte uniquement dans l’espace pacifique, sont  en retard sur l’histoire.

C’est Boris Vian qui disait «y en marre de ces gens qui pensent par exclusion, moi je pense par addition ».

Comment envisage le FRUD la suite  des évènements à Djibouti ?  

Jusqu’ à maintenant, une grande partie de l’opposition essaie d’arracher des réformes démocratiques au régime tout en envisageant de laisser en l’Etat le président omnipotent jusqu’en 2016. Mais l’attitude du chef de l’Etat   qui s’est confirmée lors du dernier congrès  de son parti, en tournant le dos au dialogue avec l’opposition, ne fait qu’illustrer le fait qu’une bande est difficilement réformable. Les arrestations arbitraires en particulier  de jeunes qui sont systématiquement torturés, la répression et les restrictions alimentaires dans les campagnes, le refus de libérer les prisonniers politiques démontrent si besoin étaient  que Guelleh est à des années de lumière de dialogue et de l’ouverture politiques parce qu’il est les sources des problèmes.

Les forces de l’opposition  doivent agir sur 3 axes :

  • Préparer dès à présent  les convergences qui seront nécessaires pour gérer la période de transition. Le FRUD  va travailler en ce sens avec l’USN et avec les forces de la diaspora.
  • Mobiliser toutes les ressources politiques et de la résistance pour mettre au pied du mur ce régime ;
  • Sensibiliser la communauté internationale  sur la situation à Djibouti.

En vous voyant décrire vos trois axes, on a l’impression que le FRUD bénéfice réellement d’un soutien étranger comme de l’Ethiopie ou de l’Érythrée comme d’ailleurs certains proches de l’État djiboutien le disent ? 

Une des caractéristiques fondamentales de l’organisation FRUD, est qu’il n’a jamais bénéficié des soutiens des États, encore moins des États voisins. Dans les premières années du conflit, c’est le pouvoir de Djibouti qui a bénéficié de soutiens et de l’Éthiopie et de l’Érythrée. Ces derniers temps , le pouvoir de Guelleh accuse le FRUD, d’être le bras armé de l’Érythrée comme si cette dernière avait besoin de notre modeste mouvement pour cela. Cette accusation permet à Guelleh de quémander le soutien militaire et sécuritaire de l’Éthiopie, parce que l’armée djiboutienne (affectée par la crise politique et sociale) n’est pas en mesure ou n’est pas motivée pour faire face aux combattants du FRUD.

Si le FRUD était soutenu par l’Érythrée ou par tout autre pays, nous ne serions pas encore dans l’opposition. Mais nous disons à l’Éthiopie de ne pas tomber dans ce piège grossier. Elle ne doit pas se comporter en soutien inconditionnel d’un régime finissant, car aucune force de l’opposition ne menace les intérêts vitaux de l’Éthiopie.

Le FRUD contribuera à l’établissement de bonnes relations avec tous les États voisins. ​

Quelle est la position de la France -ex-puissance coloniale- par rapport à votre lutte ? ​ 

La France qui dispose d’une importante base militaire à Djibouti est un partenaire et un soutien importants du régime de Guelleh. Pendant les 5 premières années, elle a financé l’armée djiboutienne. C’est grâce à l’interposition des troupes françaises en février 1992, que ce régime a été sauvé in extremis d’une défaite face au FRUD, ce qui a permis aux éléments les plus extrémistes comme le président actuel de monopoliser le pouvoir et de mener le pays à la dérive.​ 

La France ainsi que les autres puissances militairement présentes à Djibouti n’ont aucun intérêt à ce que ce pays se transforme en nouvelle Somalie ou en Centrafrique, ce qui risque d’arriver avec le statut quo actuel. 

Le FRUD et toute l’opposition demande que la France, l’UE et les autres pays conditionnent leurs aides à Djibouti au respect des droits humains ( libérations des prisonniers politiques, arrêt des arrestations , des tortures , des viols et des blocus alimentaires des zones rurales) et l’ouverture d’un véritable dialogue inclusif.

12/01/07 (B377) Le Quotidien / Ainsi vécut Mogadiscio l’islamiste. D’abord accueilli à bras ouverts, le régime des Tribunaux islamiques, qui contrôlait le sud de la Somalie, a tôt fait de s’aliéner une partie de la population. Reportage.

Par
Christophe AYAD
Mogadiscio envoyé spécial

Bienvenue
à l’aéroport international de Mogadiscio ! Vous êtes sur
le territoire des Tribunaux islamiques. Nous sommes là pour assurer
votre sécurité !» L’accueil se veut courtois et intimidant.
L’homme, grand, jeune, parle un anglais correct. Il porte barbe et keffieh
rouge, parle avec douceur et autorité. «Pendant tout votre séjour,
deux de nos hommes vous accompagneront.» Une fois déboursé
50 dollars et le passeport tamponné, les douaniers fouillent les bagages
à la va-vite, en reniflant à la recherche d’alcool ou de qat.

Les voyageurs,
canalisés par des miliciens barbus aux pantalons courts, attendent
docilement, en file indienne sous la charpente de béton brut. Des affiches
proclament en arabe et en somali: «Construisons ensemble avec les Tribunaux
islamiques!» Un petit bâtiment pimpant émerge au milieu
des ruines, repeint de bleu, blanc et vert. Dès leur arrivée
au pouvoir, en juin dernier, les islamistes ont rouvert l’aéroport
international et le port, fermés depuis plus d’une décennie.
Comme pour donner corps à la renaissance d’un embryon d’Etat, après
seize ans d’éclipse. Seize ans de guerre civile et d’orgie destructrice.

C’était
l’émirat islamique de Mogadiscio. C’était il y a moins de trois
semaines.

L’expérience
aura duré presque sept mois, avant de s’écrouler sous les coups
de boutoir de l’armée éthiopienne et des troupes du gouvernement
fédéral de transition (GFT), seule autorité internationalement
reconnue. Pourtant, si quelque chose a pu ressembler à un Etat en Somalie,
c’est bien l’étrange régime des Tribunaux islamiques, qui, en
quelques mois, a contrôlé la quasi-totalité du sud du
pays. Tandis que le GFT, impuissant et divisé depuis sa naissance en
2004, voyait son territoire se réduire comme peau de chagrin, ne contrôlant
plus que Baidoa.

L’arrivée
au pouvoir des Tribunaux islamiques à Mogadiscio, en juin 2006, s’est
faite sur les décombres de l’interminable guerre civile, menée
par les chefs de guerre. Dans un pays sans Etat ni justice, les tribunaux
islamiques ­ apparus dès la chute du dictateur Siyad Barré,
au début des années 90 ­ ont fini par incarner un ordre
minimal, même s’il était fondé sur la charia.

En quelques
jours, début juin, les islamistes ont chassé les warlords («seigneurs
de guerre»), ont levé les barrages où les passants se
faisaient racketter, ont désarmé et envoyé les miliciens
dans des camps de «réhabilitation» apprendre le Coran et
la discipline. Le vieux centre-ville italien de Mogadiscio, où plus
personne ne s’aventurait à cause des bandits, a été rouvert:
les montagnes d’ordures et les carcasses rouillées de véhicules,
qui obstruaient ce Pompeï de la guerre urbaine, ont été
déblayées au bulldozer. «Nous avions tellement souffert
du clanisme que, lorsque les islamistes sont arrivés, nous les avons
applaudis pour la simple raison qu’ils amenaient l’ordre et la sécurité,
se souvient Ayyan, une militante des droits des femmes. Nous avons eu tort,
ils ont pris ça pour un blanc-seing.»

Le zèle
des plus extrémistes n’a pas tardé à se faire sentir.
Salat Abdi Hassan est le patron d’un des plus grands cinémas de Mogadiscio,
le Duale. En fait de cinéma, il s’agit d’une grande cour à ciel
ouvert. On y accède par une petite guérite en tôle ondulée,
où l’on paye 2000 shillings somaliens (0,13 euro) sous l’oeil d’un
Thierry Henry de papier glacé et de l’équipe du FC Barcelone
au grand complet. Les spectateurs s’assoient à même le sol ou
sur des bancs en bois pour regarder à la télévision les
exploits de Jacky Chan, les chorégraphies des soaps indiens ou les
matchs de foot de la Premier League.

Les bons
jours, Salat Abdi Hassan faisait jusqu’à 1500 entrées, hommes
et femmes mélangés. «Un jour de juin, se souvient-il,
les islamistes sont arrivés. Ils ont jeté tout le monde dehors
et ont confisqué le vidéoprojecteur.» Les clients ont
protesté, les islamistes ont tiré: un mort et un blessé.
Le même jour, un autre patron de cinéma s’est fait battre comme
plâtre. La centaine de salles de la ville a fermé.

«Chacun
a reçu 21 coups de fouet»

Certains
islamistes ont commencé à débarquer pendant les mariages
pour faire cesser la musique, séparer les hommes des femmes. D’autres
ont entrepris de corriger en pleine rue un jeune coupable de fumer des cigarettes
ou de porter les cheveux longs, à l’occidentale ­ qui était
emmené sur-le-champ chez le coiffeur. Même les hommes de foi
ont eu à subir les avanies des shebab, l’aile radicale des Tribunaux
islamiques.

Le cheikh
Mohamed Adan Dure, l’imam de la mosquée Al-Quds, se souvient du jour
où les jeunes salafistes sont intervenus pour lui faire décrocher
le drapeau de sa confrérie soufie qu’il avait fait déployer
pour fêter le Mouled al-Nabi, l’anniversaire du Prophète. «Ils
nous ont ordonné d’annuler nos cérémonies : les chants,
les poèmes, la transe… Qu’est-ce qu’ils croient ? Que l’islam est
arrivé en Somalie il y a six mois ? Nous sommes tous musulmans. Ce
sont des extrémistes influencés par l’Arabie Saoudite.»
Aujourd’hui, l’immense étendard, un carré vert bordé
de rouge et frappé d’un croissant et d’une étoile, flotte sur
l’agréable cour ombragée de la mosquée.

Pour éviter
les excès, les Tribunaux islamiques ont réservé l’administration
de la justice à un comité ad hoc. Les flagellations et les exécutions
publiques se sont espacées à la fin de l’été.
Une ébauche d’institution a vu le jour : un majlis al-choura ­
conseil consultatif de 90 membres ­ et un comité exécutif
ont été désignés. Les ministères de l’Intérieur,
de l’Information, de la Santé, etc., ont été rouverts,
repeints de frais et, parfois, équipés d’ordinateurs neufs importés
de Dubaï. Les islamistes ont aussi remis en marche Radio Mogadiscio.

Mais un
cheikh, apparenté aux Tribunaux islamiques, a pu déclarer que
tout musulman n’effectuant pas ses cinq prières par jour devait être
condamné à mort, sans être démenti.

Les «mécréants»
sont traités sans pitié. Youssef est un drôle de drille,
rigolard et hâbleur. Lors du dernier ramadan, il s’est fait pincer avec
une bande d’amis en train de manger, de fumer et de mâcher du qat en
plein jour, dans un coin calme. «Un type nous a dénoncés
aux Tribunaux islamiques. Ils sont arrivés dans le quart d’heure, une
vingtaine d’hommes armés. Ils nous ont conduits à coups de crosse
jusqu’à la place principale. Là, devant la foule, chacun a reçu
21 coups de fouet. Les hommes, torse nu, les femmes, en chemise. Le type tapait
à pleine volée, il n’avait même pas coincé de Coran
sous le bras pour retenir les coups. Puis ils m’ont rasé la tête.
Je connais le bourreau: ce salaud, il n’est même pas religieux. Si je
le retrouve, ça va être sa fête.»

Seule
une femme enceinte a échappé au fouet: les miliciens l’ont obligée
à faire quatre fois le tour de la place avec un sac en plastique plein
de qat attaché autour du cou. De retour chez lui, Youssef est resté
couché trois jours sur le ventre, terrassé par la douleur, la
fièvre et la honte. Le patron du restaurant où il travaille
l’a mis à pied un mois. «Ce n’est pas ça l’islam. J’ai
vécu à Dubaï. Là-bas, il y a des bars et des mosquées:
chacun va où il veut et fiche la paix à l’autre.»

Les Tribunaux
ont tenté de faire adopter aux médias et aux ONG des chartes
les engageant à respecter les «valeurs islamiques». Face
aux protestations, ils retiraient leurs textes pour en présenter d’autres,
amendés. «Les islamistes sont ouverts à la discussion,
nous avait expliqués Abdallah Shirwa, un militant somalien des droits
de l’homme. Ils admettent la critique, et lorsqu’ils commettent une erreur
ils le reconnaissent.» L’entretien s’était déroulé
sous la surveillance muette d’un pandore islamiste, officiellement chargé
de veiller à notre sécurité… Malgré cette pression
un peu lourde, la plupart des journalistes et membres de la société
civile reconnaissent que les Tribunaux islamiques n’ont pas eu la main plus
lourde que le GFT de Baidoa, au contraire.

En privé,
certains responsables onusiens admettaient qu’il était plus facile
de travailler sous le règne des Tribunaux islamiques que sous celui
des chefs de guerre. «Dès leur arrivée au pouvoir, ils
ont mis fin à la piraterie», note un haut cadre de l’ONU. De
mars 2005 à juillet 2006, 45 navires ont été attaqués
ou détournés au large de la Somalie. «Le seul bateau détourné
sous leur règne a été ramené manu militari en
moins de quarante-huit heures.»

Depuis
son département des Affaires étrangères, Ibrahim Adow,
quinquagénaire à l’anglais parfait, incarnait la version internationale,
le visage «présentable», disent les mauvaises langues,
des Tribunaux islamiques. Titulaire d’un doctorat en éducation et d’un
master en relations internationales de l’université de Washington,
il est rentré au pays en 1999. Ibrahim Adow est soigné, poli
mais froid, entouré de gardes très jeunes et très farouches.
Mais jamais les Tribunaux islamiques n’ont obtenu de reconnaissance internationale,
ni n’ont réussi à rebâtir un Etat, deux des aspirations
les plus profondes des Somaliens, qui en ont assez de vivre à l’écart
du monde.

Les islamistes
n’ont pas seulement perdu la partie sur l’échiquier mondial, ils se
sont aliéné une partie de la société. «Ils
décidaient tout seuls et ne donnaient du travail qu’aux leurs, se plaint
Mohammed Wali, un chômeur. Ceux qu’ils embauchaient n’avaient ni qualification
ni expérience, seulement une longue barbe et un pantalon court.»
Dans les ministères, les employés étaient payés
en fonction de leurs besoins plutôt que de leur travail : «Un
homme qui a quatre femmes dépense plus qu’un homme qui n’en a qu’une»,
nous avait expliqué Daher, le chef adjoint de la sécurité
de Mogadiscio dans son bureau vierge de toute paperasse ­ à l’exception
du Coran.

Surtout,
les islamistes se sont mis à dos tous ceux qui vivent du charbon de
bois, en interdisant son exportation, et du qat, en interdisant son importation.
Du jour au lendemain, des milliers de Somaliens se sont retrouvés sans
emploi, à l’image de Mohammed Abdinour, qui faisait vivre ses 3 femmes
et ses 16 enfants du commerce de cette plante euphorisante dont les Somaliens
importent pour 350000 dollars par jour. «C’était le 14 novembre.
Ils ont arrêté mon chargement à l’entrée de la
ville et ont tout brûlé», se souvient l’homme à
la voie éraillée par des années de mastication. En supprimant
les barrages des miliciens, les islamistes ont facilité la tâche
des grands businessmans, mais ont supprimé tous les petits métiers
vivant de l’argent des miliciens : vendeuses de thé, de cigarettes,
etc. «Ils se sont isolés tout seuls, confirme un observateur.
Ils ne se sont plus concertés qu’entre eux. Ils triaient tout le monde:
les femmes, les expatriés de la diaspora, les enseignants, les militaires…»

«Ils
ont politisé les très jeunes»

Déconnectés
de la réalité et enfermés dans leur complexe obsidional,
les dirigeants islamistes ont plongé dans le piège de la guerre
avec le GFT et l’Ethiopie. «Ils étaient divisés. Les plus
extrémistes ont lancé la guerre et les autres n’ont pas osé
se désolidariser, résume un bon connaisseur de la scène
politique. Ils ont fini par croire à leur propagande et se convaincre
qu’ils étaient invincibles.» Les premiers jours, il leur a même
fallu refuser du monde dans les camps d’entraînement face à l’afflux
de jeunes écoliers et étudiants venus s’engager pour le jihad
contre l’invasion éthiopienne. «C’est ça la nouveauté
de ce régime: ils ont politisé les très jeunes, garçons
comme filles, via la religion», s’inquiète une intellectuelle
somalienne.

Au camp
de Lafole, au sud de Mogadiscio, l’entraînement se résumait à
des courses en tongues dans le sable, une esquisse de manoeuvre en tirailleur
et un démontage approximatif de kalachnikov. Démonstration:
«Présentez armes !» hurle l’instructeur, «Allah Akbar
!» répondent les recrues, «Repos !» leur intime-t-il,
«Jihad», récite le peloton. «Ce qui compte, c’est
la formation religieuse, nous expliquait Abdel Nour, le chef du camp. Nous
leur apprenons qu’ils iront en enfer s’ils meurent en tournant le dos à
l’ennemi, s’ils meurent en avançant, ils iront au paradis.» Nul
ne sait s’ils ont fini au paradis mais des centaines sont morts et des milliers
ont fui. Et le régime des Tribunaux islamiques s’est écroulé
dans leur sillage.

©
Libération

12/01/07 (B377) LIBERATION : Le sud somalien toujours sous le feu américain. Les raids aériens, de plus en plus contestés, auraient tué huit terroristes. (Info lectrice)

Par
Thomas HOFNUNG

Malgré
des critiques internationales croissantes, de nouvelles attaques aériennes
ont visé hier l’extrême sud de la Somalie, où se terrent,
selon les Etats-Unis, les dernières forces des islamistes, et des agents
d’Al-Qaeda. Le vice-Premier ministre somalien Hussein Mohamed Aïdid a
confirmé ces nouveaux raids, ainsi que ses alliés éthiopiens.
«La cible était vingt terroristes (…). Huit ont été
tués et il y a cinq terroristes blessés qui sont sous le contrôle
de nos troupes», a annoncé le Premier ministre éthiopien
Meles Zenawi. La Maison Blanche s’est refusée à confirmer. Mardi,
Washington avait reconnu avoir mené une attaque aérienne en
Somalie, sa première action militaire dans ce pays depuis le retrait
américain de 1994.

Base
permanente.

Les Américains
ne cachent pas leur volonté d’éradiquer la menace terroriste
dans la corne de l’Afrique, une région sensible située juste
en face de la péninsule arabique. En 1998, deux attentats revendiqués
par Al-Qaeda contre leurs ambassades au Kenya et en Tanzanie avaient fait
224 morts. Depuis, Washington traque sans relâche leurs auteurs présumés,
soupçonnés d’avoir préparé l’opération
depuis le territoire somalien, et d’y résider.

Les Etats-Unis
ont installé en 2003 leur seule base militaire permanente en Afrique
à Djibouti, à la frontière avec la Somalie, d’où
décollent régulièrement des hélicoptères
chargés de missions de renseignement. Leurs trois navires militaires
qui patrouillent déjà au large des côtes somaliennes vont
être rapidement rejoints par le porte-avions géant Eisenhower.

La poursuite
des raids des Américains en Somalie provoque des dissensions chez leurs
partenaires. Hier, le Premier ministre britannique Tony Blair a apporté
son soutien, déclarant devant le Parlement qu’il était «juste»
que «nous nous dressions et protégions ceux qui combattent le
terrorisme». Mais il est bien seul dans ce registre.

«Escalade».

A Paris,
le ministère des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy,
a fait part de sa «préoccupation», estimant que ces raids
«compliquent la situation en Somalie et peuvent accroître les
tensions, qui sont déjà vives dans ce pays». Une analyse
comparable à celle énoncée la veille par le nouveau secrétaire
général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui disait craindre
«une escalade des hostilités dans la région». Le
chef de la diplomatie italienne, Massimo, D’Alema a lui exprimé l’opposition
de son pays aux «initiatives unilatérales qui pourraient déclencher
de nouvelles tensions».

Les raids
américains ont également provoqué une certaine confusion
à la Commission européenne. Alors que, mardi, un porte-parole
de Louis Michel, commissaire aux Affaires humanitaires, avait désapprouvé
ces actions militaires, le vice-président de la Commission, Franco
Frattini, a estimé hier qu’il «fallait combattre les bases d’Al-Qaeda
en Somalie», et que «le problème n’était pas les
Américains mais les terroristes».

©
Libération

12/01/07 (B377) MOGADISCIO (AFP) – Somalie : Washington manque les principaux “terroristes”, 100 civils seraient morts. (Info lectrice)

Les Etats-Unis
n’ont pas tué les trois principaux membres présumés d’Al-Qaïda
en Somalie lors d’une attaque aérienne dans le sud du pays, mais une
centaine de civils auraient fait, selon des témoins, les frais des
raids américain et éthiopiens de ces derniers jours.

Aucune
source indépendante n’a cependant été en mesure de confirmer
le bilan d’une centaine de civils tués. Le précédent
chiffre donné par des habitants mardi était de 19 civils tués.

L’Ethiopie
et les Etats-Unis ont mené ces derniers jours des attaques aériennes
dans le sud, où se cacheraient, selon Washington, des agents d’Al-Qaïda,
après la débâcle éclair du 20 décembre au
1er janvier des islamistes somaliens, qui ont perdu les régions qu’ils
contrôlaient depuis des mois.

Aucun
des trois principaux membres présumés d’Al-Qaïda en Somalie
n’a été tué dans l’attaque américaine de lundi,
a annoncé jeudi à la presse à Nairobi un haut responsable
américain sous couvert d’anonymat, ajoutant toutefois que "8 à
10" personnes qui seraient liées au réseau terroriste ont
été tuées.

Les Américains
recherchent particulièrement le Comorien Fazul Abdullah Mohammed et
le Kényan Saleh Ali Saleh Nabhan, impliqués selon les Etats-Unis
dans les attentats de 1998 (224 morts) contre les ambassades américaines
au Kenya et en Tanzanie. Ils traquent aussi Abu Talha al-Sudani, un Soudanais
proche d’Oussama ben Laden et expert en explosifs.

Ce haut
responsable américain a affirmé que l’armée américaine
avait conduit un seul raid aérien en Somalie, lundi, alors que le gouvernement
somalien avait assuré que les Etats-Unis avaient bombardé mercredi
le sud du pays.

Le Pentagone
avait reconnu mardi avoir mené un raid en Somalie, première
action militaire dans ce pays admise officiellement depuis le cuisant échec
de l’opération "Restore Hope" et le retrait américain
en 1994.

De son
côté, Addis Abeba a affirmé que les forces éthiopiennes
et somaliennes avaient mené "avec succès" ces derniers
jours des attaques notamment aériennes contre des positions islamistes
dans le sud de la Somalie, tuant "plusieurs terroristes".

"La
chasse contre les islamistes en fuite va continuer", a cependant prévenu
le ministère de l’Information éthiopien dans un communiqué.

Aucun
raid aérien n’a toutefois été signalé jeudi, pour
la première fois depuis lundi.
Selon le responsable américain, "aucun civil n’a été
tué" pendant l’opération aérienne américaine
de lundi. Mais, sur le terrain, plusieurs témoins ont affirmé
que les attaques de l’aviation américaine et éthiopienne avaient
fait une centaine de morts.

"Nous
avons envoyé des personnes pour compter le nombre de personnes tuées
(dans les bombardements). Elles ont confirmé qu’une centaine de nomades
innocents avaient été tués" entre Dhobley et Afmadow
(sud), a affirmé Moalim Adan Osman, un chef coutumier de Dhobley, joint
par l’AFP.

Ce bilan
a été donné par un autre chef coutumier à Afmadow,
Cheikh Abullahi Ali Molabon.

Un témoin
a affirmé avoir voir vu 29 corps près de Dhobley. "J’étais
avec une équipe envoyée sur un site bombardé près
de Dhobley pour enterrer les morts. Ce que j’ai vu est terrible. J’ai compté
29 morts", a raconté Absuge Mohamed Weli.

Les bombardements
ont provoqué la panique parmi la population. "Il faisait nuit.
Il y avait des nuages de fumée partout", a raconté, terrorisé,
Dirir Moalim Hussein, un habitant de Bulo Haji, qui se trouve entre Dhobley
et Afmadow.

Les opérations
aériennes en Somalie, pays en guerre civile depuis 1991, ont été
vivement critiquées par de nombreux pays. Mercredi, le Conseil de sécurité
de l’ONU a exprimé sa "préoccupation" et s’est prononcé
pour "le déploiement rapide" d’une force de paix africaine,
actuellement au point mort.

Dans Mogadiscio,
la situation était calme jeudi, contrairement aux jours précédents.

12/01/07 (B377) REUTERS / Trois suspects manqués lors du raid américain en Somalie lundi.

Par C. Bryson Hull

NAIROBI (Reuters) – L’aviation américaine
a manqué ses principales cibles – trois membres présumés
d’Al Qaïda – mais a tué une dizaine de leurs alliés au
cours d’un raid opéré lundi dernier dans le sud de la Somalie,
a déclaré jeudi un responsable américain.

Un avion américain a attaqué
lundi un village du sud de la Somalie pour tenter de supprimer une cellule
d’Al Qaïda accusée d’être à l’origine d’attentats
contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998 et
contre un hôtel à capitaux israéliens de Mombasa (Kenya)
en 2002.

Le raid a causé la mort de huit à
dix "cibles terroristes", mais les Etats-Unis recherchent toujours
les trois principaux suspects, a dit le responsable à des journalistes
sous le sceau de l’anonymat.

Cette attaque, la première de l’armée
américaine en Somalie depuis 1994, visait le Comorien Fazul Abdullah
Mohammed, le Soudanais Abou Talha al Soudani et le Kenyan Saleh Ali Saleh
Nabhan, dont on soupçonnait la présence parmi des combattants
islamistes en fuite.

Le responsable américain, qui est installé
dans la région, a rejeté des allégations somaliennes
faisant état de dizaines de civils tués, assurant que tous les
morts faisaient partie d’un groupe d’une vingtaine d’activistes pris pour
cibles lundi.

"Tout ce que je puis dire (…) est qu’il
s’agissait d’une attaque ciblée contre des gens liés ou affiliés
à Al Qaïda, a-t-il dit. Les Ethiopiens, nous et tous les autres
cherchons à bannir les terroristes."

INTERROGATOIRES

L’Ethiopie, alliée de Washington qui
a effectué en fin d’année une offensive éclair pour évincer
les islamistes qui menaçaient le gouvernement intérimaire de
Somalie, a poursuivi des raids aériens mardi et mercredi contre des
miliciens en fuite.

Le Pentagone a démenti avoir opéré
de nouvelles frappes après lundi et le responsable américain
a rejeté des allégations selon lesquelles des unités
spéciales américaines se trouveraient en territoire somalien.

Les autorités kenyanes ont arrêté
deux femmes et trois enfants de deux des hommes soupçonnés d’appartenir
à Al Qaïda, a-t-on indiqué jeudi à Reuters de source
proche des services antiterroristes kenyans.

Les femmes et les enfants de Mohammed et Nabhan
ont été interceptés alors qu’ils tentaient de franchir
la frontière kenyane en provenance de Ras Kamboni, dans l’extrême
sud de la Somalie, où est soupçonnée depuis longtemps
la présence d’un camp d’entraînement d’activistes.

"Ils ont été arrêtés
lundi à Kiunga. Ils étaient transférés aujourd’hui
à Nairobi par un hélicoptère de police aux fins d’interrogatoire",
a-t-on rapporté de source kenyane.

La police kenyane n’a fait aucun commentaire
officiel.

Le gouvernement américain offre une
récompense de cinq millions de dollars pour la capture de Mohammed,
inculpé par un tribunal fédéral pour son rôle présumé
dans les attentats de 1998 et 2002.

Quatre autres suspects de sexe masculin, trois
Kenyans et un homme en possession d’un passeport rwandais, ont été
arrêtés alors qu’ils tentaient d’entrer au Kenya avec des manuels
d’instruction militaire. Ils ont été transférés
à Nairobi pour y être interrogés, a-t-on ajouté
de source kenyane.

12/01/07 (B377) REUTERS : Accord entre le gouvernement somalien et les chefs de guerre. (Info lectrice)

MOGADISCIO
(Reuters) – Les chefs de guerre somaliens ont accepté à Mogadiscio
d’intégrer leurs milices au sein d’une nouvelle armée nationale
mais une fusillade devant la Villa Somalia, siège de la présidence
où se tenaient les négociations, a souligné la volatilité
de la situation.

"Les
chefs de guerre ont promis d’apporter leurs milices et leur armement aux forces
gouvernementales", a déclaré le porte-parole du gouvernement,
Abdirahman Dinari. Une commission a été créée
pour mettre au point les détails des opérations.

Les
discussions avaient pourtant mal commencé.

Une fusillade
entre soldats gouvernementaux et miliciens a fait au moins deux morts dans
la matinée devant la villa, où le président Abdullahi
Yusuf, qui vient juste de regagner sa capitale, recevait les chefs de guerre
qui pendant des années ont imposé leur loi avant d’être
mis au pas par les islamistes pendant quelques mois.

Le porte-parole
du gouvernement a précisé que deux miliciens obéissant
à ces chefs de guerre avaient été tués et quatre
autres blessés.

"Les
hommes de Mohamed Qanyare et ceux d’Omar Finnish ont voulu entrer de force
dans la Villa Somalia. Une fusillade a éclaté, qui a duré
près de quatre minutes", a déclaré Abdirahman Dinari
à Reuters.

Une autre
source proche des services de sécurité a fait état de
sept morts et 11 blessés parmi les miliciens.

Yusuf
rencontrait dans la villa des chefs de guerre et des hommes politiques pour
demander leur soutien afin de rétablir la sécurité dans
la capitale et que le gouvernement puisse s’y installer durablement.

Qanyare
et Finnish avaient combattu Yusuf avant que les islamistes prennent le contrôle
de Mogadiscio en juin dernier.

Yusuf
et son gouvernement pro-occidental, avec l’appui de l’armée éthiopienne,
ont repris Mogadiscio et le Sud le mois dernier à l’issue d’une campagne
éclair qui a forcé les miliciens islamistes à fuir à
l’extrême sud du pays, près de la frontière kenyane.

LES
USA DEMANDENT LE DEPLOIEMENT DE LA FORCE AFRICAINE

Des
habitants d’un village proche de la ville de Jowhar, au nord de Mogadiscio,
ont annoncé que cinq personnes avaient été tuées
dans des combats entre deux clans se disputant des droits de pâturage.

Une récente
attaque aérienne américaine dans le sud, censée viser
des dirigeants locaux d’Al Qaïda, aurait fait 70 morts parmi des bergers
nomades, selon l’ONG britannique Oxfam.

L’attaque
aurait eu lieu dans le district d’Afmadow.

"Le
droit international impose de faire la distinction entre cibles civiles et
militaires", souligne Oxfam, qui dit tenir ses informations de ses organisations
partenaires en Somalie.

Un avion
d’attaque américain a mené lundi un raid dans le sud de la Somalie
et aurait tué une dizaine de "terroristes" mais trois des
suspects les plus recherchés auraient échappé à
la mort, a-t-on déclaré de source américaine autorisée.

Selon
le Washington Post de vendredi, un groupe de soldats américains s’est
rendu dans le secteur pour tenter d’établir qui a été
tué lors de cette attaque.

C’est
la première fois que des soldats américains entrent en Somalie
depuis la fin désastreuse en 1994 d’une mission de maintien de la paix
au cours de laquelle deux hélicoptères américains avaient
été abattus et 18 soldats américains tués à
Mogadiscio.

L’aviation
éthiopienne a également mené récemment des raids
dans la région contre des miliciens islamistes.

Certaines
sources somaliennes ont fait état de nombreuses victimes lors de ces
attaques aériennes, ce qui n’a pu être confirmé de source
indépendante.

Sur le
plan diplomatique, les Etats-Unis ont demandé vendredi le déploiement
rapide d’une force de paix africaine dans le pays pour éviter qu’il
ne retombe dans l’anarchie.

"Le
déploiement rapide d’une force de stabilisation africaine en Somalie
est d’une importance vitale pour soutenir les efforts en vue de rétablir
la stabilité", a déclaré l’ambassadeur américain
au Kenya et en Somalie, Michael Ranneberger.

L’envoi
d’une telle force "permettra le retrait rapide des forces éthiopiennes
en évitant de créer un vide préjudiciable à la
sécurité", a-t-il ajouté.

L’Union
africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement
(Igad), qui rassemble sept pays de la région, ont accepté d’envoyer
plus de 8.000 hommes en Somalie dans le cadre de cette force.

Les Nations
unies ont par ailleurs annoncé que des vivres avaient enfin pu commencer
à être distribués à 6.000 réfugiés
bloqués à la frontière du Kenya, qui leur refuse le passage
afin d’éviter l’infiltration de combattants islamistes.

12/01/07 (B377) AFP NAIROBI (AFP) – Somalie : aucun des principaux membres d’Al-Qaïda tué, selon un responsable américain.

Aucun
des trois principaux membres présumés d’Al-Qaïda en Somalie
n’a été tué dans l’attaque américaine lancée
lundi dans le sud du pays, a annoncé jeudi un haut responsable américain,
ajoutant toutefois que "8 à 10" personnes qui seraient liées
au réseau terroriste ont été tuées.

"Les
trois cibles les plus importantes (des Etats-Unis en Somalie) présentent
toujours un fort intérêt pour nous, tout comme d’autres personnes
liées à Al-Qaïda", a déclaré ce responsable
à la presse à Nairobi sous couvert d’anonymat.

Les Américains
recherchent particulièrement le Comorien Fazul Abdullah Mohammed et
le Kényan Saleh Ali Saleh Nabhan, impliqués selon les Etats-Unis
dans les attentats de 1998 (224 morts) contre les ambassades américaines
au Kenya et en Tanzanie. Ils traquent aussi Abu Talha al-Sudani, un Soudanais
proche d’Oussama ben Laden et expert en explosifs.

"Fazul
n’est pas mort", mais "huit à dix" personnes soupçonnées
d’être liées à Al-Qaïda ont été tuées
lors de cette opération qui a été "un succès",
a affirmé jeudi le responsable américain.

Les trois
principaux membres présumés d’Al-Qaïda recherchés
en Somalie "n’étaient pas les premières cibles (du raid).
L’un (des individus) du groupe (qui a été frappé) était
un agent important lié à Al-Qaïda", a-t-il assuré.
"C’était une attaque visant un groupe en relation avec Al-Qaïda
ou des personnes liées à Al-Qaïda", a-t-il ajouté.

"Il
est possible que les trois hommes (les plus recherchés par les Etats-Unis
en Somalie) soient encore là-bas", a-t-il estimé.

Il a en
outre affirmé que les Etats-Unis n’avaient mené qu’un seul raid
aérien dans le sud de la Somalie, lundi. Le gouvernement somalien avait
fait état d’attaques aériennes américaines mercredi toujours
dans la même région.

"Il
y a eu un nombre de personnes tuées (…), mais il est trop tôt
pour dire qui étaient ces gens", a poursuivi le responsable américain,
avant d’ajouter immédiatement: "Une chose dont je suis sûr
est qu’aucun civil n’a été tué".

"Cet
incident spécifique est terminé, mais (…) nous sommes toujours
à la poursuite" des personnes recherchées, a-t-il ajouté.

Les islamistes,
qui contrôlaient depuis plusieurs mois la majorité du sud et
du centre de la Somalie, ont été mis en déroute fin décembre-début
janvier par les forces éthiopiennes et somaliennes et se cacheraient
désormais dans le sud de la Somalie, pays en guerre civile depuis 1991.
Parmi eux figureraient des membres d’Al-Qaïda, selon Washington.

Des attaques
aériennes américaines et éthiopiennes ont visé
ces derniers jours le sud de la Somalie. Selon des habitants, une centaine
de civils ont été tués pendant ces raids. Aucune source
indépendante n’a pu confirmer ou infirmer ces chiffres.

Interrogé
sur le très lourd bilan de civils rapporté par des témoins,
le responsable américain a répondu: "c’est possible",
précisant cependant qu’il résulterait de raids aériens
éthiopiens et non pas américains.

Prié
de dire si des forces spéciales américaines se trouvaient sur
le sol somalien, il a répondu "non, non, pas que je sache et je
serais au courant".

Ce responsable
a précisé s’exprimer sous couvert d’anonymat en raison de l’aspect
sensible de la question.

12/01/07 (B377) RSF / SOMALIE : une radio fermée, un journaliste détenu depuis onze jours : Baidoa, siège du gouvernement, est une zone hostile pour la presse.

Reporters
sans frontières condamne la fermeture par le gouvernement fédéral
de transition, le 7 janvier 2007, de la station privée Radio Warsan,
basée à Baidoa (Sud-Ouest) et demande des explications sur la
détention prolongée de Hassan Mohammed Abikar, journaliste de
la radio privée Voice of the Holy Quran.

"Le
siège du gouvernement fédéral de transition est devenu
une ville où seule la voix du pouvoir est tolérée et
où règne l’arbitraire pour les journalistes somaliens. Nous
ne comprenons pas le sens de cet acte de censure, qui jette de sérieux
doutes sur la volonté des autorités de respecter les règles
de la démocratie. Radio Warsan doit être autorisée à
émettre de nouveau et les droits du journaliste de Voice of the Holy
Quran doivent être respectés au plus vite, si le gouvernement
ne veut pas apparaître comme une force autoritaire et intolérante,
irrespectueuse de ses propres engagements", a déclaré l’organisation.

Le 7 janvier,
la direction de Radio Warsan, une station privée basée à
Baidoa, siège du gouvernement fédéral de transition,
a été sommée par la police de stopper ses émissions.
Le ministre de l’Information, Ali Ahmed Jama Jengeli, a expliqué que
l’ordre avait été émis par le Commission nationale de
sécurité, un Conseil des ministres restreint, en raison du contenu
"négatif" diffusé par la radio. Depuis ce jour, Radio
Warsan a cessé d’émettre.

Seul média
privé diffusé à Baidoa, la station est connue pour son
indépendance et sa liberté de ton vis-à-vis des mouvements
politiques somaliens, contrairement à d’autres radios privées
qui ont parfois pris parti pour l’un des belligérants. Le directeur
de la station, Abdifatah Mohammed Ibrahim, a affirmé à Reporters
sans frontières que cette mesure coercitive était "la cinquième
fermeture" subie par sa radio et que celle-ci avait précisément
été ciblée "en raison de son indépendance".
Radio Warsan, connue par le passé sous le nom de Democratic Media Concern
(DMC), avait déjà été fermée le 14 décembre
2006 par la police, après avoir diffusé des émissions
sur la volonté du gouvernement de sécuriser les abords du palais
présidentiel en déplaçant les habitants du quartier.

Le 24
décembre 2006, le gouvernement fédéral de transition
a inauguré une station de radio gouvernementale à Baidoa, baptisée
Radio Bay, la Voix de la République somalienne. Celle-ci est désormais,
de fait, le seul média d’information diffusé dans la ville abritant
le siège du gouvernement.

D’autre
part, Hassan Mohammed Abikar, correspondant de la radio privée Voice
of the Holy Quran dans la région du Bas-Shabelle, arrêté
le 1er janvier par les forces gouvernementales, est incarcéré
dans un lieu inconnu. Aucune explication n’a été fournie sur
son maintien en détention.

Leonard
VINCENT
Bureau Afrique / Africa desk
Reporters sans frontières / Reporters Without Borders
5, rue Geoffroy-Marie
75009 Paris, France
Tel : (33) 1 44 83 84 84
Fax : (33) 1 45 23 11 51
Email : afrique@rsf.org / africa@rsf.org
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